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COLLECTIONS ET MUSÉES : DE LA CONSTRUCTION D’UN PASSÉ COLONIAL (3e partie) La IIIe République (1871-1940)

Publié par LSA
le 25.08.2019 , 11h00
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Par Mourad Betrouni

Un changement de paradigme
Le IIIe République, qui a vu passer une quinzaine de Présidents, depuis Adolphe Thier jusqu’à Albert Lebrun, a duré 60 ans. C’est dans sa gouvernance qu’ont été réalisées les grandes réformes républicaines et les lois constitutionnelles en faveur d’un nouveau régime démocratique, ainsi qu’une nouvelle approche coloniale, qui se voulait porteuse d’un nouveau regard, laïque et rationaliste, fondé sur la philosophie du progrès et du positivisme scientifique. Elle s’est traduite, notamment, par la création, en 1879, de quatre Écoles supérieures spécialisées à Alger : médecine, pharmacie, sciences, lettres et droit, qui se transformèrent, en 1909, en une université.
La création de l’Ecole supérieure des lettres d’Alger, en 1880, puis sa transformation en Faculté des lettres, en 1909, constitua un acte fondateur d’une rupture dans le mode de production du savoir et de la connaissance, jusque-là, gouverné par un système qui mettait en articulation les sociétés savantes, la Bibliothèque-Musée d’Alger et les différents musées, dans leur relation aux Académies et institutions métropolitaines. Une rupture qui s’est concrétisée par une refonte des institutions et un changement d’hommes.
En 1880, un service des monuments historiques et une commission des monuments historiques furent créés en Algérie, annonçant une volonté de mise en ordre institutionnelle dans les champs de l’archéologie et des monuments. S’agissant des musées et des collections, un état des lieux, pour une refonte organisationnelle et un redéploiement sur de nouvelles bases institutionnelles, était commandé par le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts, au moment même où, en métropole, se préparait la publication de l’Album sur les Musées de France et dans la Régence de Tunis, celle des collections du Musée Alaoui. Pour l’Algérie, qui devait se mettre sur le diapason de la nouvelle République, c’est un regard scientifique qui fut sollicité, à travers la personne de Coudray R. de la Blanchère, un ancien élève de l’Ecole française de Rome, établi à Tunis. Il a été directeur du Service des Antiquités et des Arts de la Régence de Tunis, chef de la «Mission d’Afrique du Nord» et inspecteur général des archives, bibliothèques et musées d’Algérie.
Sa mission consistait à réaliser un diagnostic et envisager un catalogue des musées et collections de l'Algérie.

Coudray R. de la Blanchère : Un rapport accablant (1890)
Le rapport que la Blanchère établit sur la situation des musées algériens fut remis, en 1890, au ministre de l'Instruction publique et des Beaux-arts. Ce fut un véritable pamphlet sur la pratique muséale en Algérie depuis 1830. Il est utile de reprendre, ici, l’essentiel des observations et remarques qui y sont contenues, pour évaluer la nature et l’ampleur des dommages et préjudices constatés. Dans son introduction au sujet, il avertissait qu’il n’avait pas la prétention de refaire les catalogues et les inventaires, précisant, cependant, qu’«un catalogue ne se fait utilement que quand tout est logé, classé, et rangé d'une manière définitive, ce qui n'a encore eu lieu nulle part» et que «cette comptabilité [inventaire] est l'affaire des conservateurs, et devrait être depuis longtemps tenue». Son travail consistait, disait-il, à «rendre un compte exact de ce que l'établissement [musée] renferme, et d'en rendre compte au public».
La première observation, d’ordre général, qui résume le diagnostic, est sans appel : «Les musées d'Algérie sont plus riches qu'on ne le pense, et plus riches qu'ils ne le paraissent. Ils devraient l'être cent fois plus… La millième partie des trésors qui ont été barbarement détruits, ou que l'on a laissés se perdre, depuis un demi-siècle, dans notre colonie, suffisait à former d'incomparables collections». Sans le citer nommément, la critique visait directement A. Berbrugger «Elle : [l’Algérie] n'a jamais eu de personnel capable, n'ayant pas d'autre soin que de sauvegarder les restes de son passé, et dévoué exclusivement à cette tâche unique. Il n'y a pas de Musée central.» Le Musée central «… n'est ni un musée de l'Algérie, ni un musée de la province d'Alger : une grosse part des morceaux qu'il contient, et presque les plus beaux, viennent de la Tunisie.»
Il compare les musées de provinces à des cabinets de curiosités : «[Ils] se sont enrichis au hasard, sans aucun plan, sans aucun ordre. Ils ne donnent nullement l'idée des antiquités du pays.» Le Musée de Constantine «contient presque autant de bibelots italiens que de trouvailles africaines. Il n'offre pas une inscription libyque, alors que presque tout le corps de cette épigraphie singulière vient de ce seul département… la collection lapidaire est, elle, reléguée dans un square, exposée aux coups de cailloux des enfants, et ses pièces les plus importantes, quelques très belles inscriptions, sont, elles, dans un coin perdu où la terre commence à les envahir».
