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Contribution

Benyahia : un homme d’État emblématique

Publié par Kamel Bouchama
le 08.06.2021 , 11h00
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Par Kamel Bouchama, auteur
«Les grands hommes s’en vont, mais ce qu’il en reste est éternel.»(*)

D’emblée, et pour donner plus de motivation à ceux qui vont me suivre dans cette présente contribution, je reviens, encore une fois, accompagné de ces lumineuses paroles que m’avait lancées un jour le Grand, mon frère moudjahid, Yasser Arafat – je l’appelle ainsi dans notre étymologie –, ces paroles qui vont dans le sens du bon message qui nous convainc que ceux-là mêmes qui s’attèlent à l’œuvre et à la production, avec engouement, sincérité, fidélité, continuité et sérieux, ne meurent jamais... Oui, ils restent éternels  devant la société et, plus particulièrement, devant l’Histoire qui a bonne mémoire et qui sera, inévitablement, écrite à l’encre indélébile, malgré nous, par des mains propres et sans passion, pour les mettre à leurs bonnes places, celles qui leur siéent convenablement... 

Ainsi, je répète aujourd’hui ce message, et autant de fois que possible, quand l’occasion m’est donnée, parce que non seulement il reste éternel pour les idées justes et sages qu’il contient, mais aussi parce qu’il symbolise cette valeur constante dans l’esprit de ceux qui en font bon usage, c’est-à-dire ceux-là mêmes qui n’ont jamais cessé d’œuvrer pour le bien en général et celui de leur pays, en particulier. C’est à eux que réitérait «El Ikhtiyar», le Président palestinien, son message : «Celui qui  produit ne meurt pas... !»  C’était, tout simplement, pour exprimer son respect aux vaillants travailleurs, à ceux qui font dans la bonne besogne et la réussite.
Et, partant de là, je voudrais me remémorer avec vous quelqu’un de cette «belle race» qui ne nous est pas inconnu – du moins pour les gens de ma génération –, un dirigeant exceptionnel qui mérite encore, des années après avoir rejoint le Seigneur des mondes, toute notre considération, voire toute notre vénération... J’ai nommé Mohamed-Seddik Benyahia qui entre au «Panthéon de l’Histoire», du fait qu‘il est et restera constamment, et indépendamment de sa volonté, dans la mémoire de notre peuple. 
Ainsi, en l’invitant dans cet espace d’expression, mon honnête intention, sincère et sans aucune velléité dithyrambique, en présentant cette contribution le concernant, n’est pas de lui rendre simplement l’hommage qu’il mérite grandement, mais surtout de le faire connaître à la jeunesse d’aujourd’hui afin qu’elle sache que dans notre pays, dans notre lutte contre le colonialisme et, bien après, dans notre marche inexorable vers le développement national et le progrès, il y a eu des Hommes, plutôt des leaders de sa trempe, qui ont pris leurs responsabilités en œuvrant consciemment à la participation effective et concrète et à la réussite de toutes les étapes fondamentales de leur Histoire. Et c’est ce que j’ai affirmé un jour, dans une de mes contributions à la presse, pour exprimer que ces cadres – que dis-je, ces Grands cadres du pays, que j’écris en majuscule – et qui s’inscrivent assurément dans la pérennité, étaient bel et bien conscients que leur apport inlassable et leur continuité du combat pour l’émancipation de leur peuple, allaient confirmer qu’il n’y a pas eu de passage à vide dans notre Histoire, ni même de répit, et que chaque époque a eu son panache et ses hommes... 
Alors, pour traduire dans les faits les paroles sensées de gens sages, avisés et distingués, et partant pour aller dans le sens de l’écriture de l’Histoire, l’Algérie, sur ordre de son chef d’État, a redonné vie à un de ses enfants, Mohamed-Seddik Benyahia, en cette édifiante occasion du 3 mai 2021. En effet, redonner vie par le biais de cet acte exemplaire est «une opportunité de mettre en avant notre fierté des sacrifices de nos aïeux au service de la patrie et de sa diplomatie», selon les propos contenus dans l’allocution du ministre des Affaires étrangères, M. Sabri Boukadoum, à l’occasion de la cérémonie de débaptisation.  
