Rubrique
Contribution

Droit de réponse

Publié par LSA
le 12.05.2019 , 11h00
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Suite à une contribution du professeur Chelghoum, publiée dans notre édition du 22 avril 2019, et intitulée «Bilan des projets dits du siècle 1999-2019, surcoûts exorbitants, retards, gabegie et bricolage», nous avons reçu le droit de réponse suivant du Dr Fouad Bendimerad, directeur du projet PDRU d’Alger et président de EMI.
Le 22 avril courant, le Soir d’Algérie a publié le texte intitulé : « Bilan des projets dits du siècle 1999-2019, surcoûts exorbitants, retards, gabegie et bricolage.» Cet article mentionne le projet Plan directeur de résilience urbaine (PDRU) auquel contribue notre organisme Earthquakes and Megacities Initiative (EMI). EMI a noté un certain nombre d’approximations, d’erreurs, voire de désinformation qu’il souhaite corriger par la présente note.

1. PDRU et Smart City :
L’article indique :
« La dernière farce présentée par l’inamovible wali d’Alger concerne l’élaboration d’un PDRU (étude de résilience) de la capitale pour la transformer, tenez-vous bien, en “Smart City” alors qu’il est dans l’incapacité de régler efficacement la collecte des ordures ménagères à travers les quartiers. »
Notre réponse : L’approximation d’un expert en la matière liant ces deux projets est particulièrement inquiétante et préfigure la teneur de la suite de cet article concernant le PDRU qui est un important projet pour la wilaya d'Alger. En effet, le PDRU n’a rien à voir avec le projet « Smart City », ces deux projets sont complètement différents et totalement dissociés l'un de l'autre. L'objectif du PDRU est de développer un plan directeur de résilience urbaine pour la wilaya d'Alger, dont les tenants et aboutissants ne relèvent pas du concept de Smart City.

2. La condition pour engager un processus visant la résilience urbaine :
Nous avons noté que le texte ajoute : « Dans ce contexte, il est utile d’expliquer au lecteur non averti le concept d’une ville résiliente ! Ainsi, pour remplir les conditions d’admission au club des «villes résilientes», une métropole ou une agglomération doit avoir la capacité de s’adapter aux évènements (aléas ou dangers) afin de limiter les effets des catastrophes naturelles et de retrouver le fonctionnement normal le plus rapidement possible, par conséquent elle doit fonctionner comme un écosystème urbain dynamique qui consomme, se transforme et libère des substances et de l’énergie d’une manière adaptive et en interagissant avec d’autres écosystèmes en prenant en compte la qualité de vie grâce à un urbanisme mieux conçu et plus vert. En résumé, une ville résiliente est capable de s’adapter et prête à affronter les impacts climatiques existants et futurs en limitant leur ampleur et gravité. »
Notre réponse : Cette définition correspond approximativement à celle de l’institution des Nations-Unies qui définit la résilience comme étant « la capacité d'un système, d'une communauté ou d'une société exposés à des dangers de résister, d'absorber, de s'adapter, de se transformer et de se remettre des effets d'un danger en temps opportun et de manière efficace, notamment par la préservation et la restauration de ses structures et fonctions essentielles de base par la gestion des risques (UNISDR, 2017) ».
La confusion que fait l’auteur est que ceci est l’objectif et non la conditionnalité pour espérer un jour entrer dans ce que l’auteur appelle le club des villes résilientes. Cette confusion est d’ailleurs confirmée par la suite quand il s’interroge sur les raisons qui ont poussé les pouvoirs publics à engager l’étude d’un plan de résilience pour la capitale.
« Au vu de ces spécificités draconiennes, une question mérite d’être posée : sur quel principe le wali d’Alger a décidé de lancer ce PDRU pour une capitale avec un centre originel abandonné insalubre et délabré, sans espaces verts, des rues bouchonnées à toute heure, verrouillées, « dos-d’âne» et très vulnérable vis-à-vis de plusieurs risques conjoncturels tels que les inondations récurrentes de tous les quartiers après la chute de quelques gouttes de pluie ? »
Notre réponse : C'est précisément parce que la vulnérabilité d’Alger est patente et que tout le monde reconnaît la faible résilience de la capitale devant les risques majeurs qu’un plan directeur de résilience urbaine est nécessaire. Outre tous les exposés de motifs du projet qui rappellent l’historique de la vulnérabilité d’Alger, il y a lieu de rappeler que ce mardi 23 avril, un immeuble d’habitation s’est partiellement effondré dans la capitale faisant 5 morts. Une triste routine — même en l’absence de séisme — et un triste rappel du bien-fondé de l’initiative des pouvoirs publics qui espèrent réduire les effets d’un risque majeur, que nous espérons le plus lointain possible.