Le Musée de Cherchell «est un fouillis, jeté par tas dans un vilain enclos, en plein air, si ce n'est qu'un hangar misérable abrite un tant soit peu quelques superbes sculptures, recollées au hasard et groupées comme des moellons». Le Musée de Bône, quant à lui, «il serait mieux de n'en pas parler. Dans un magasin, demi-sous-sol, qui, par un soupirail, reçoit les balayures d'une cour d'école, se cachent sous une épaisse couche d'ordures quelques vitrines désemparées, où moisissent, pêle-mêle, des oiseaux empaillés, des antiquités, des échantillons de minéraux, et près desquelles sont posés des pierres et des marbres qu'il est impossible d'examiner».
Lorsqu’il procéda, par comparaison, en déclarant que «nulle part, comme au Musée Alaoui, on n'a cherché à rappeler les cités anciennes de la province, chacune par quelque inscription, quelque monument typique, autour duquel se groupent les objets de même provenance ; les emplacements les plus célèbres dans l'histoire de l'archéologie algérienne ne sont souvent représentés dans aucun des musées d'Algérie», la Blanchère s’était placé dans une situation paradoxale, voire antinomique des objectifs d’une colonisation de peuplement, qui justifierait «l'indifférence des pouvoirs publics», selon ses propres propos : «Ni l'État, ni les départements, ni les villes n'ont accompli tout leur devoir. Il est tard aujourd'hui : on peut encore très bien faire, mais plus jamais on ne fera ce qui était facile autrefois.»

Coudray R. de la Blanchère : fondateur de la muséographie algérienne et tunisienne (1853-1896)
A l’invitation de l’Académie des inscriptions et Belles-lettres, l’Ecole française de Rome – active depuis 1875 – se mettait, pour la première fois, dès l’année 1889, sur l’orbite nord-africaine. Il s’agissait surtout d’accueillir, parmi les doctorants et jeunes chercheurs agréés, pour des séjours d’études en Italie, les candidats éligibles à un destin nord-africain, plus particulièrement algérien, selon des prédispositions et un profil qui correspondraient à la politique en vigueur en matière d’archéologie, de monuments et de musées. C’est par cette caractéristique, ajoutée à l’expérience acquise en Tunisie et au rapport qu’il avait établi sur l’Algérie, que la Blanchère fut nommé, en 1891, Directeur du Musée d’Alger, poste qu’il occupa jusqu’en 1900, en s’employant à sa réorganisation selon les normes en vigueur de la muséographie, à l’image du Musée Alaoui de Tunis. Il est le concepteur et l’initiateur du plan d’organisation administrative et scientifique de l’archéologie en Algérie et Tunisie.
Le Musée se voit séparé administrativement de la Bibliothèque. Nous sommes déjà loin de l’ère Berbrugger qui, rappelons-le, avait été célébrée en grande pompe en 1865, au siège même de la Bibliothèque-Musée d’Alger. Pour service rendu à la nation, Berbrugger a été élevé à la dignité de commandeur de la légion d'honneur par l’empereur Napoléon lui-même, alors en voyage en Algérie. Il sera mis fin à sa carrière par le ministre de la Marine et des Colonies, Chasseloup-Laubat. Il décéda en 1869 à Alger. La gouvernance Berbrugger, qui avait traversé la Monarchie de Juillet, la deuxième République et le Second empire (un demi-siècle), prit ainsi fin sans grands encombres. A la prise de fonction de la Blanchère au Musée d’Alger, l’exiguïté des locaux du Palais Mustapha-Pacha, les mauvaises conditions de conservation (fragilité des structures, faible luminosité, humidité) qui commandaient une restauration urgente — elle n’aura pas lieu — avaient empêché la mise en place d’un dispositif muséal à la dimension d’un musée central. C’est bien plus tard, en 1893, qu’un nouveau musée fut créé par le ministre de l’instruction publique et des Beaux-arts, à Mustapha Supérieur, dans une maison occupée jadis par une école primaire (au sein du jardin pittoresque qui prit le nom de parc de Gallant). Ce musée était organisé en deux sections, l’une spécialisée dans la période antique et l’autre dans la période musulmane ou «section art musulman».
Il abritait, en outre, le fonds de l’exposition permanente des produits de l’Algérie (armes, objets d’art, trophées…).

L’Algérie sur l’orbite de la latino-chrétienté
L’évocation d’un nom, celui de Stéphane Gsell, résume à elle seule tout un schéma conceptuel et méthodologique de l’enseignement et de la recherche dans les domaines de l’archéologie, des monuments et des musées en Algérie, mis sur l’orbite de la latino-chrétienté.