De ce fait, en rendant immortel notre glorieux militant dans la mémoire des siens et certainement dans celle de nombreux amis de l’extérieur, épris de paix et de liberté, qui l’ont bien connu, fréquenté et aimé, et en le gravant en lettres d’or au fronton du ministère des Affaires étrangères, l’Algérie reconnaissante a su choisir, et bien choisir, le moment et le lieu pour rendre ce vibrant hommage posthume au récipiendaire mort en mission au service de l'Algérie et de la paix,  et perpétuer son nom en le scellant à la place qu’il est la sienne...
Merci à notre pays qui, malgré tout, a privilégié cette opération de grande portée politique et historique qui l’honore en ces moments difficiles, et nous donne l’occasion d’apprendre à espérer pouvoir compter sur des Hommes réels et vivants qui peuvent nous rendre le sourire... Une telle opération, au-delà du fait qu’elle nous rappelle la malheureuse tragédie du 3 mai 1982, d’il y a 39 ans, jour pour jour, où Mohamed-Seddik Benyahia et 13 de ses compagnons, hauts cadres de la nation, ont été trucidés dans un crash d’avion – il ne faut pas avoir peur des mots – près de la localité de Gottour, en Iran, et au-delà de la symbolique de l’acte de débaptisation d’une institution de souveraineté au nom d’un authentique moudjahid et diplomate militant, elle ne doit pas rester orpheline, sans continuité de ce logique combat pour la réhabilitation  de notre Histoire. Ainsi, le sérieux qui a présidé à l’application de cette opération logique et rationnelle, décidée par le chef de l’État, doit se perpétuer dans le pays, pour corriger les anciennes décisions, plutôt les atteintes à la mémoire collective, enregistrées au cours d’une période révolue où, par exemple, le commerçant du coin, un ancien militant, mort dans son lit, il n’y a pas si longtemps – Allah yerahmou –, s’est vu attribuer un stade dans une wilaya, aux lieu et place de toute une équipe de football dont les 15 joueurs sont tombés en héros au champ d’honneur, à partir de 1956. Et les exemples sont légion dans tout le pays, hélas !
Merci, encore une fois, à notre pays qui vient de ressusciter un Homme, un vrai, un label pur de fidélité, d’engagement et de sacrifice. Ainsi, cela me donne l’occasion d’aller fouiner dans les vastes prairies du souvenir pour ramener tout ce qui peut raconter notre militant, Mohamed-Seddik Benyahia, à la jeune génération, qui doit nécessairement le connaître, aujourd’hui, afin qu’il lui serve de valeur d’exemple. Oui, je dois le raconter aux jeunes dans ce morne horizon, qui a perdu quelque peu de son tonus d’antan, à cause de cette culture de l’oubli qui nous a été prescrite par les imposteurs et les égocentriques mégalomanes. Oui, encore une fois, je dois le raconter aux jeunes qui ont tant besoin d’apprendre qu’il s’appliquait constamment, à travers ses missions postindépendance, au langage honnête pour la consolidation de notre unité nationale et de notre développement par la science, la connaissance, la tolérance, les libertés individuelles et collectives, et le respect d’autrui. 
En effet, je dois leur dire ce que je connais de ce dirigeant inoubliable qui a laissé ses empreintes dans les parois de nos cœurs..., des empreintes indélébiles qui nous rappellent que notre amitié et notre union, si elles arrivaient à se consolider davantage, donneraient plus de goût à notre vie et plus d’espoir en notre patrie. 
Il était ainsi fait, cet homme légendaire, plein de talent et de modestie, cet homme qui vivait simplement, qui avait une relation intime avec le sacrifice, et qui portait son amour pour l´Algérie, au-delà de la réalité et du temps. Et comment vais-je l’oublier quand je me suis fait mienne cette autre citation, qui se rapproche de celle de Yasser Arafat, et qui est très juste et non moins sagace, nous venant du  Professeur tunisien Amor Abbassi qui disait : «Les grands hommes s’en vont, mais ce qu’il en reste est éternel» ?  
