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Contribution

Les questions économiques tapies dans l’angle mort de la crise politique

Publié par LSA
le 30.06.2019 , 11h00
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Par Pr Mohamed Bouchakour(*)
Notre pays traverse une crise politique inédite. Celle-ci fait l’objet d’un foisonnement d’interprétations et de feuilles de route destinées à lui proposer des issues, sur lesquelles il n’est pas nécessaire de revenir ici. L’objet de cette contribution est d’évoquer les questions économiques qui se posent dans le contexte de cette crise et qui restent très largement occultées du débat. Pourtant, celles-ci se posent avec une acuité et une urgence extrême et chaque jour de perdu dans leur prise en charge sera payé 10 fois plus cher, une fois la crise politique résolue. Bien plus, s’il est vrai que le «temps politique» est plus long que le «temps économique», il faut garder à l’esprit que «l’économie a toujours le dernier mot». Aussi, il faut craindre que la meilleure feuille de route de sortie de crise politique risque d’être dans sa mise en œuvre fortement compromise, et peut-être même pulvérisée de plein fouet par le télescopage de conditions économiques devenues entre-temps invivables.

En première approche, ce que l’on observe actuellement se résume à une situation économique caractérisée par une rupture des équilibres macrofinanciers interne et externe, du fait de la chute des prix du pétrole intervenue en juin 2014, mais aussi de la grande vulnérabilité de nos grands agrégats économiques à la monoexportation d’hydrocarbures.
Le déficit de la balance commerciale (environ 50 milliards de dollars cumulés de 2015 à fin 2018) et la prétendue impossibilité de compresser les importations (pour des raisons d’intérêts claniques) n’ont pas laissé d’autre recours que de puiser dans des réserves de change  qui ont fondu de 60% depuis 2013 pour passer, à fin 2018, sous la barre des 80 milliards de dollars. Dans 3 ans, au maximum, ce stock de devises sera complètement tari, alors que l’on sait que la prudence — pour ne pas dire la sécurité nationale — voudrait qu’on le ménage pour le maintenir au moins au-dessus d’un ratio de 12 mois d’importation.
Quant au déficit budgétaire, suite à l’assèchement du  Fonds de régulation des recettes qui a pu, un moment, assurer la «soudure», il a été comblé par un recours systématique à la planche à billets, un artifice d’autant plus inconsidéré qu’aucun effort n’a été fait pour réduire le train de vie de l’Etat, et que les 6 565 milliards de DA imprimés, sans contrepartie réelle à la fin janvier 2019, ont été destinés, non pas à l’investissement, mais, pour l’essentiel, à des dépenses improductives. La fin du recours à la planche à billets vient d’être annoncée (juin 2019), mais sans que l’on sache quelles sont les mesures alternatives qui seront prises pour faire face aux dépenses tout en freinant l’emballement de la dette intérieure qui a déjà atteint 36% du PIB.
Tel est, grosso modo, le tableau des urgences économiques de court terme auxquelles le pays est confronté depuis 4 ans. A la place de solutions hardies et efficaces, on a eu droit à de l’attentisme dans l’espoir que les prix du pétrole se redressent, à du verbiage sur un nouveau modèle de croissance, à un bricolage de demi-mesures et de fausses réponses.
La relance économique est reconnue par tous comme une urgence pour rétablir les équilibres macrofinanciers, mais aussi pour résorber le fléau du chômage. Les dernières estimations le donnent officiellement à 12,3%, mais ce taux cache des réalités encore plus terribles. Chez les jeunes de la tranche d’âge 16-24 ans, ceux-là mêmes dont plus de la moitié n’a aucun diplôme, il est de 30%, voire beaucoup plus chez les filles. A côté du taux de chômage, un autre indice est tout aussi révélateur de la dimension dramatique de ce fléau. La durée du chômage : plus de 6 chômeurs sur 10 passent le cap d’une année. L’absence de perspective finit par conduire à toutes sortes de palliatifs ou de dérives dans les activités informelles ou carrément à des drames sociaux (toxicomanie, délinquance, suicide, harga).
On peut imaginer plusieurs issues possibles à la crise politique, mais une seule sera la bonne : celle qui rendra possibles et faisables les seules solutions efficaces à la crise économique. Les solutions tentées jusque-là ont toutes échoué. Elles avaient pour point commun de rappeler cet individu qui essaie de soulever un seau en se tenant debout à l’intérieur. La première condition pour sortir de la crise est de... «se tenir debout à l’extérieur du seau». Cette posture passe en ce qui concerne notre propos par cinq orientations de rupture très solidaires entre elles.