Un schéma qui détermina, désormais, toutes les politiques entreprises dans ces domaines. Il s’établira, sans partage, sur tous les espaces et domaines d’intérêt où, jadis, régnaient en maître des compétences qui investissaient dans des disciplines et des thématiques bien encadrées.
Le remplacement de R. M. de la Blanchère, voire son effacement par son collègue de l’Ecole française de Rome, S. Gsell, est significatif d’une politique de rupture avec un ordre établi et d’annonce de nouvelles orientations, en phase avec le projet coloniste de la IIIème République.
Gsell fut appelé, en 1891 à l’Ecole supérieure des lettres d'Alger, pour enseigner l’archéologie, en qualité de chargé de cours.
Il fut, ensuite, en 1902, nommé inspecteur des antiquités de l'Algérie et directeur du Musée d'Alger puis, en 1919, inspecteur général des musées archéologiques de l'Algérie. Un dispositif institutionnel qui aboutira, en 1923, à la création de la Direction des antiquités (service des antiquités), une institution du Gouvernement général de l'Algérie. Cette évolution institutionnelle, concomitante d’une progression fulgurante de la carrière de Gsell, qui nous rappelle le parcours d’A. Berbrugger, appelle à un examen et un approfondissement du profil et de l’itinéraire de ce personnage, qui continue à marquer l’histoire de l’archéologie, des monuments et musées algériens.
S. Gsell est né en 1864, à Paris, dans une famille d’origine alsacienne et de religion protestante. Il est élève de l’Ecole normale supérieure, en 1883, et devient membre de l’Ecole française de Rome, entre 1886 et 1890, puis membre correspondant de l’Académie des inscriptions et Belles lettres, en 1902, et membre permanent en 1923. Après quatre années d’études à l’Ecole française de Rome, il obtint son doctorat, en 1894, avec une thèse principale consacrée au règne de l’empereur Domitien, qu’il acheva en 1892 et une thèse secondaire sur Tipasa, «De Tipasa Mauretaniae Caesariensis urbe» qu’il termina en 1894.
Il a eu le privilège, lors de son séjour à Rome, de fouiller une partie d’une importante nécropole étrusque du nom de Vulci, située à Montalto di Castro, en province de Viterbe, région Latium, en Italie centrale.
Cette fouille dura 5 mois, temps utile pour Gsell, qui s’exerça, sans relâche, à la pratique de la fouille archéologique, dans le sens entendu de l’époque, celle d’une activité de collecte, de relevé et de catalogage, un moyen technique qui s’inscrit dans le processus: observation-enregistrement-publication.
Gsell n’était pas parti de rien, les objets issus de la fouille étaient, en fait, des matériaux qui illustraient une histoire, celle des Etrusques, telle que transcrite par les Anciens. Gsell ne connaissait rien à l’Algérie ni à l’Afrique du Nord, d’autres, plus indiqués que lui, avaient la notoriété et l’expérience de terrain.
La Blanchère était en poste à Alger, à la fois au Musée et à l’Ecole supérieure et Jules François Toutain, normalien, agrégé d’histoire, membre de l’Ecole française de Rome (1890-1892) et africaniste, avait séjourné pendant deux ans à Tunis, où il occupa le poste d’inspecteur des antiquités auprès du service des antiquités, dirigé par la Blanchère, en s’investissant, en tant que représentant de l’Ecole française de Rome, dans des recherches archéologiques, à la fois en Tunisie (fouilles de Tabarka et autres sites autour de Carthage) et en Algérie (fouilles de Tigzirt et Taksebt, en Kabylie).
C’est le philosophe Louis Liard, directeur de l’enseignement supérieur, qui porta son dévolu sur Gsell, à un moment de grands bouleversements, sous la IIIe République, dont la grande réforme de l’enseignement. Le choix d’un tel profil était significatif — comme nous le verrons plus loin –— d’une option qui allait assurer et garantir l’emprise de la marque latino-chrétienne sur un territoire à recréer: l’Algérie. Une perspective paradoxale qui va à contre-courant de la dynamique de l’histoire en métropole, dont le maître mot était la laïcisation. Au même moment, le cardinal Lavigerie, missionné par le pape Léon XIII, négociait son ralliement à la République. Pour s’en convaincre, l’arrivée de Gsell à Alger était concomitante de celle d’un autre personnage emblématique, Louis Bertrand (1866-1941), un normalien, membre de l’Académie française (élu en 1925), qui fut également détaché à Alger en 1891, comme professeur de rhétorique au lycée d’Alger. Il est l’incarnation du projet «résurrection d’une nation latine en Afrique du Nord, à l’ombre de la domination française» dont l’«archéologue» Gsell allait constituer l’instrument «scientifique» de démonstration et de légitimation. Son rôle, propagandiste, en rupture avec les convenances académiques, consistait en la fabrique d’une nouvelle «race algérienne» au nom des «droits antérieurs à l’Islam».
