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Contribution

De Yalta au monde unipolaire et à l’avènement d’un nouveau monde multipolaire -1re partie-

Publié par Chems Eddine Chitour
le 23.02.2020 , 11h00
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Par Pr Chams Eddine Chitour(*)
Il y a 75 ans,  le 11 février 1945, après une semaine de négociations dans la petite ville de Yalta, Staline, Roosevelt et Churchill signent les accords orchestrant la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les négociations ont pour finalité la consolidation d'une paix durable, sur les ruines de l'Europe meurtrie. Après Yalta , le monde occidental s’est graduellement dressé contre l’empire soviétique: « l’empire du mal », comme le nommait Ronald Reagan. Ce sera ensuite sous les coups de boutoir d’un Occident chrétien la lutte du bien contre le mal avec le mur de Berlin , le fameux mur où John Fitzjerald Kennedy est venu clamer : « Ich bin ein berliner », montrant à la face du monde la détermination contre le rideau de fer appelé aussi le mur de la honte par un Occident qui réussira à abattre l’empire soviétique le remplaçant par l’Islam le Satan de rechange, et atteignant en définitive ses limites en temps qu’empire sur le destin.

Qu’est-ce que l’Occident ?
Il n’est pas aisé de donner une définition définitive selon l’angle d’attaque considéré. L'Occident, ou monde occidental, est un concept géopolitique qui s'appuie généralement sur l'idée d'une civilisation commune, héritière de la civilisation gréco-romaine dont est issue la société occidentale moderne. Au début du XXIe siècle, on admet que l'« Occident » regroupe l'Europe occidentale (l'Union européenne) et le Canada, les États-Unis, l'Australie, la Nouvelle-Zélande. Soit 950 millions de personnes ou 1,6 milliard de personnes si l’on inclut l'Amérique latine. Pour le philosophe Roger Pol Droit, « l'Occident est à peu près dans l'ordre, une région géographique (l'Europe de l'Ouest), une unité historique (l'Occident chrétien du Moyen-Âge), un ensemble économique et politique (puissances européennes, Etats-Unis, Canada) et un monde économique aux très vastes frontières (tous les pays riches, même ceux d'Asie). Entrent dans sa composition des ingrédients de la Grèce (philosophie, démocratie, théâtre, exigence scientifique) et de la Rome (génie et droit) antique, un héritage juif (règles morales universelles), repris et répandu par le christianisme, et un esprit moderne (sciences et techniques, économie libérale) qui, sans renier ses racines, cultive le doute et l'esprit critique. Le développement de la critique et de l'analyse, explique Roger-Pol Droit, permet l'accroissement des sciences, et inversement, le progrès scientifique intensifie l'examen rationnel des traditions, des croyances, des mœurs. »(1)
Nous retiendrons au passage « l’oubli » de la part de la civilisation musulmane apportée à la civilisation occidentale. Même appréciation de Paul Valéry, la civilisation européenne était un appendice de la civilisation grecque, nulle part de l’acculturation intermédiaire de la civilisation musulmane, projection de l’Europe.

L’Occident devient le sanctuaire de la chrétienté
« En 395, lit-on toujours sur Wikipédia, Théodose II divisa administrativement l'Empire romain en deux parties, qu'il donna à deux de ses fils : l'Orient et l'Occident, marquant ainsi un début de divergence entre les deux parties de l'empire, divergence qui se trouvera scellée après la chute définitive de Rome et de l'Empire romain d'Occident en 476. (...) au Moyen-Âge, on considère que l'Allemagne, les pays scandinaves, la Pologne, la Hongrie ainsi que les divers royaumes fondés sur les décombres de l'Empire romain d'Occident par des peuples germaniques tels que les Francs ou les Saxons font partie de ce monde occidental, l'Occident chrétien catholique, là où la Grèce orthodoxe par exemple se trouve rejetée, car faisant en outre toujours partie de l'Empire d'Orient. (…) »(1)

L’essor dû aux « lumières » et aux aventures coloniales
« Après une période de relatif déclin durant le Moyen-Âge , l'Occident s'est plus fortement développé que le reste du monde avec la Renaissance, et la diffusion du capitalisme marchand puis avec les Lumières du XIIIe siècle en se libérant de l'influence de l'Église, avant d’atteindre son apogée avec la Révolution industrielle du XIXe siècle, la colonisation européenne du monde et enfin avec les révolutions politiques du XXe siècle, qui ont instauré la laïcité à des degrés divers et la démocratie parlementaire dans l'intégralité des pays qui sont compris dans ce ‘’monde’’ à l'heure actuelle ».(1)