1. Le passage d’un régime de croissance rentier à un nouveau régime de croissance fondé sur la libération de tous les potentiels nationaux dans une optique de développement durable
Le régime de croissance consacré au cours de ces 20 dernières années a montré toute son inefficacité. Il est à l’origine de l’extrême vulnérabilité de l’économie nationale. D’autres moteurs de croissance que la dépense publique, nourrie à la rente des hydrocarbures, doivent être allumés. Fondés principalement sur l’offre, ils renvoient à l’investissement productif en vue de (i) développer des exportations hors hydrocarbures diversifiées, massives, compétitives et porteuses de valeur ajoutée, et (ii) reconquérir le plus possible des parts de marché national par la substitution de la production domestique aux importations. Ce régime de croissance doit cesser de miser à outrance sur les facteurs de production qui ont fait, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le bonheur des deux premières révolutions industrielles, à savoir le capital et le travail. Ces derniers ont perdu aujourd’hui une grande partie de leur potentiel. L’avantage est que nous sommes relativement libérés du poids financier très lourd des schémas d’industrialisation classiques, mais la contrainte est que cette nouvelle donne limite l’option des investissements à haute intensité de main-d’œuvre, alors que le pays vit un chômage endémique qui a atteint des seuils socialement et politiquement intolérables. Il ressort que le nouveau régime de croissance devra donner toute leur place aux investissements fortement créateurs d’emplois tout en plaçant les activités concernées sous un protectionnisme renforcé, exactement comme le font les pays les plus libéraux lorsque leur intérêt national l’exige.
Ce nouveau régime de croissance devra donc réaliser le tour de force de résorber le chômage par des approches extensives, tout en privilégiant les atouts liés à l’économie de la croissance tels qu’ils ont été promus par la troisième révolution industrielle qui a éclos dans le dernier quart du XXe siècle et la quatrième révolution industrielle, actuellement en cours.
Ceci suppose donc des politiques sectorielles audacieuses, mais réfléchies, qui tiennent compte intelligemment des opportunités et contraintes des marchés internationaux, des chaînes de valeurs mondiales, de la géopolitique et des accords commerciaux passés par le pays et des défis que ses propres forces et faiblesses lui permettent raisonnablement de se lancer. Ces politiques doivent couvrir la plupart des filières, branches et niches d’activité convoquées par le nouveau régime de croissance et s’attacher à y faire émerger un tissu de PME-PMI dense et diversifié, ainsi que des champions nationaux dans des activités sélectionnées. Dans cette perspective, une attention particulière doit être réservée aux institutions d’appui, de soutien et d’accompagnement qui forme l’environnement immédiat des affaires : TIC et numérisation, intelligence économique, formation, conseil et expertise, infrastructure qualité et normalisation, système bancaire et financier, logistique internationale, diplomatie économique. Chaque secteur ministériel devrait pouvoir afficher 10 actions et mesures fortes à prendre à court terme pour sortir du marasme actuel et amorcer la dynamique d’avenir. En dehors de cela, le nouveau régime de croissance exige un climat général des affaires à la fois incitatif aux investissements, aux IDE et au transfert des technologies, et respectueux du développement durable, surtout sur le plan de la préservation de l’environnement, du respect du travail décent. Mais tout ceci serait encore insuffisant, voire même impossible en l’absence d’une bonne gouvernance en rupture avec celle qui a prévalu jusque-là.

2. Le passage d’une gouvernance mafieuse à une gouvernance vertueuse
La bonne gouvernance est totale ou n’est pas. Elle part de l’entreprise et s’élève au plus haut au sommet de l’Etat. R. Perez, un spécialiste de la gouvernance, la présente sous la forme d’un système de poupées russes ou chaque niveau assure le contrôle et la commande du précédent selon une architecture en cinq étages :
- le management : il propose des méthodes et outils applicables aux organisations (entreprises privées, institutions publiques, organisations de société civile) ;
- la gouvernance : elle représente le management du management, ou méta management au sein des organes de gestion des organisations (conseil d’administration, assemblée générale) ;
- le management de la gouvernance : il est confié à l’échelle de l’espace intermédiaire à des autorités de régulation dont les champs de compétences sont sectoriels ou transversaux ;
- la gouvernance de la gouvernance : elle relève du contrôle politique et juridictionnel sur les autorités de régulation ;
- la méta-gouvernance : elle renvoie à des principes fondamentaux régissant toute la vie publique et qui peuvent être instaurés par des lois-cadres ou par des dispositions constitutionnelles. Toute bonne gouvernance combine quatre principes cardinaux : la responsabilisation, la redevabilité, la transparence et l’équité. Ces principes ont pour corollaires (i) le contrôle de la conformité pour lutter contre la mauvaise gestion et les malversations, et (ii) l’évaluation des processus et surtout des résultats en vue d’éclairer les décisions futures, d’alimenter la courbe d’apprentissage et d’expérience, et enfin d’assurer bien sûr la redevabilité et la sanction positive et négative. Face aux inégalités sociales et territoriales, et pour pondérer les choix politiques, la bonne gouvernance préfère toujours les approches en termes d’équité à toute autre forme d’arbitrage. La bonne gouvernance passe donc par la réhabilitation du contrôle, l’institutionnalisation de la pratique de l’évaluation, et la remise en cause de la règle bureaucratique des pouvoirs centralisés et concentrés, qui entrave celle de la responsabilisation. Ceci suppose une rupture radicale avec le système en cours.