Ce projet ne pouvait se réaliser en dehors de la mission religieuse de «résurrection de l’Eglise d’Afrique» et du prosélytisme des Pères Blancs, incarnés par le cardinal Lavigerie (1825-1892), archevêque d’Alger et de Carthage. Ainsi, Gsell, Bertrand et Lavigerie constitueront les trois piliers porteurs d’un nouvel édifice colonial, fondé sur la démonstration et la preuve archéologiques.
Pour s’en convaincre, aussi, le premier contact de Gsell avec l’Algérie se fit avec le site de Tipasa, objet de sa thèse secondaire. Le choix de ce site et tout particulièrement de la «Basilique de la Sainte Salsa», procédait, naturellement, d’une commande de l’Eglise catholique, dont l’abbé Duchesne en est le maître d'ouvrage, un ecclésiaste qui, paradoxalement, a été maintenu, d’une manière exceptionnelle, à la tête de l’Ecole française de Rome. De quoi s’agit-il, au juste ? Soudainement, en 1891, deux manuscrits espagnols relatant la «Passion de Saint Salsa », sont retrouvés dans les archives de la Bibliothèque nationale de Paris. La «Sainte» fut sitôt inscrite par le martyrologue de Saint Jérôme, parmi les martyrs d’Afrique du début du IVe siècle et c’est l’abbé Duchesne qui communiqua à l’Académie le document martyrologique, qui venait d’être publié par des Bollandistes. C’est à la suite de cette communication que S. Gsell entreprit une fouille à Tipasa, dans une basilique, appelée depuis «Basilique de la Sainte Salsa». Par son expérience italienne de Vulci, il était à même d’exercer ses qualités plutôt de philologue que d’archéologue, pour construire un mythe fondateur de l’une des premières villes coloniales au cachet «latino-chrétien», Tipasa, autour d'un martyr chrétien, la «Sainte Salsa». Gsell était tout indiqué pour exercer le savoir-faire acquis à Vulci, en matière de fouille d’une nécropole ; il s’agissait de reproduire le même protocole de dégagement des tombes et de leur mobilier, de leur description, leur étude et leur mise en musée (voir musée étrusque du Palais Torlonia de la Lungara et Musée préhistorique de Rome). C’est la publication, en 1891, des «Fouilles dans la nécropole de Vulci, qui propulsa Gsell au-devant de la scène archéologique. Il s’intéressa à Tipasa en même temps et à la suite des hommes d’église dont Lavigerie, l’abbé Saint Gerand, l’abbé Grandidier, l’abbé Rance et l’abbé Duchesne, pour récolter et rassembler les preuves et les arguments de concordance de l’archéologique (la basilique chrétienne, notamment les inscriptions) et de l’historique (les manuscrits sur la passion de la martyre africaine).
Avec l’abbé Saint Gérand, en 1891 puis en 1892 et 1893, Gsell fouilla l’essentiel de la basilique Sainte Salsa. Ses recherches – orientées – ont été précédées par des actions tous azimuts d’investigations et d’excavations en quête des moindres indices confortant la thèse de la martyre chrétienne tipasienne. Le travail laborieux de dépouillement des archives et documents existants, tout domaine confondu, qu’il effectua, les dix premières années de son établissement à Alger, furent compilés en chapitres dans la Revue africaine et repris juste après dans les Mélanges de l’Ecole française de Rome, qui avait ouvert à cet effet la Chronique africaine. C’est partant de ce corpus de documents et de matériel archéologique, déposés dans les différents musées et les lieux de dépôts, qu’il établit son plan d’investigation du territoire, dans la perspective d’une œuvre totale, qui fut consacrée, à terme, en 1901, dans les deux volumes: Les monuments antiques de l’Algérie, édités sous l’égide du gouvernement général.
C’est dans la région Nord-est algérienne, le Constantinois, le Sétifois et les Aurès qu’il déploya toute son énergie, en se mettant sur les traces des anciennes expéditions, avec l’avantage du débordement sur les autres territoires et de la possibilité d’y retourner. Aux dessins et croquis des premières expéditions, il substitua les relevés et les plans aux échelles convenues. Il reprit les planches de MAI.-Al. Delamaire, en y introduisant du texte et du commentaire (1912).
Il se plaça, également, en vis-à-vis voire en concurrence avec les architectes des monuments historiques, notamment, R. Duthois (architecte des monuments historiques d’Algérie, 1880) et A. Ballu (directeur du service des monuments historiques de l’Algérie, 1889), dans les grands sites de Timgad, Djemila, Announa, Khamissa, Madaure. De cette confrontation, il s’y dégagea deux grandes tendances, celle des architectes des monuments historiques, soumise aux règles académiques de la profession, et celle des historiens, archéologues antiquisants, auxquels la philologie ouvrait le champ à une investigation scientifique plus ouverte. Cette deuxième tendance était incarnée par Gsell et toute l’Ecole des antiquisants d’Alger.