3. A qui est confié le projet ?
L’article verse ensuite dans ce qui est, au minimum, de la désinformation, à savoir que « la marginalisation de tous les experts et BET nationaux mis devant le fait accompli par ce wali, qui a décidé de confier cette opération sur la base du gré à gré à une personne vivant à l’étranger et qui n’a jamais exécuté le moindre projet dans ce pays ! » et ajoute « est-ce que la personne retenue possède tous ces moyens en qualité et quantité ? » en s’interrogeant sur « les moyens humains, matériels et financiers présentés par ce BET pour être retenu, compte tenu de la complexité des paramètres à traiter sur site ».
Notre réponse : Concernant la nature de la partie à laquelle ce projet a été confié, nous souhaitons confirmer que le projet du PDRU n'a pas été confié à une personne mais à EMI (Earthquakes and Megacities Initiative) une organisation scientifique internationale non-gouvernementale à caractère non-lucratif. EMI est reconnue par :
- Trois Unions scientifiques internationales (International Union of Geodesy and Geophysics ; International Union of Geological Sciences ; et International Geographical Union) ,
- Le Conseil mondial de la science (ICSU),
- De nombreuses organisations internationales, y compris Pnud et ONU-Stratégie internationale de réduction des risques,
- La Banque mondiale,
- La Banque asiatique de développement
- La Banque interaméricaine de développement.
EMI est une des rares organisations à travers le monde qui siège continuellement à la plateforme internationale de réduction des risques catastrophiques des Nations-Unies depuis 1995 et qui fait partie du Comité de pilotage de la campagne des Nations-Unies pour les villes résilientes depuis le lancement de cette campagne.
De plus, EMI a le privilège d'avoir un statut d’observateur agréé des Nations-Unies, statut qui lui a été octroyé sur la base de ses compétences et de son travail sans relâche pour la réduction des risques de catastrophes à travers le monde. A ce titre, EMI a le privilège de participer à tous les évènements de l'ONU et de soumettre des propositions sur les problématiques de résilience.
EMI œuvre sur l’ensemble des continents et a développé des projets de résilience dans les villes les plus grandes et les plus complexes du globe, y compris : Istanbul, Naples, Mumbaï, Dhaka, Manille, Amman, Mexico City, Jakarta, Kobe, Dar-es-Salaam, Shanghaï, Pékin, Bogota, Quito et beaucoup d'autres. La contribution de EMI au développement et au bien-être des villes et des pays est notoirement reconnue. Toutes les villes où EMI a travaillé ont réalisé des progrès majeurs non seulement dans le renforcement de la résilience, mais également dans l'amélioration de leur productivité, leur efficience et leur gouvernance en adoptant des outils et des méthodes de gestion urbaine modernes.
A travers ses efforts éducatifs aux Nations-Unies, ces projets d’échange de savoir entre les villes, et son partenariat au travers des programmes de formation avec la Banque mondiale, EMI a contribué au développement de milliers de cadres compétents en résilience urbaine à travers le monde et a changé la vision du risque urbain globalement.
Concernant la personne du président de EMI, ses qualifications et son origine, il se trouve que c’est un Algérien, en l'occurrence le professeur Fouad Bendimerad, fonction à laquelle il a été élu en 2003 par un comité scientifique international de 53 universitaires éminents dans leur domaine et à laquelle il est réélu tous les trois ans, comme c’est l’usage dans les organisations scientifiques internationales.
Le professeur Bendimerad est reconnu mondialement par ses pairs, ainsi que par tous les professionnels du domaine, comme un des experts les plus renommés en résilience urbaine, et encore plus en tant que « père » de la théorie et des méthodes analytiques de résilience urbaine. Ses écrits et ses méthodes pour la résilience urbaine servent de référence dans le domaine et ont été adoptés par des institutions telles la Banque mondiale, le Pnud et autres. Nous pouvons citer comme référence les publications suivantes sur la résilience urbaine que les lecteurs intéressés pourront consulter : 1) Words into Action Guidelines : Implementation guide for local authorities – a companion for implementing the Sendai Framework Priority 4, UNISDR (May 2014) ;
2) Urban Resilience Master Planning : A guidebook for practitioners and policymakers. EMI (March 2015) https://emi-megacities.org/?emi-publication=urban-resilience-master-planning-a-guidebook-for-practitioners-and-policymakers-2 ;
3) A Guide to Measuring Urban Resilience : Principles, tools and practice of urban indicators. EMI (March 2015). https://emi-megacities.org/?emi-publication=a-guide-to-measuring-urban-risk-resilience-principles-tools-and-practice-of-urban-indicators-2
Le professeur Bendimerad a été professeur pendant 15 années à l’Université américaine de Stanford, a enseigné à l’université de Kobé au Japon et au Karlsruhe Institute of Technology (KIT) en Allemagne.
Par ailleurs, le professeur Bendimerad tout en résidant en Californie depuis plus de 40 ans a toujours apporté sa contribution et ses connaissances aux efforts de réduction des risques de notre pays et a créé de fréquentes opportunités à des jeunes chercheurs et cadres algériens d’acquérir des formations de pointe à l’étranger. Avant même le séisme d’El Asnam de 1980, il avait travaillé avec le prof. Shah de Stanford Université sur le premier code sismique algérien. Il a dirigé l'équipe internationale d'experts qui a effectué la mission de reconnaissance pour l’institut international de recherche en génie sismique (Earthquake Engineering Research Institute - EERI) après le séisme de Boumerdès, qui a abouti à la publication, largement diffusée, d’un rapport sur ce séisme.
Il a également dirigé le « Cluster Cities Project » par le biais duquel il a invité des experts et des décideurs algériens à plusieurs séminaires internationaux avec le financement de son organisme EMI. Il a aussi contribué à la formation de plusieurs jeunes cadres techniciens algériens à l’université de Kobé au Japon dans le cadre d’un programme de formation financé par le gouvernement japonais.
Il a toujours répondu présent, sans aucune compensation, à tous les appels du pays chaque fois qu’il a été sollicité. A ce titre, et au cours de l'été 2018, le professeur Bendimerad a participé bénévolement à l'université d'été qui s'est déroulée à l'USTHB. Il fait partie aujourd’hui des cadres de la diaspora qui œuvre à contribuer aux efforts de son pays, même — et surtout — en ces moments cruciaux.
Le Pr. Bendimerad est un pur produit de l’école nationale polytechnique d’Alger et a accompli son service national à la DNC-ANP où il a continué sa carrière d’ingénieur en génie civil. Il a réalisé plusieurs projets en Algérie de 1975 à 1977 en tant qu’ingénieur dans l'ex-DNC, y compris la tour de télécommunication de Bir-Mourad Raïs, la gare de Bab-Ezzouar, le central téléphonique de Lakhdaria, l'Institut de génie civil de l’USTHB. Il a aussi supervisé plusieurs projets de construction à Alger en sa capacité de directeur technique de l’unité de l'ex-DNC en charge de ces projets.