3. Le passage de l’hégémonie de la médiocrité à l’hégémonie des compétences
Passe encore un régime de croissance rentier, passe encore qu’il soit pris en otage par une gouvernance mafieuse, la situation du pays sur tous les plans, et d’abord celui de l’économie, est davantage aggravée par l’hégémonie de la médiocrité. Une légende rapporte qu’un sage chinois, il y a de cela plusieurs siècles, conseiller de son empereur, confia à ce dernier : «Si vous voulez détruire un pays, inutile de lui faire une guerre sanglante qui pourrait durer des décennies et coûter cher en vies humaines. Il suffit de détruire son système d’éducation et d’y généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre vingt ans et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs. Il vous sera alors très facile de les vaincre.» Tout est dit.
Trois priorités sont à retenir pour éradiquer la médiocrité. Elles doivent être généralisées à toutes les sphères et appliquées avec la rigueur voulue pour que la médiocrité soit éradiquée dans les espaces où elle peut encore nuire au nouveau régime de croissance et à la bonne gouvernance qui doit l’accompagner.
Réhabiliter dans l’immédiat les compétences techniques et managériales. Il est urgent d’en finir avec les nominations de responsables basées sur les passe-droits, le népotisme, le clanisme, le régionalisme.

Pour tous les postes de responsabilités techniques et managériales, trois principes doivent primer : la sélection transparente par appel public à candidature, la contractualisation sur une base négociée, et l’évaluation indépendante avec publication de ses résultats. C’est là un des domaines d’application de la bonne gouvernance. La réhabilitation des compétences passe aussi par la mise en place, de manière proactive, de cadres institutionnels qui ont existé avant d’être supprimés (ministère de la Planification, Agence de coopération internationale, etc.) ou qui restent à créer (organismes de prospective, organisme d’intelligence économique, etc.).

. Lancer un programme national de rattrapage des gaps scientifiques et techniques creusés dans tous les secteurs sans exception. C’est là un axe prioritaire, transversal à toutes les politiques publiques, en particulier celles qui sont très directement liées aux nouveaux moteurs de croissance. Un bond historique doit être opéré par l’Algérie de la deuxième révolution industrielle (qu’elle n’a même pas parachevée), aux troisième et quatrième révolutions industrielles  (dans lesquelles se jouent aujourd’hui la compétitivité, et même la guerre économique autour de la recomposition de la division internationale du travail et la défense des enjeux géostratégiques). Le rattrapage visé doit concerner les capacités nationales en matière d’innovation et de recherche-développement en priorités dans les domaines qui touchent ou conditionnent le nouveau régime de croissance.

. Procéder à la refondation du système d’éducation-formation en vue de construire la pyramide des compétences. Les compétences sont entendues comme un ensemble de savoir, de savoir-faire, de savoir-agir, de savoir-être dont les trois pôles constitutifs sont : les connaissances, les qualifications et les attitudes. Sur le seul terrain des connaissances dont un des jalons de base reste le baccalauréat, sur 100 élèves qui entrent à l’école primaire, 4 seulement accèdent à l’université sans redoubler. Plus grave, une fois diplômés, ces derniers ont plus de chances de se retrouver au chômage que le reste des demandeurs d’emploi. En effet, le taux de chômage des diplômés de l’université est pratiquement de 50% supérieur au taux moyen national, ce qui signifie que plus on fait des études, plus on risque de finir au chômage.
La refondation du système d’éducation-formation ne doit viser qu’à construire, loin de tout bourrage de crâne, la pyramide des compétences. Celle-ci s’échaffaude par palier à partir de la transmission des connaissances universelles les plus récentes, l’acquisition des langues étrangères, et les qualifications nécessaires à l’utilisation intelligente de ces savoirs telles qu’identifier objectivement un problème et le poser de manière rationnelle, être capable d’autonomie dans l’apprentissage et dans l’action, communiquer efficacement avec autrui en particulier en situation de conflit, s’adapter à de nouvelles tâches et situations, gérer le temps, le stress, etc. Ces atouts ne vont pas sans les valeurs comportementales qui conditionnent les attitudes payantes dans le monde d’aujourd’hui : le sens du travail et de l’effort, la conscience de ses droits et devoirs, le sens des responsabilités, les valeurs d’intégrité et de fiabilité. Tout autre politique n’est qu’une entreprise de destruction de la ressource humaine nationale et de sabotage de destinées personnelles des Algériennes et Algériens de demain. Outre le défi de les armer des compétences dont ils ont besoin, nos concitoyens sont exposés à un autre péril, celui d’un syndrome malthusien.