Mohamed-Seddik Benyahia, ce monument de l’Histoire, «l’Homme d'État dévoué et le diplomate infatigable qui a fait connaître la guerre de libération dans le monde et servi le pays avec abnégation et humilité après l'indépendance»(1), doit être raconté comme valeur d’exemple à notre jeunesse avide de bonnes et solides informations qui, incontestablement, relèveront son degré de conscience et..., de confiance – disons-le franchement –, à cette jeunesse impatiente de connaître son passé pour se préparer à représenter convenablement l’avenir. En effet, n’est-il pas temps, aujourd’hui, plutôt n’est-il pas urgent, de demander pour la énième fois à l’École algérienne de remplir convenablement sa mission, car elle s’enlise, et ce depuis longtemps, dans les dissensions à n’en plus finir et dans la médiocrité pour ne plus se trouver l’opportunité pour dire l’essentiel sur notre passé glorieux et les Hommes qui l’ont façonné ?...
Cependant, et avant que ce monde timoré de l’éducation et de la culture se bouge pour «épousseter ce tas de systèmes moisis»(2) qu’il traîne lamentablement, il faut gagner du temps et du terrain avec nos enfants en leur enseignant ce qui est essentiellement indispensable pour améliorer leur culture générale, fortifier et perfectionner leurs bases de connaissances, et du même coup leur permettre de s’enorgueillir devant leurs semblables dans le monde..., pour ce qu’ils véhiculent comme patrimoine du passé et du présent.
Notre jeune génération doit savoir que Mohamed-Seddik Benyahia a été, à leur âge, et même lorsqu’il était plus jeune qu’eux, responsable au sommet de la pyramide. Puisque, après de brillantes études universitaires, et diplômé en droit en 1954, il accomplit une période de travail sur le terrain en tant qu’avocat stagiaire à 22 ans, chez Me Amar Bentoumi. Ce dernier témoigne : «Maître Mohamed-Seddik Benyahia devait quitter mon cabinet, dès décembre 1954, parce que pris en filature par les services de sécurité de l'époque. Il était soupçonné d'assurer la liaison entre les responsables du FLN et moi.  Il va ensuite chez Me Robert Accouche, où il a utilisé sa présence chez lui comme couverture, parce qu’il militait au FLN et dirigeait l'Association des étudiants musulmans d'Afrique du Nord.»(3)
Mais, allons voir de près son parcours politique... exceptionnel ! Et ainsi, les dates que je vais donner étonneront plus d’un. Je vous demande d’attacher vos ceintures, car ça sera un voyage plein d’agréments, bien sûr, mais aussi plein d’émotions et de vertiges.
En 1955, à l’âge de 23 ans – et c’est bien de le préciser –, il a pris part à la Conférence de Bandung à laquelle l'Algérie  était présente en tant que pays observateur. Il faisait partie de la délégation algérienne qui était présidée par Aït Ahmed et M'hamed Yazid. 
En 1956, après la création de l'Ugema, où il était membre actif en tant qu’animateur et l’un des partisans de la grève du    19 Mai 1956, les autorités coloniales avaient lancé un mandat d’arrêt contre lui, au moment où il se trouvait en mission pour le FLN, hors du pays. 
Toujours en 1956, auriez-vous pensé qu’un jeune de 24 ans puisse être choisi lors du Congrès de la Soummam membre du Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA) en août de la même année ? Auriez-vous également imaginé, un seul instant, qu’après qu’il eut représenté l’Algérie à la Conférence des étudiants afro-asiatiques à Bandung, il sera le représentant permanent de l’Algérie combattante  en Asie du Sud-Est, alors qu’il n’avait que 24 ans ?
