Rubrique
Constances

Un jour, un délire

Publié par Slimane Laouari
le 10.01.2019 , 11h00
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Il y a des questions qui viennent comme ça, toutes seules comme des grandes, sans qu’on y pense vraiment. Elles viennent indifféremment quand on est en panne d’idées, quand on en a trop ou plus fréquemment, quand on s’ennuie à envisager le suicide. Comme celle-ci, à trois réponses possibles : il n’y a plus de «hittistes», il y en a toujours mais ils sont devenus invisibles où il y en a tellement qu’il est inutile d’en parler ? Karim, ancien hittiste reconverti dans la sociologie des mouvements sociaux, hésite entre une mutation génétique du langage et une rupture d’anévrisme dans le cœur battant du pays. Il pense d’ailleurs que les temps ont bien changé. Un tantinet nostalgique, il regrette que les grandes valeurs du hittisme canal historique se soient effilochées pour laisser place à une philosophie apocryphe inspirant une nébuleuse sans panache. Jusqu’à ce que plus personne n’en parle. 
Désintégration organique ? Il ne sait pas. Karim est comme ça. il est toujours analphabète par fidélité à son passé mais il a appris tous les mots savants et ronflants parce qu’on ne devient pas sociologue en continuant à parler comme son père. Bien sûr, comme tous les intellectuels incultes, il ne répondra jamais à la question qu’on lui a posée. Pourquoi on ne parle plus de hittistes ?
Quelqu’un de particulièrement perspicace lui a alors suggéré une piste. Est-ce qu’il y a encore des murs ? Bien sûr qu’il y en a. Pour le remarquer, on n’a pas besoin d’être sociologue des mouvements sociaux ni même un hittiste en retrait mais pas repenti. C’est connu, en Algérie, il n’y a que les terroristes qui se repentissent. Pour plein de raisons, dont la plus importante est que ça rapporte gros et qu’on peut se repentir de la repentance quand on veut. Il y a toujours des murs. On en construit beaucoup, partout, tout le temps. Et quand il n’y aura plus d’espace, on érigera des murs sur les murs, après avoir fini d’en élever dans toutes les têtes. Les têtes, on les veut vides ou farcies au béton. Il n’y a plus de hittistes parce que les murs, c’est d’une ringardise désespérante. Il faut bouger. Marcher ou courir, c’est au cas par cas. Arracher les sacs des vieilles ou rattraper une jeune fille. Pour la sommer de couvrir son corps de «moutabaridja» alors qu’on fantasme sur ses jambes. Ou pour lui rappeler qu’elle est «baïra» alors qu’on ne la connaît pas. Il n’y a plus de hittistes parce qu’ils ont tous vieilli devant un mur avec une muraille dans la tête. Maintenant, ils ont des camions Ansej ou font la harga. Ceux qui ont les camions mettent la vie des autres en danger sur la route. Ceux qui tentent la traversée mettent la leur en péril sur de hautes vagues. Les murs sont devenus inutiles, ça ne paie pas les passeurs. Il y a des murs, beaucoup de murs, trop de murs. Alors on ne va pas en rajouter en haute mer.
S. L.

 

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