L’œuvre de Gsell est gigantesque, par son volume et sa portée; c’est un énorme corpus (mémoires, catalogues, atlas, guides) conçu dans la perspective d’une histoire globale de l’Afrique du Nord. C’est dans le format du guide et du manuel de l’archéologie (rassembler, sérier, classifier méthodiquement) qu’il avait entrepris son projet, l’avouant lui-même, en préface du tome premier des monuments antiques de l’Algérie : «Cet ouvrage devait consister, d’abord, en une série de notices sur les ruines antiques de l’Algérie… Je n’ai donc pas adopté l’ordre géographique, où des édifices d’époque et de destinations diverses auraient été confondus, mais j’ai étudié, dans des chapitres distincts, les différentes catégories de monuments…».
Procédant par catégorie de monuments, dans un empilement chronologique, que rien n’autorisait, depuis la grotte préhistorique jusqu’au au baptistère chrétien, en passant par les indigènes et Puniques puis les Romains, il a su convertir un guide didactique, un «Mémento» de l’archéologie monumentale, en un instrument démonstratif et explicatif de l’archéologie monumentale algérienne. Réalisé en divers formats, pratiques et usuels, ce guide était accompagné en autant de publications de vulgarisation et de manifestations scientifiques et culturelles, destinées à un nouveau public «en voie de création».

La science archéologique au service de la colonisation
Avec Gsell, la science archéologique s’était investie frontalement dans le terrain politique en occupant de proche en proche les lieux d'accès à la décision politique, par une instrumentalisation du savoir et sa mise à disposition d'une cause coloniale : «L’Algérie française.» L’année du centenaire de la prise d’Alger (1930) fut la consécration de cet effort de plus d’un demi-siècle, qui se résume dans ce court passage de l’ouvrage «Histoire et historiens de l’Algérie»: «L’histoire nous trace ainsi nos devoirs : volonté inébranlable d’être les maîtres partout et toujours ; nécessité d’une colonisation appuyée sur un fort peuplement rural européen; nécessité non moindre de rapprocher de nous les indigènes avec le ferme désir et l’espoir d’une fusion dans un avenir plus ou moins lointain. Cette histoire n’est donc pas en Afrique “la plus inutile des sciences”».
L’idée de Gsell et sa position arrêtées sur l’Algérie sont significatives de cet investissement, dans le contexte de la IIIe République: «L’Algérie! Un nom que nous avons créé et qui ne devint officiel qu’en 1838; un morceau découpé arbitrairement à l’époque turque et qui reçut alors à peu près ses limites actuelles; une unité factice dont la France a fait autant qu’elle a pu une unité réelle.»»
C’est dans cette prédisposition psychologique, d’un engagement militant, que d’aucuns qualifiaient de «patriotisme assumé», que Gsell et après lui quasiment toute l'Ecole des antiquisants d'Alger vont concevoir le paysage muséologique algérien. La célébration du centenaire constitua une prise de date de l’établissement permanent d’une «Algérie française». Nous y observons la création, tous azimuts, d’institutions culturelles au statut durable tels le Musée Franchet d’Esperey; les Musées des Beaux-arts d'Alger, d'Oran et de Constantine ; le Musée d'ethnographie et de préhistoire du Bardo; les Musées de Timgad et de Djemila ; le Musée forestier d’Alger ; la Maison indigène de la place d'Estrées d’Alger ; les Maisons de l'agriculture d’Alger, d’Oran et Constantine; les Ecoles de tissage de Bougie et de Tlemcen ; l’Ecole d’apprentissage de la bijouterie indigène et l’Ecole de poterie kabyle de Tizi-Ouzou. L’année du centenaire était un tournant décisif de l’histoire coloniale, celui du ralliement à une doctrine historique, dont Gsell est le maître d’œuvre.
Une doctrine qui a enchâssé l’histoire de l’Afrique du Nord dans un récit exclusif de confrontation entre Rome la latine et Carthage la sémite, en déplaçant le regard d’une orbite «climaticienne» Nord-Sud, vers une orbite «culturelle et religieuse» Est-Ouest, opposant un Orient phénicien et sémite à un Occident romain à l’exclusivité latine. La dimension grecque, clé de voûte du système civilisationnel méditerranéen, étant éliminée de ce dispositif de construction historique.
Dans le contexte de la IIIe République et pour des besoins de démonstration, le débat politique et intellectuel s’était déplacé du terrain de confrontation immédiat — le bassin occidental de la Méditerranée — entre acteurs romains, puniques et numides, vers un territoire beaucoup plus vaste, mettant en opposition un Occident latin et un Orient phénicien, arabe et même byzantin. Nous comprenons dès lors cet attachement soudain aux attributs et valeurs qui consacrent l’occidentalité et cette recherche d’une filiation hispano-mauresque entre le Maghreb et l’Espagne musulmane.