Continuons sur notre lancée pour vous relater cette succession de responsabilités du jeune homme de bonne famille et d’excellente formation. Ainsi, avec la mise sur pied du 2e GPRA, il va seconder Ahmed Francis, à l’âge de 28 ans, au poste de Directeur du cabinet du président Ferhat Abbas. Quelle responsabilité !! Dans la même année, à 28 ans, il fera partie de la délégation algérienne aux pourparlers de Melun, en 1960, avec Ahmed Boumendjel. Il représentera le GPRA aux côtés de Rédha Malek, lors d'une rencontre de négociations le 28 octobre 1961 à Bâle, en Suisse. Ensuite, il ira avec les grandes pointures de la Révolution, en tant que membre de la délégation algérienne, aux négociations avec le gouvernement français qui ont abouti à la signature des Accords d'Évian en 1962. Plus tard, son compagnon Redha Malek soulignera «ses compétences tactiques et son intelligence diplomatique durant les négociations entre le FLN et la délégation française». Gilbert Meynier, quant à lui, nous rappelle dans son livre,(4) que Mohamed-Seddik Benyahia, le négociateur des Accords d’Évian visitera, à l’occasion, les pensionnaires d’Aulnay, les cinq responsables du FLN, capturés dans le premier détournement d’avion de l’Histoire, un acte de piraterie aérienne commis par la France le 22 octobre 1956. 
1962 et à partir du 27 mars, il est chargé de présider la réunion du CNRA à Tripoli, en Libye, qui devait entériner les termes des Accords d’Évian. Mais «l’ordre du jour est rapidement débordé. Les ambitions éclatent au grand jour. Nourrie de compromis, animée par le sempiternel esprit de la cooptation, la crise prévisible, comme une colère contenue, sous incubation durant toute la période que couvrait le conflit armé, fait voler en éclats la cohésion spécieuse et les apparences de fraternité. Les héros sont nus».(5) 
Une réunion difficile qui a laissé des traces, peu avant l’indépendance du pays... Et, Mohamed-Seddik Benyahia, malgré son âge, mais débordant d’intelligence, comprenait que dans cette sphère d'influences multiples et souvent complexes les principaux dirigeants de la Révolution, eux-mêmes produits de divers courants, ne pouvaient échapper à cette sentence inévitable qui, par ses contradictions, devenait la résultante d'un phénomène d'aliénation.
«Ce n'était pas n'importe qui», disaient ceux qui le connaissaient. Mohamed-Seddik Benyahia avait pour lui ses principes, son intransigeance sur nombre de questions, ainsi que d'autres qualités qui sont hélas un peu rares de nos jours.
N’est-ce pas qu’«Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années !...» comme disait Corneille.
Maintenant, voyons le Benyahia après le recouvrement  de notre souveraineté nationale, à laquelle il a – comme relaté dans cette contribution – participé corps et âme, avec dévouement et détermination, jusqu’à ce fatidique jour ou cette tragédie du 3 mai 1982, loin de son pays qu’il a beaucoup aimé.
Eh bien, rien d’étonnant pour ce «dingue du travail», pour cet insatiable militant chez qui la conception doublée d’activité était un sacerdoce. Ainsi, il n’est pas étonnant que «ses réalisations avaient contribué au développement de l’histoire de l’Algérie contemporaine».(6) Car, depuis 1962, il n’a pas connu de répit. Il est successivement  préfet (aujourd’hui wali) d’El Asnam (Chlef), Sétif et Tiaret, certes pour des courtes périodes, mais il a assumé ces postes pendant des moments difficiles. Par la suite, il va à l’extérieur occuper le poste d'ambassadeur à Londres, puis à Moscou. Deux capitales très importantes dans le monde et pour notre pays.
Après la diplomatie, il se verra confier quatre importants portefeuilles ministériels, dont deux de souveraineté et deux autres de grande portée  éducative, scientifique et culturelle. Au ministère de l’Information où il a passé quatre années, de 1966 à 1970, il mettra le secteur sur de bons rails et organisera à Alger, en 1969, le plus grand Festival Panafricain qu’ait connu le continent. Les archives sont là pour témoigner de la magnificence de cette grandiose manifestation, retransmise dans le monde entier et qui, pour sublimer l’Afrique, toutes les grandes figures de l’art, du cinéma, de la littérature et de la chanson étaient présentes, et bien présentes. 