Concernant l’équipe en charge du projet :
L’équipe que EMI a mobilisée pour la réalisation du PDRU comprend plus de 60 experts et spécialistes dont les noms et qualifications ont été portés à la connaissance du maître d’ouvrage qui les a agréés. Ils sont tous reconnus mondialement pour leur connaissance des différents aspects de la résilience allant de l'analyse du cadre juridique et institutionnel, les différentes dimensions de la vulnérabilité urbaine, les analyses de risque, l'aménagement du territoire, l'habitat, les infrastructures vitales et stratégiques, le transport, la gestion des urgences et bien d’autres. C'est avec fierté que le PDRU inclut une majorité d'experts et de spécialistes algériens, tant ceux résidant en Algérie que ceux de la diaspora qui sont reconnus mondialement pour leurs travaux.
Une de nos collègues, algérienne de la diaspora, vient d’être distinguée par la Société des Consuls Généraux à New York pour ses contributions importantes dans le domaine de l’architecture écologique et durable. Un autre collègue, algérien de la diaspora vient de recevoir un prix de l'American Society of Civil Engineers (ASCE) pour ses découvertes relatives à la conception en béton armé. Tous et toutes sont venus en Algérie avec pour objectif essentiel de contribuer par le biais de leur savoir à cet effort.
En outre, et élément important de la démarche adoptée pour enraciner ce projet et assurer sa pérennité, le PDRU associe plus de 100 institutions algériennes qui sont partenaires et parties prenantes dans le PDRU et y participent activement par le biais de cinq groupes de travail spécialisés. L’USTHB, l'ENP, l’EPAU, le CRAAG, le CTC, le CGS, le CNERU, l’INCT, pour ne citer que ces institutions, sont des participants actifs et des contributeurs essentiels par le biais de leurs compétences et de leur connaissance pointue du contexte local. Le PDRU reste ouvert à tous ceux et à toutes celles qui veulent contribuer à l’instar des nombreux hommes et femmes de la profession qui en ont exprimé le désir.