L’hégémonie coloniale pendant 5 siècles
En fait, il est plus indiqué de remonter dans le temps pour s’apercevoir que l’hégémonie occidentale a débuté après ce qu’on appelle, dans la doxa occidentale, « les grandes découvertes ». Etant entendu que le matraquage idéologique a fait que les faits étaient devenus des vérités intangibles. Ainsi on sait maintenant que la découverte de l’Amérique attribuée à Christophe Colomb repose sur du vent. On trouve dans la littérature des récits chinois attribuant cette découverte à un général chinois bien avant 1492. Cependant, la chape de plomb s’est mise graduellement en place en imposant un récit après les invasions coloniales. Prenant la relève d’un Orient et d’une civilisation islamique sur le déclin, et au nom de la règle des trois C (christianisation-commerce-colonisation), l’Occident qui se limitait à la Vieille Europe — pour reprendre l’expression de Donald Rumsfeld ancien secrétaire d’Etat à la Défense américain— profita de son avance technologique pour aller à la conquête du monde et mettre des peuples en esclavage. Il procéda à un dépeçage des territoires au gré de ses humeurs sans tenir compte des équilibres sociologiques que les sociétés subjuguées ont mis des siècles à sédimenter. 
L’Occident s’est affirmé après la première Révolution industrielle par la production de l’acier qui lui permit de mettre en place une industrie de la guerre en construisant des canons qui lui permirent de guerroyer avec réussite sur tous les territoires d’opération surtout après le traité de Vienne où les puissances européennes, après avoir vaincu Napoléon en l’envoyant à Saint Hélène, décidèrent de porter leurs forces en direction des pays faibles en dehors de l’Europe. Mieux encore, la Conférence de Berlin fut consacrée au dépeçage de l’Afrique et chaque pays prit sa part. Le roi des Belges s’octroya à titre personnel le Congo ! En fait, pendant cinq siècles, au nom de ses « droits de l’homme blanc», l’Occident dicte la norme, série, punit, récompense, met au ban des territoires qui ne rentrent pas dans la norme. Ainsi, par le fer et par le feu, les richesses du Sud épuisées furent spoliées par les pays du Nord.

Que s’est-il joué à Yalta ? 
L’Occident connaît ses premières convulsions « intra » au début du XXe siècle, les pays européens se sont battus mutuellement les uns contre les autres, au cours de la boucherie de la Première Guerre mondiale, du fait des conditions inhumaines imposées à l’Allemagne, le sentiment national allemand sera de plus en plus visible, la chute de la République de Weimar et l’impuissance de la Société des Nations, ont amené Hitler, le nazisme et la Seconde Guerre mondiale. l’Ordre ancien commençait à disparaître. De nouvelles puissances émergent. La Révolution bolchévique paya le prix le plus lourd avec plus de 20 millions de morts dans cette guerre, qu’elle a de fait supportée pour une grande part.
De fait, lit-on sur la contribution suivante : « A Yalta sur les bords de la mer Noire, Staline est en position de force face aux Occidentaux : ses armées à l’Est déciment les forces ennemies et font reculer le Reich depuis 6 mois. Il est de plus la puissance invitante de cette réunion, et sa supériorité militaire sur ses interlocuteurs ne fait aucun doute. Roosevelt et Churchill, méfiants, redoutent en effet la puissance soviétique, craignant une trop grande influence de l'Armée rouge en Europe centrale. La puissance soviétique effraie les Occidentaux, qui veulent à tout prix éviter un retournement de situation russo-allemand. La capitulation de l'Allemagne instaure entre les « trois grands » une relation de confiance absolument primordiale pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs. Roosevelt, Churchill et Staline détiennent l’autorité absolue concernant l'avenir du pays. Chaque mesure prise concernant le maintien de la paix future est vue comme nécessaire. Les puissances s'accordent alors sur la démilitarisation complète, le désarmement, et le démembrement de l’Allemagne. Les alliés sont d'accord : l'Allemagne ne doit plus jamais constituer une menace.  Comment délimiter les zones d'occupation sans qu'une partie se sente lésée? La course militaire est, en effet, toujours d'actualité : les armées continuent d'avancer en Europe. C'est globalement au point de rencontre des différentes armées que les divisions sont finalement établies. Le Président des Etats-Unis est avant tout soucieux d’obtenir la collaboration de Staline avec l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon. Si l'Allemagne est presque neutralisée, l'empire nippon ne l'est pas encore. Les Américains sont seuls face à l'empire japonais, allié du régime nazi. Staline traîne des pieds mais accepte finalement, à la seule condition d'attendre la capitulation de l'Allemagne.  L'autre objectif de Roosevelt est l'établissement de la future Organisation des Nations-Unies. L'échec de son prédécesseur, Wilson, à consolider la Société des Nations motive le Président américain à consolider son projet. La création de l'ONU est donc finalisée à Yalta, ainsi que la manière dont voteront les états membres ».(2)
Dans le même ordre, parmi les nombreuses falsifications de l’Histoire, le récit de l’Empire ânonné par les vassaux qui se persuadent et persuadent leurs peuples européens que la victoire contre Hitler était due principalement aux Etats-Unis. Pourtant, les statistiques des pertes militaires connues indiquent 53% pour l'Armée rouge, 1,4% pour l'armée américaine. 405 000 tués Américains, presque tous militaires, 27 millions de morts soviétiques, moitié civils, moitié militaires.
Aussi, en Europe, on trouve normal que le 70e anniversaire du département soit fêté avec faste, même M. Poutine y assista. Par contre, aucun pays européen n’est allé à Moscou pour assister au défilé du 70e anniversaire de la victoire sur le nazisme. Mieux encore, le 23 janvier 2020, Vladimir Poutine avait tenu à dénoncer les «complices» du régime nazi dans plusieurs pays européens : lors d'une conférence de presse à Saint-Pétersbourg, le 18 janvier, Vladimir Poutine avait promis de faire «taire ceux qui tentent de réécrire l’Histoire, de la présenter sous un faux jour et de réduire le rôle de nos pères et nos grands-pères, de nos héros, qui ont perdu la vie en défendant leur patrie et presque le monde entier contre la peste brune. » 
 