4. La maîtrise de la croissance démographique
La population algérienne est passée de 42,2 millions d’habitants le 1er janvier 2018 à 43 millions au 1er janvier 2019. Compte tenu de la structure de l’économie nationale, de la pyramide des âges et des caractéristiques du marché de l’emploi, on ne compte qu’un seul travailleur réellement productif pour 10 habitants. Le taux d’accroissement démographique situé actuellement à 2% par an dépasse sensiblement un taux de croissance économique qui peine à atteindre les 1,5% en 2018. Pour prendre toute la mesure du problème, il faudrait rappeler que cette croissance, déjà très molle, est encore plus faible (négative !) si on la ramène à sa mesure réelle en la déflatant. Au demeurant, au rythme d’un accroissement démographique de 2% par an, la population algérienne passerait en 2030 le cap de 53 millions d’habitants à nourrir, à former, à occuper. Il est à souligner qu’à cet horizon l’Algérie aura cessé d’exporter du pétrole pour, au contraire, en importer. Quant aux exportations gazières, le risque est grand qu’elles soient dans les 10 prochaines années bridées par une consommation interne démultipliée, par une concurrence aiguë du gaz qatari et russe sur des marchés européens, par une forte pénétration du gaz de schiste aux Etats-Unis et par les avancées considérables de la transition énergétique qui aura fortement ramené la demande mondiale dans ses retranchements les plus circonscrits.
Quels que soient les efforts qui seront réalisés pour assurer le relève de la rente des hydrocarbures, et mettre en route un nouveau régime de croissance, il est impératif de freiner dès à présent la croissance démographique et de diviser son taux par au moins 2, ce qui ramènerait la population de 2030 à 48 millions d’âmes.
A côté d’une politique de planification familiale orientée sur la réduction active de la fécondité à travers la promotion de la santé de la reproduction, il est nécessaire d’introduire une politique de régulation volontaire des naissances par un système d’allocations sociales dégressif et modulé de sorte à dissuader les couples à fonder des familles nombreuses.
Plus fondamentalement, il faut aussi et surtout miser sur une politique de la population qui s’inscrive plus stratégiquement dans le développement humain. Celle-ci privilégierait les avancées socioéconomiques, la primauté de l’éducation et de l’instruction des femmes, leur autonomisation économique et l’observation accrue des droits humains dans le respect du genre. Mais, l’enjeu d’une démographie maîtrisée est également lié d’une manière directe à la réparation d’une profonde fracture territoriale.

5. La réparation de la fracture territoriale
La redistribution spatiale de la population est également un levier de la politique démographique dans la mesure où elle réduit la pression sur les territoires surpeuplés et ouvre des perspectives économiques nouvelles. 
En matière de territoire, l’Algérie souffre de deux tares qu’il est urgent de résoudre en liaison avec le lancement d’un nouveau régime de croissance : 

• L’extrême concentration de la population (et donc des activités) sur une portion réduite du territoire national. Le RGPH de 2008 avait révélé que 63% des habitants étaient concentrés sur 4% du territoire national situé au nord du pays. Aujourd’hui, la situation n’a pu qu’empirer. Au-delà de l’aspect sécuritaire, cet état de fait laisse en jachère des potentiels locaux riches et variés qui n’attendent qu’à être valorisés dans le cadre du nouveau régime de croissance attendu. Un autre ratio stupéfiant illustre on ne peut mieux la fracture territoriale : 99% de la fiscalité ordinaire provient de 12 wilayas seulement. Les 3/4 des wilayas du pays seraient-elles pauvres à ce point ? C’est plutôt l’étouffement de leurs potentiels et l’évasion fiscale qu’il faut incriminer.
On estime que l’Algérie a vaincu le phénomène de la pauvreté absolue, mais elle reste confrontée aujourd’hui à un grave problème d’inégalités sociales dont une des manifestations apparaît à travers la fracture entre les zones urbaines du nord et des poches de pauvreté souvent extrêmes couvrant les zones sub-urbaines et surtout quelque 10% des communes du pays réparties sur une quarantaine de daïras situés dans les Hauts-plateaux, le Sud et le grand Sud. S’agissant de toutes ces vastes étendues inoccupées, on ne peut qu’évoquer le célèbre dicton selon lequel «il n’y a pas de territoire sans avenir, il n’y a que des territoires sans projets». D’où la nécessité de commencer par des monographies et des analyses Swot par commune pour identifier les potentiels locaux et sortir des portefeuilles de projets localisés et sectorialisés dont il s’agira de faire la promotion dans le cadre d’une politique de gouvernance territoriale nouvelle.