De l’archétype «Arabe», sur lequel s’est construit tout un imaginaire colonial à la fois de répulsion et de fascination, va se substituer une imagerie spécifiquement maghrébine où l’«indigène» autochtone va constituer, désormais, l’élément invariant : «La permanence berbère». Dans «Histoire et historiens de l’Algérie», E. Albertini, écrivait en page 101 à propos de l’Algérie antique : «Les Français qui ont conquis l’Algérie croyaient d’abord qu’elle était peuplée d’Arabes, et cette erreur ne s’est pas corrigée tout de suite; on a mis quelque temps à percevoir le caractère adventice des éléments arabes dans l’Afrique du Nord».

Normalisation et stabilisation de la pratique muséale et des missions archéologiques
La normalisation et la stabilisation de la pratique muséale, dans l’«Algérie française», est l’aboutissement d’un processus d’élaboration institutionnelle, qui remonte à l’année 1912, avec la création de l'«Inspection des antiquités d'Alger» qui, pour la première fois, allait désigner un inspecteur chargé exclusivement de l’Algérie. Gsell, Carcopino, Cagnat et Albertini se succédèrent à ce poste ; pour poursuivre l'effort archéologique engagé jusque-là, dans l’ordre conceptuel et méthodologique convenu.
Ils assurèrent, à la fois, les missions d’inspection, d’enseignement à l’université et de direction du Musée des antiquités d’Alger.Une dizaine d’années plus tard, en 1923, une direction des antiquités et des missions archéologiques fut créée auprès du Gouvernement général de l'Algérie. Elle permit d’asseoir un véritable dispositif d’administration et de gestion des musées et des missions archéologiques, mis sous le contrôle politique du gouvernement général de l’Algérie et l’ancrage et la caution scientifiques de l’Ecole française de Rome.

Les lois sur les monuments et sites (1887-1913)
L’essentiel de l’arsenal juridique métropolitain, appliqué ou étendu à l’Algérie, concernait davantage les monuments historiques, les sites et les fouilles archéologiques que les musées, les collections et les biens culturels mobiliers. Ces derniers ne semblent pas avoir captivé l’intérêt du législateur français, qui renvoyait le sujet à des niveaux réglementaires (décrets, arrêtés, circulaires). Il faut remonter aussi loin que 1887, jusqu’à la loi sur les monuments historiques, pour retrouver le premier ancrage légal relatif aux objets culturels mobiliers d’Algérie. Il s’agit de l’article 16 (chapitre IV), des «Dispositions spéciales à l'Algérie et aux pays de protectorat», qui stipulait que «dans cette partie de la France, la propriété des objets d'art ou d'archéologie, édifices, mosaïques, bas-reliefs, statues, médailles, vases, colonnes, inscriptions qui pourraient exister, sur et dans le sol des immeubles appartenant à l'État ou concédés par lui à des établissements publics ou à des particuliers, sur et dans les terrains militaires, est réservée à l'État». Cette loi a été pensée, non pas dans le cadre strictement métropolitain, mais dans une perspective beaucoup plus large, englobant le contexte européen, celui des colonies et des protectorats, afin de contenir tous les aspects philosophiques, juridiques et institutionnels, qui mettaient en relation la protection des biens culturels et les acquis constitutionnels de la propriété privée – cheval de bataille de la IIIe République –.
Au cœur même des débats sur cette loi, intervenant au Sénat, M. Bardoux, ancien ministre de l’Instruction publique, qui devait faire rapport, signalait, déjà, «l’état déplorable dans lequel se trouvent les antiquités algériennes». Appuyé par tout un corpus de données et d’informations livrées, notamment, par M. L. Renier et M. L. Masqueray, il déclara, séance tenante : «Notre terre d’Afrique est, après l’Italie, le pays qui fournit le plus d’inscriptions romaines. Malheureusement, il y règne une véritable fureur de destruction et les monuments les plus intéressants sont l’objet des actes de dévastation les plus inexplicables et les plus barbares». Alors directeur de l’Ecole supérieure des lettres d’Alger, M. L. Masqueray exprimait le même regret en 1882 : «L’indignation nous aurait poussés à recueillir, nous aussi, les épaves d’un naufrage dans lequel des villes entières disparaissent. On a fait de la chaux avec des statues de Caesarea (Cherchell), Naraggar, Thagora, Auzia sont englouties dans des casernes, j’ai vu scier les marbres du Temple d’Esculape; à Lambèse, les collections locales sont au pillage.»
La loi du 30 mars 1887 sur les monuments historiques a cette singularité d’avoir introduit un mécanisme spécifique de protection des biens culturels mobiliers et immobiliers, appelé «classement», une sorte de limitation «déguisée» de la propriété de certains biens culturels. Cette loi devint inopérante une quinzaine d’années plus tard, notamment après la promulgation de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Églises et de l’État et ses implications sur le patrimoine religieux.
Elle fut remplacée par la loi du 31 décembre 1913 sur les monuments historiques, qui introduisit une conception nouvelle du droit de propriété, en étendant le classement au domaine privé. Ainsi, les biens culturels meubles, immeubles par nature et immeubles par destination, dont «la conservation présente, au point de vue de l’histoire ou de l’art, un intérêt public», pouvaient faire l’objet d’un classement, y compris contre l’accord de leur propriétaire. L’intérêt public de la conservation se plaçant, désormais, au-dessus de la propriété qu’elle soit publique ou privée.