L’Occident à partir de 1945
Entre 1945 et 1980, l'Europe est devenue de plus en plus socialiste. En 1957, a été formée la communauté économique européenne, composée de la France, de la Belgique, de l’Italie, du Luxembourg, de l’Allemagne de l'Ouest et des Pays-Bas. Finalement, cette organisation a été rebaptisée Union européenne ou UE et de nombreuses autres nations l’ont rejointe. Mais, la crise économique de 2008, appelée souvent dans le monde anglophone Grande Récession, est une récession dans laquelle sont entrés la plupart des pays industrialisés du monde (avec l'exception de l'Australie) à la suite du krach de l'automne 2008, seconde phase de la crise financière de 2007-2010. Les États-Unis ont été les premiers à entrer en récession, en décembre 2007, suivis par plusieurs pays.

L’influence de l’Église dans la chute de l’Union soviétique
L'élection sur le trône de Saint-Pierre de l'archevêque de Cracovie, Karol Wojtyła (Jean-Paul II), en octobre 1978, est vécue par les autorités communistes dans l'est de l'Europe comme une provocation. En 1980, en Pologne naît le syndicat indépendant Solidarność (Solidarité), dirigé par Lech Wałęsa. Ronald Reagan inaugure sa présidence des États-Unis le 20 janvier 1981 par un discours d'investiture dans lequel il résume sa doctrine politique en déclarant que « l'État n'est pas la solution à nos problèmes... L'État est le problème ». De nombreux partisans du Président Ronald Reagan prétendent qu'il a gagné la guerre froide avec la doctrine « Paix dans la force » (Peace through Strength) et ses amitiés étroites avec plusieurs leaders conservateurs, notamment Margaret Thatcher en Grande-Bretagne. Quand Mikhaïl Gorbatchev – (considéré comme un traître par une partie des Russes)  mit en place la glasnost et commença à démanteler l’empire en abandonnant la République démocratique allemande, il fut adoubé par l’Occident et l'Intermediate-Range Nuclear Forces Treaty sera signé, obligeant l’URSS à retirer ses missiles d’Europe. En 1989, la situation géopolitique changea fondamentalement avec la chute du mur de Berlin. Gorbatchev eut comme récompense le prix Nobel de la paix en laissant une Union soviétique en miettes livrées aux oligarques et mise en coupe réglée par l’Occident.(1)
Il vient que la descente aux enfers continuera sous Boris Eltsine et dès août 1990, George Bush père, des États-Unis, annonce la fin de l’affrontement Est-Ouest, c’est-à-dire de la guerre froide et de la bipolarisation du monde la remplaçant à son idée par le nouveau monde unipolaire, obligeant la Fédération de Russie à abandonner le Pacte de Varsovie du fait de l’éclatement de l’empire soviétique. Résultat des courses : l'OTAN et le Pacte de Varsovie entament le démantèlement aussi bien de leur arsenal nucléaire que de leurs forces de frappe conventionnelles. Et l’Occident obligera par OTAN interposé la Russie à signer un traité de coopération et de sécurité.Après le retrait d'Afghanistan des troupes soviétiques, la plupart du pays est passé sous la domination d'une théocratie islamiste sunnite, les talibans. En 1979, une révolution islamiste en Iran a renversé le shah pro-occidental et a créé une théocratie islamiste chiite. Saddam Hussein est encouragé à faire la guerre à l’Iran. Elle sera de 1980 à 1988 dévastatrice pour les deux pays durablement affaiblis au profit des pays occidentaux et d’Israël qui en profitera. Le 2 août 1991, l’Irak envahit le Koweït croyant avoir le feu vert américain transmis par l’ambassadrice Glapsie. La guerre s'est terminée en 1991, avec le retrait des troupes irakiennes du Koweït suite à une coalition hétéroclite menée par les Etats-Unis avec les vassaux européens ( Royaume-Uni, France, Italie, Allemagne et les potentats du Golfe.
 