• La caractéristique commune de tous les territoires du pays est qu’ils sont très peu attractifs. Ils ne répondent pas, ou seulement de manière très imparfaite, aux nombreux critères qui font que les entreprises et les ménages y affluent et s’y installent durablement. Ces critères se ramènent pour l’essentiel à l’existence d’infrastructures de base complètes, intégrées et fonctionnelles, à la disponibilité d’une offre complète de services publics et privés de qualité et facilement accessibles, et à la qualité de la vie quotidienne et du vivre-ensemble (hygiène, sécurité, commodités, loisir, quiétude, convivialité sociale, etc.). S’il est admis qu’un certain rattrapage a été effectué en matière d’infrastructures dans certaines régions du pays, les deux autres critères sont très loin d’être réunis. On peut incriminer l’absence de décentralisation des pouvoirs et des moyens d’intervention, ainsi que le déficit immense en matière de capacités dans le domaine de la gouvernance locale. Certes, un Shéma national d’aménagement du territoire a été élaboré. Il a même fait l’objet d’une loi en 2010. Mais à ce jour, celle-ci n’a eu aucun effet sensible sur le terrain.

En conclusion, la situation actuelle de l’Algérie est celle d’un pays coincé dans une crise politique qui a entraîné un blocage de sa croissance et une perversion de son développement. Ce blocage prend l’aspect d’un enchevêtrement d’équations solidaires qui couvrent des problématiques sectorielles, démographiques, managériales, sociales, territoriales et dont le traitement, nécessairement systémique, passe par une rupture politique salutaire qui redistribuera les cartes dans le cadre d’un nouveau contrat social, qui fera sauter les verrous et libérera les potentialités et les initiatives.
Le déblocage économique et sa condition sine qua non la rupture politique sont devenus plus qu’urgents. Plus cette rupture tardera à se produire, plus la situation économique s’aggravera et tendra à devenir inextricable, et plus ses solutions tendront à se complexifier et à être compromises dans leurs faisabilité et impacts, alors qu’elles sont aujourd’hui encore possibles, relativement simples, peu coûteuses et efficaces. En effet, la transition économique consiste pour l’essentiel à allumer des moteurs de croissance fondés sur l’économie de la connaissance, un domaine où les barrières à l’entrée restent en règle générale basses. Elle consiste aussi à promouvoir la bonne gouvernance, à réhabiliter les compétences, à maîtriser la démographie et mieux aménager le territoire. Elle nécessitera, certes, des financements, mais ces derniers demeurent largement mobilisables, avec un coût social très supportable et politiquement accepté, si celui-ci est équitablement réparti.
L’obstacle majeur reste celui d’une rupture politique qui se fait attendre. Il est à craindre que la crise économique ne dégénère et fasse basculer le pays vers une situation politique nouvelle dont l’issue sera excessivement coûteuse et douloureuse. Le mouvement social du 22 février est resté pacifiste car il a exprimé des besoins de reconnaissance et d’estime, une revendication sur laquelle l’esprit humain peut prendre du recul et adopter de la mesure. Il n’est pas certain que ce sera encore le cas lorsque les exigences porteront sur la satisfaction de besoins plus primaires.
Enfin, l’Algérie n’est pas isolée du reste du monde et dans sa position de vulnérabilité actuelle, elle n’est pas totalement maîtresse de ses faits et gestes, même si elle se prévaut de sa souveraineté. Les puissances qui ont des intérêts stratégiques en Algérie et même des pays intermédiaires influents veillent à ce que la place qui nous a été assignée dans les courants d’échange avec eux, et même notre position dans la division internationale du travail et dans la géopolitique mondiale et régionale, reste inchangée. Face à ce plafond de verre qui risque d’hypothéquer tout redéploiement économique national sur une base rénovée, l’Algérie est placée devant une question existentielle : to be, or not to be.
M. B.

(*) Coordonnateur du Cercle de réflexion NARé (Notre nouvelle Algérie). républicaine)

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