S’agissant de l’Algérie, l’alinéa premier de l’article 36 de cette loi (chapitre VI), dans les «dispositions diverses», stipulait que «la présente loi pourra être étendue à l’Algérie et aux colonies par des règlements d’administration publique, qui détermineront dans quelles conditions et suivant quelles modalités elle y sera applicable». Le second alinéa du même articule précisait, cependant, que «jusqu’à la promulgation du règlement concernant l’Algérie, l’article 16 de la loi du 30 mars 1887 restera applicable à ce territoire». Par cette disposition, l’Algérie se voyait exclue du champ d’application de cette loi, ne pouvant, donc, accéder aux avancées juridiques relatives, notamment, à la propriété privée. Les mesures d’ «inaliénabilité» et d’«imprescribilité» demeurèrent régies par l’article 10 de la loi de 1887: «Les objets classés et appartenant à l’Etat seront inaliénables et imprescriptibles.»
La loi 31 décembre 1913 avait introduit, dans les «Dispositions diverses», un article17 qui stipulait que «les mêmes mesures seront étendues à tous les pays placés sous le protectorat de la France et dans lesquels il n’existe pas déjà une législation spéciale». L’allusion est faite à la Tunisie qui disposait, déjà, d’un décret sur la sauvegarde du patrimoine culturel, daté du 7 mars 1886. Ainsi, la Tunisie — sous régime du protectorat — se voyait également exclue du champ d’application de cette loi.

Les lois sur les musées (1941-2002)
Une trentaine d’années plus tard, sous le régime Vichy, plus précisément le 10 août 1941, une loi relative aux musées des beaux-arts est promulguée. Son article premier disposait : «Est considérée comme musée, sous l’application de la présente loi, toute collection, permanente et ouverte au public, d’œuvres présentant un intérêt artistique, historique ou archéologique.» Cette loi fut remplacée, en 1945, par l’ordonnance du 13 juillet 1945 portant organisation provisoire des Musées des Beaux-arts, qui avait repris l’essentiel de son contenu, en demeurant toujours dans le seul champ d’application des beaux-arts. Cette ordonnance avait introduit, toutefois, conformément à de nouveaux principes édictés par l’ordonnance du 9 août 1944 relative au rétablissement de la légalité républicaine sur le territoire continental, un certain nombre de changements, notamment institutionnels et organisationnels. Ainsi, la Direction des «Musées nationaux» devint la Direction des «Musées de France». Les musées de Province, à l’instar des musées parisiens (environ un millier) furent rattachés à l’Etat. La liste de ces musées était fixée par décret en vertu de l'article 3 de l'ordonnance du 13 juillet. Tous les autres musées, qui n’avaient pas qualité de musée national, furent répartis entre deux catégories dé définition : les «musées classés» et les «musées contrôlés», qui ne se distinguaient que par la nature du contrôle qu'exerçait l'Etat à leur endroit.
Les «musées classés», bien que n’appartenant pas à l’Etat, étaient gérés par un conservateur, fonctionnaire de l’Etat, nommé par le ministre de l’Education nationale. Quant aux «musées contrôlés», les plus nombreux, ils étaient gérés par un conservateur, quoique non fonctionnaire de l’Etat, mais nommé par le ministre de l’Education nationale et sous son contrôle. Le contrôle de l’Etat ne s’exerçait pas sur la propriété du musée et de ses collections, mais sur l’usage qui en est fait, étant donné qu’il y a admission de public.
Le statut et le mode de contrôle par l’Etat des musées, dans l’esprit de la loi du13 juillet1945, participaient d’une double logique, celle d’une centralisation administrative et d’une décentralisation technique. Quoique provisoire, il fut effectif jusqu’à la promulgation de la loi du 4 janvier 2002 relative aux musées de France, qui, tout en réaffirmant le principe du contrôle de l’Etat sur les musées, introduisit un mécanisme de conciliation des principes de la décentralisation (principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales) avec les impératifs régaliens de gestion des collections. C’est le label «musée de France» qui consacra la mission de service public des musées, appelant ces derniers, sans distinction aucune, à souscrire à ce label, qui les rendrait éligibles aux soutiens scientifique, technique et financier de l'Etat, moyennant l’acceptation de l’inaliénabilité de leurs collections permanentes et de leur inscription sur un inventaire réglementaire.

Les Musées d’Algérie : pour quel (s) public (s) ?
Les collections et les musées de la colonisation, se trouvant en territoire français ou algérien, s’inscrivaient, explicitement ou implicitement, dans l’ordre naturel de cette évolution du système juridique et institutionnel français, considérant que l’Algérie était un département français.