Il sera titulaire du portefeuille de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique de 1970 à 1977. Et il est resté longtemps, aussi longtemps pour accomplir un travail gigantesque, dont la fin des travaux du plus grand Centre universitaire du pays, l'Université des sciences et de la technologie, Houari-Boumédiène (USTHB) qui est édifiée sur une assiette de 150 hectares. Son sérieux également, du vrai et authentique universitaire, amoureux des sciences et de la culture, lui a permis, de par ses interventions logiques et réfléchies, de même que de par son suivi permanent, de maintenir le niveau de l’enseignement supérieur et aboutir à de bons résultats. Dans une des communications d’universitaires, il est écrit,  «qu’effectivement les années 70, années charnières de mise en œuvre d’une «stratégie industrielle», l’institution universitaire était, surtout au niveau des discours politiques, au cœur de cette stratégie développementiste qui a enfanté par la suite le début de réformes en 1971, lancées par le ministre M. S. Benyahia».(7) En effet, l’intellectuel et le politique était au four et au moulin.
Ensuite, il prendra le ministère des Finances pendant 2 années, de 1977 à 1979. Inutile de dire qu’il travaillait d’arrache-pied, parce que, dans sa situation, cette expression est un pléonasme. 
En effet, l’argentier du pays n’était pas celui qui s’endormait sur ses dossiers. Le pays était en plein chantier, en pleine mutation et devait compter sur ses propres forces. Le ministre était là avec sa promptitude et sa perspicacité dans l’exécution des grandes opérations qui relevaient de son secteur. 
Enfin, ministre des Affaires étrangères de 1979 à cette tragique disparition, en service commandé, le 3 mai 1982. Que dire de cette présence au sein de ce ministère où se gère la diplomatie et qu’il connaissait fort bien, depuis sa prime jeunesse ? En guise de réponse, j’ai beaucoup à dire parce que c’est là où il a fait le plus d’efforts, naturellement, du fait que ses premiers pas dans la politique, au profit de son pays, l’ont mené si loin  dans les arcanes d’abord de la diplomatie. N’ai-je pas bien écrit qu’il était présent à la Conférence de Bandung en 1955, aux côtés des Aït Ahmed et M'hamed Yazid, alors qu’il avait à peine 23 ans ? N’est-ce pas la meilleure réponse à ceux qui voudraient en savoir plus ? Ainsi je dis le concernant, dans mon dernier ouvrage sur les Affaires étrangères : «Je peux affirmer qu’avant, du temps de la lutte armée, et après, pendant cette période faste de l’Algérie sous le  président Boumediène, il y avait de la qualité au sein de ce secteur, il y avait de ‘’fins limiers’’ de la politique internationale qui s’affairaient comme dans une ruche d’abeilles, autour de sujets brûlants et non moins passionnants, avec une parfaite harmonie. La diplomatie algérienne avait, en cette période, ses lettres de noblesse... Ainsi, outre Abdelaziz Bouteflika qui est resté longtemps dans ce département, parce qu’il s’est forgé une certaine réputation, en profitant de l’aura et du prestige de la révolution de Novembre..., pas plus – il faut le souligner fortement –, il y a eu un autre, autrement plus ardent et brillant chef de la diplomatie, j’ai nommé le regretté Mohamed-Seddik Benyahia. Ce dernier, grâce à son patriotisme avéré et ses grandes compétences – n’oublions pas qu’il faisait partie de la glorieuse délégation du FLN aux négociations d’Évian et qu’il a eu une participation conséquente –, n’a pas du tout démérité.»
M’emboîtant le pas, Abdelaziz Rahabi, ministre et ancien ambassadeur, disait de ce dernier : «Benyahia est d’abord un diplomate. Et il l’était avant Bouteflika. C’est ça qu’on oublie. Il est universitaire, qualité très importante eu égard à la rareté de ce profil. Il y avait en effet beaucoup de politiques et peu d’universitaires... Il est de la lignée d’un Lamine Debaghine, médecin, qui était le patron de la politique étrangère du GPRA [...] Benyahia avait la maîtrise des concepts des relations internationales et, par-dessus tout, il était militant, une casquette qu’ils étaient peu nombreux à avoir...» 