Après 1989, fin théorique de la guerre froide
Il ne faut pas croire que 1989 fut la fin de la guerre froide, voire la fin de l’histoire pour reprendre l’expression de Francis Fukuyama, l’idéologue du Pentagone. Après la guerre froide, les anciennes Républiques soviétiques ont adopté le capitalisme et, bien qu’en Chine ses dirigeants aient transformé le pays en capitalisme d’État. Souvenons-nous de la fameuse phrase de Deng Tsiao Peng : « Peu importe que la souris soit noire ou grise, pourvu que le chat l’attrape .»
Des accords de libre-échange ont été signés par de nombreux pays. L'Union européenne est devenue de plus en plus puissante. Il est vrai que depuis 1991, les États-Unis sont la nation la plus puissante du monde et la seule superpuissance jusqu’en 2015. Le 11 septembre 2001, quatre avions, détournés par des extrémistes islamistes, se sont écrasés sur le World Trade Center et le Pentagone. C’est le début d’une nouvelle ère. Celle de la lutte du bien contre le mal. Le Satan de rechange tombait du ciel. Ce sera l’Islam. Les États-Unis ont renversé le gouvernement taliban et capturé de nombreux dirigeants d'Al Qaïda, Ben Laden a été tué et son corps immergé. De fait, la guerre ne s'est jamais arrêtée. On est passé d'une vision du monde entre globalement la chrétienté et l'athéisme soviétique à une vision du monde entre la « civilisation judéo-chrétienne depuis l'aggiornamento de Paul VI contre l'ennemi séculaire : l'Islam.

L’Occident et le monde  après 1998
Après la guerre froide, la Yougoslavie a éclaté en plusieurs pays selon des critères ethniques et bientôt les pays et les groupes ethniques au sein de l'ex-Yougoslavie ont commencé à s'entre-déchirer. Finalement, les troupes de l'OTAN sont arrivées en 1999 et le conflit s'est terminé. Il faut retenir que la plus grande guerre menée par l'Occident dans les années 1990 a été la guerre du golfe Persique. Bush père avait promis de  ramener l’Irak à l’âge de pierre. Ce qui fut fait par lui et par Clinton avec la mort de 500 000 enfants du fait d’un embargo inhumain dans le cadre de la mascarade du pétrole contre nourriture. 
Ceci dura jusqu’à la solution définitive pour ne pas dire finale qui est celle de la troisième guerre du Golfe après celle de 1980 (Irak-Iran), celle de 1990 (Irak-Koweït-Alliés) et celle de 2003 (Alliés-Irak) comme punition concernant les ADM qui n’ont jamais été trouvés. En 2003, les États-Unis ont mené cette guerre controversée. Les inspecteurs de l'ONU n’ont jamais trouvé les armes de destruction massive en Irak, motif de l’invasion de ce pays. 
C. C.
(A suivre) 

(*) Universitaire. Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.

1.http://www.seuil.com/ouvrage/l-occident-explique-a-tout-le-monde-roger-pol-droit/9782020959124
2.https://www.rtbf.be/info/monde/detail_il-y-a-75-ans-la-conference-de-yalta-au-coeur-des-negociations?id=104273343

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