Or, si les missions – régaliennes – de conservation, de restauration, d’étude et d’enrichissement des collections, se réalisaient, dans les deux territoires, suivant les mêmes protocoles, quoique avec un certain décalage et ne s’en distinguant que par la qualité de leur exécution et de leur exécuteur (qualification des conservateurs de musées, notamment), il en allait tout autrement de l’autre mission fondamentale du musée «collection permanente et ouverte au public», celle qui consiste à rendre accessible au public le plus large, à assurer l’égal accès de tous à la culture, à contribuer aux progrès de la connaissance et à la recherche ainsi qu’à leur diffusion.
En effet, si l’intérêt public des collections coloniales concernait le «Français» dans sa définition constitutionnelle, qu’en était-il, alors, de l’ «indigène musulman» qui, au regard du code de l’indigénat, était exclu de tout processus d’intégration à la nation française. N’ayant pas la pleine nationalité, celui-ci demeurait en dehors de la dynamique patrimoniale. Le code de l’indigénat ne prit «théoriquement» réellement fin qu’en 1958 avec la suppression du régime du double collègue, mais c’était déjà la guerre d’Algérie, qui présida à la naissance de la nation algérienne, une autre entité, différente de l’entité française. Il s’y dégagera, ainsi, deux intérêts publics, non pas sur un patrimoine commun, au sens de la filiation verticale (du père au fils), mais sur un héritage partagé, au sens horizontal (cultural héritage, dans la signification anglo-saxonne du terme). Penser les musées d’Algérie dans une historiographie française, c’est dérouler le fil d’une histoire muséale exclusivement française, transcrite dans les politiques et les registres juridiques, institutionnels et opérationnels français. Aujourd’hui que l’Algérie est indépendante (juillet 1962), il se pose, nécessairement, pour la France, notamment, devant ses nouveaux ancrages européens et universels, la question du corpus muséal algérien se trouvant en France, dans sa relation avec celui «in situ» en Algérie. La reconstitution du processus historique de collecte, de ramassage, de recensement, d’enregistrement, de publication et de publicité, des objets et collections, destinés, jadis, à produire et reproduire une mémoire documentaire coloniale, source de légitimation d’une identité française de l’Algérie, est un pré-requis à la création d’un nouveau rapport à un héritage partagé entre la France et l’Algérie. Il s’agira, notamment, de préciser le mode de translation du colonial au postcolonial, en termes de transfert du matériau (mobilier) et de son corpus documentaire, pour aboutir à la reconstruction de «collections nationales», appropriables. Lorsque nous portons le regard sur l’héritage colonial (1830-1962), nous ne pouvons nous empêcher de nous interroger sur l’histoire et la mémoire de chaque objet et des documents qui lui sont associés. Tous ces objets, aujourd’hui exposés dans les musées ou rangés dans des réserves algériens et français, appartiennent à une histoire et une mémoire qui tirent tout leur sens d’un processus d’appropriation fondamentalement colonial. La France coloniale avait inscrit, et d’une manière systématique, l’héritage latino-chrétien d’Algérie, dans un processus de patrimonialisation qui assurait son adjonction aux valeurs de la chrétienté historique, portées essentiellement par les nouvelles populations européennes nouvellement établies en Algérie.
Cette forme d’appropriation artificielle de l’identité et de la mémoire — véritable supercherie mémorielle — participait surtout, et par incidence, à une désubstantialisation et une érosion de la mémoire «indigène» qui se voyait dépossédée progressivement de sa relation historique, affective et émotionnelle à l’endroit de son patrimoine antique punico-romano-latino-chrétien, pour se confiner dans le seul et exclusif cercle d’appartenance musulmane, considéré — sous l’angle de la pureté ou de la purification — comme lieu de retranchement, garantissant la sauvegarde de la personnalité musulmane contre l’occupant et l’oppresseur «chrétien».
Le renforcement de ce clivage chrétien/musulman, par une politique d’évangélisation de l’Algérie et une publicité et propagande soutenues ont fini par forger un imaginaire «indigène» de rejet et de refoulement de tout ce qui a trait aux valeurs d’antiquité.
La difficulté, aujourd’hui, dans l’image servie par les musées algériens n’est pas dans la substance muséographique qui la gouverne ; elle réside plus dans la situation d’entrechoc entre deux temporalités «inconciliables», l’une occidentale, fondamentalement linéaire, qui a régenté, pendant 132 ans, la messagerie muséale, et l’autre, algérienne, qui relève d’un corpus de goûts, de sensations, d’émotions et d’une vision du monde différents.
Il reste, aujourd’hui, à déconstruire cet édifice pour rétablir l’harmonie des temporalités, dans la perspective d’un discours à la fois de culturalité et d’interculturalité. Il s’agira, également, de poursuivre une œuvre de décolonisation non inachevée, qui participerait au tracé des contours, à la construction de l’image et de la trame d’un récit historique de plus d’un siècle et demi (132 ans).
M. B.
(À suivre)

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