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Makri et le Hirak de ses rêves

Makri se revendiquant du Hirak, ce n’est ni nouveau ni original. Dans son « genre », il y en a à profusion depuis le 22 février 2019. Parmi ceux-là, beaucoup ont vite « décroché », se rendant compte que la direction du vent n’est pas vraiment celle dont ils pensaient pouvoir s’accommoder, comme aux premières heures du mouvement populaire. Mais ceux-là ont le mérite de la clarté. Leur volte-face ne relève pas de la rectitude politique et intellectuelle mais tout le monde les a « compris », à leur corps défendant. Makri ne s’encombre pas plus de scrupules éthiques ni même de soucis de cohérence. Les islamistes, quand ils n’ont pas les moyens d’aller à la conquête de tout le pouvoir ni même les capacités de nuisance qui leur permettent d’en occuper un pan, savent attendre, sans être particulièrement pointilleux. Ils deviennent alors des… islamistes modérés, s’accommodent du régime aux affaires en acceptant même les « missions » qu’il leur confie, participent à toutes les compétitions biaisées, font semblant de jouer le jeu démocratique, de  faire pression… Et quand ils se rendent compte que rien n’a changé pour eux ou pas grand-chose, ils reprennent leur posture d’entristes tenaces en adaptant leur discours à la nouvelle conjoncture. Enfin, « nouvelle », pas vraiment mais quand on fait semblant, on va jusqu’au bout. Alors, depuis le 22 février 2019, le chef du MSP a d’abord revendiqué son appartenance au Hirak. Puis, sans état d’âme, il a envisagé sa… candidature partisane aux deux présidentielles annulées. Dans l’intervalle ou en même temps, il  a tenté de rassembler autour de lui islamistes et assimilés, avec l’appellation hybride de « candidature du consensus ». Puis il s’est tu pendant de longs mois, réduisant son existence au minimum formel où il était difficile de saisir ce qu’il voulait. C’est que le ciel s’est assombri — ou éclairé , selon le regard qu’on y porte —, l’oreillette n’est plus ce qu’elle était et la rue n’est pas vraiment dans son ADN. Surtout qu’il n’avait ni les troupes ni l’autonomie de mouvement. Il n’allait tout de même pas consentir à se fondre dans la foule sans en attendre quelque retour d’ascenseur. A la dernière présidentielle, il n’a donc rien dit. Il n’était pas pour, il n’était pas contre, bien au contraire. On attendait même sa candidature qui n’est pas venue même s’il ne nous a pas dit pourquoi. Et le voilà à nouveau… hirakiste à l’occasion de sa dernière réunion organique ! Un « Hirak » à sa convenance, comme dans ses rêves, qui aurait consacré l’Islam comme « unique identité », un Hirak à qui il « apprend » qu’il n’y a pas de contradiction entre… Novembre et le Congrès de la Soummam (!) et surtout un Hirak qui ne verrait pas d’inconvénient à ce que des législatives se tiennent comme si de rien n’était ! Des législatives auxquelles il va participer et qu’il va gagner haut la main. Sinon, c’est la… fraude et Makri menace déjà. Enfin, il fait semblant, comme avant. Pour les choses sérieuses, il attendra encore.
S. L.