Benyahia, en bon «spécimen du militant racé, du patriote non grisé par le pouvoir, les honneurs et la gloire, était de ces héros intemporels de la diplomatie algérienne dont il est l’un des pères fondateurs et animateurs les plus doués».(8) Imbu de ces qualités et de ces valeurs, il a inscrit son nom dans les registres de l’Histoire universelle et il y figure parmi les grands de ce monde, ceux qui se sont donnés à de nobles causes sans savoir quelles récompenses seront réservées à leurs efforts, ni s’il y a des récompenses... Il allait  constamment dans le sens du concret, guidé par sa «conscience aiguë de l'injustice et la foi nationaliste profonde qu'il sut toujours offrir aux influences harmonieuses et salutaires du devenir universel, sans jamais l'enfermer dans une crispation stérilisante, ni dans un quelconque rabougrissement desséchant».(9)
Son travail inlassable, ses convictions de solidarité agissante, de même que sa défense des causes justes de par le monde le conduisent aux laborieuses rencontres pour résoudre des situations, jugées impossibles chez d’aucuns. Ainsi, son rôle dans le dénouement de la crise des 52 détenus américains par les Iraniens, pendant 444 jours, au siège de l'ambassade des États-Unis à Téhéran, a été une prouesse que nombre de diplomates de par le monde lui ont envié.  Car, de par ses savantes tractations  pour la libération de ces otages américains par les Iraniens, et en amenant les deux parties à signer l'accord d'Alger le 19 janvier 1981, il a montré constamment cette valeur de fin limier de la politique et cette extraordinaire constance dans le suivi et les décisions.
Je ne peux terminer cette contribution sans évoquer le bel hommage du ministre des Affaires étrangères, M. Sabri Boukadoum, qui, à mon sens, résume tous les discours des frères diplomates, affectés par la disparition de ce monument, mais satisfaits au plus haut point par ce geste de débaptisation de leur siège qui permettra à notre frère Mohamed- Seddik Benyahia de rejoindre allègrement le Panthéon de l’Histoire.
«Le devoir de reconnaissance des sacrifices de cette génération exceptionnelle nous amène aujourd'hui à nous recueillir avec déférence à la mémoire du chahid de la diplomatie algérienne, Mohamed-Seddik Benyahia, qui a voué sa vie au service de la patrie comme étudiant, militant, moudjahid et négociateur remarquable lors de la glorieuse guerre de libération, puis acteur principal dans le processus d'édification après le recouvrement de la souveraineté nationale.»  En n’oubliant pas de rappeler, à ce propos, que le défunt était «l'un des hommes aguerris de l'Algérie à avoir mené haut la main les batailles de libération et d’édification, en sacrifiant ce qu'ils avaient de plus cher».
Oui, il a sacrifié ce qu’il avait de plus cher..., tout le monde le sait. Et les foules présentes à ses funérailles, menées sans trop de pompe, justement, ne lui en démontraient pas moins leur grande sympathie puisqu’elles savaient, comme le savait notre martyr Si Mohamed-Seddik Benyahia que les gens passent, que les fortunes disparaissent, mais que le souvenir de l’Homme honnête, brave et sincère demeure…
De tout ce qui précède, le Frère Arafat avait raison de dire que «celui qui produit ne meurt pas...»! 
K. B.

Notes : 
(*) Le Tunisien Amor Abbassi est ingénieur général, Professeur architecte naval, écrivain.
(1) Algérie Solidaire le 5-5-2021 (après la débaptisation du siège des Affaires étrangères. 
(2) Victor Hugo : La Légende des siècles/Les Grandes Lois.
(3) Témoignage de Me Amar Bentoumi, publié dans El Watan le 3-6-2007
(4) Gilbert Meynier dans : Histoire intérieure du FLN .
(5) Archives Histoire : «La crise de l’été 1962», publié par El Watan le 8-7-2004.
(6) Témoignage de Rédha Malek
(7) Extrait d’une communication dans Les Cahiers du CREAD, n°109.
(8) «La légende inoxydable de la diplomatie algérienne», El Watan du 23-5-2017.
(9) M. S. Dembri rendait hommage à M. S. Benyahia qu’a publié El Moudjahid  le 4-5-1982.

 

 

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