Rubrique
Constances

Un jour, un délire

Publié par Slimane Laouari
le 17.01.2019 , 11h01
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Il y a une semaine, Smail s’est arrêté au hasard d’un zapping sur une chaîne qu’il n’avait pas vraiment l’habitude de regarder. Pour tout dire, il ne la regardait jamais. Il n’a pas de raison particulière de détester ses programmes mais c’est plutôt par humilité qu’il a fait d’autres choix de télévision. Cette chaîne a la réputation de diffuser des trucs trop savants pour sa petite tête et quand Smail s’installe sur son canapé face à la petite lucarne, c’est pour se détendre, pas pour apprendre. On ne peut pas faire plus simple : Smail ne consomme que les programmes «légers». Le foot d’abord, ce n’est pas toujours si léger que ça mais il ne regarde les compétitions nationales que quand c’est vraiment le désert en matière de vrai foot. Suivent dans le désordre de préférence, les séries policières, les films d’action, les émissions de jeux moins celles où on pose des questions compliquées et enfin les informations quand il y a un tsunami ou des élections aux Etats-Unis. Ne lui demandez pas pourquoi, il ne le sait pas. Dans un délire, on peut déborder sur tout et partir dans toutes les directions mais il faut quand même revenir au «sujet» même quand il n’y en a pas, comme c’est le cas. Smail s’est donc arrêté au hasard d’un zapping sur une chaîne qui n’est pas sa tasse de thé, parce qu’il y avait quelqu’un qui parlait, dont la tête ne lui est pas étrangère comme dirait un piètre et anachronique dragueur à une femme qu’il n’a jamais vue auparavant. Smail n’a pas mis beaucoup de temps pour mettre un nom sur cette tête. D’ailleurs, il aurait zappé si ça avait tardé puisque l’effort face à la télé, il n’en a jamais été question pour lui, comme on le sait. C’était donc un super-milliardaire qui racontait qu’en dépit de sa grande prospérité, il déjeune de temps en temps d’une boîte de sardine à la tomate parce que dans son enfance de fils de pauvre, il adorait ça et il a rarement pu s’en payer. Smail n’a pas été vraiment pauvre dans son enfance mais il n’est pas devenu riche maintenant qu’il a 68 ans. Cela ne l’a pas empêché de se rappeler son caprice d’enfant villageois : la pomme de terre cuite sous la cendre. Il en fantasme toujours mais il ne peut pas faire de feu dans son F2 de cité-dortoir. Alors il a continué à manger des frites. Tout le temps des frites, à midi, le soir et parfois entre deux repas. S’il n’en met pas sur la pizza, c’est parce qu’il ne mange pas de pizza. Comme tout mangeur de frites qui se respecte, Smail s’intéresse beaucoup à la pomme de terre. Aux variétés, à Mascara et surtout aux prix. Il ne comprend pas comment la production augmente et les prix aussi. Comme il est originaire de Bouira, il sait que les agriculteurs de la région n’arrivent pas à vendre leur production et les prix augmentent. Il ne comprend pas pourquoi le marché est inondé de pomme de terre de saison et les prix augmentent. Il ne comprend pas comment les producteurs de Mostaganem ont des problèmes de stockage et les prix augmentent. Quand le milliardaire a terminé son histoire avec la boîte de sardine à la tomate, Smail a encore zappé et il est tombé sur quelqu’un qui annonçait comme quelqu’un qui revient d’une expédition sur Jupiter que l’Algérie vient d’exporter 500 tonnes de pomme de terre.
S. L.

 

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