Rubrique
Constances

Un jour, un délire

Publié par Slimane Laouari
le 19.09.2019 , 11h00
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Un ami installé depuis peu aux Etats-Unis nous confiait, partagé entre l’amusement et l’inquiétude, la difficulté pour lui de suivre l’actualité de son pays. Surprise, ce n’est pas vraiment l’éloignement qui en est responsable. N’étant pas porté sur le lieu commun, tous ceux qui le connaissent n’attendaient pas de lui qu’il ressasse la formule du «village planétaire» qui a pris quelques rides en dépit de sa relative jeunesse. Ce sont donc les événements qui se bousculent à une cadence effrénée et dans des proportions de folie qui déroutent Abdou au point de ne plus savoir où donner de la tête pour s’informer. Surtout que la prise de nouvelles du bled, même s’il fait tout pour ne pas en rater une, ne suffit pas. Voyez-vous, notre ami des Amériques veut aussi comprendre et ce n’est pas évident, les choses n’étant pas aussi simples qu’elles n’y paraissent pour tout le monde. La discussion a été particulièrement longue mais loin d’être lassante. D’abord parce qu’on n’a pas revu Abdou depuis son départ subit, ensuite parce que le cadre était agréable et surtout parce que sa compagnie est toujours un moment de bonheur, tellement il est attachant. Cet espace sera donc trop court pour tout contenir de l’entrevue, on ne va donc s’arrêter que sur les moments forts, même si la sélection est arbitraire. On va même élaguer les réponses des amis qui ont partagé sa table et pas seulement faute d’espace : ces questionnements se suffisent d’eux-mêmes. Toujours aussi déroutant, toujours déserteur des sentiers battus, l’ami Abdou. Vous l’attendez sur les «locataires» d’El Harrach, il vous surprendra en vous rappelant qu’il y a aussi des détenus à Blida et Koléa. Comment on a fait pour oublier ça ? Puis il enchaîne sur des questions qui vous laissent pantois : c’est vrai qu’Ali La pointe n’est mort qu’en 1989 ? C’est un vrai séisme, ça ! Et le voilà reparti sur un terrain que vous ne pouvez pas attendre : il doit se sentir malin, Gillo Pontecorvo ! Quand vous prenez votre ton sérieux, il vous écoute avec une rare attention, mais la suite vous donnera toujours l’impression que vous ne devez ça qu’à sa légendaire courtoisie. Essayez de lui expliquer ce qui se passe, le Hirak, Bensalah, les étudiants, le panel de dialogue, la commission des élections… Abdou est tout ouïe, il peut même placer un mot et venir à votre secours en cas de difficulté d’élocution. Il vous emmènera ensuite très loin mais jamais en bateau. Enfin, pas si loin que ça, quand même : vous n’avez pas honte de perturber la sieste d’Ibtissam Hamlaoui en criant comme des dingues sous son balcon tous les vendredis que Dieu fait et même ceux qu’il ne fait pas ? Puis il conclut, enfin, on va conclure avec ça, puisqu’on ne sait plus à quel moment il avait dit ça : «Il faut aller voter, ces élections me paraissent très sérieuses, Bonatiro est déjà candidat et vous avez un prophète à Ouargla, vous voulez quoi de plus ?»

S. L.

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