4. Concernant la nécessité de contrôle et de suivi des étapes du PDRU :
Le texte s’interroge, à juste titre, sur le processus de suivi du projet par l’autorité « maître de l’ouvrage » et affirme : «Les services compétents du gouvernement sont dans l’obligation de procéder à un audit global de cette opération. Une troisième question à laquelle le wali d’Alger devrait répondre : à la réception du document final de ce PDRU comment et par quel biais sa validation serait faite ?
Notre réponse : Contrairement à l’inquiétude, légitime, que ce projet soit réalisé sans un contrôle de ses rendus tant dans leur nature qu’en terme de fiabilité et de faisabilité, nous souhaitons préciser que le PDRU est tenu de soumettre des rendus à chaque phase du projet (environ tous les 3 mois) à l’équipe dirigeante du projet, équipe mise en place par la wilaya et assistée d’experts nationaux et des parties prenantes pour évaluation et notification des réserves et commentaires éventuels. Cette validation s'effectue après consultation des parties prenantes elles-mêmes, y compris les experts, spécialistes, autorités et utilisateurs nationaux appartenant à une centaine d'institutions et associations.
Outre le souci de transparence et celui de fiabilité des travaux, le choix fait par la Wilaya et EMI d’élargir au maximum la base des parties prenantes procède du souci essentiel de garantir l’application effective du plan directeur de résilience urbaine pour que sa mise en œuvre soit une réalité et qu’Alger acquiert, avec le temps, la résilience souhaitée.
Pour conclure, nous accueillons toute compétence désireuse d’enrichir le processus d’élaboration du PDRU de leur expérience, et de prendre attache avec nous ou la Direction du projet afin de s'informer ou contribuer scientifiquement, en conformité avec les règles de l’art qui sont chères à toute la communauté scientifique. Nous insistons sur le fait que notre culture en tant que scientifiques est de contribuer à éduquer, à participer aux efforts des uns et des autres aux fins de construire, sans dénigrer le travail des autres scientifiques.
Toute activité scientifique est respectable du fait de sa rigueur, de son objectivité et de son ouverture au débat, sinon elle mute en « activisme scientifique » friand de « mégaphones » et de « crépitements de flashs ».
Dr Fouad Bendimerad

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