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Coupe du monde de Football L’intégration performante

Publié par LSC
le 29.07.2018 , 11h00
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Par Rachid Hanifi, ex-président du COA 
La Coupe du monde de football nous a tenus en haleine pendant un mois, avec le spectacle offert et les pronostics que chacun projetait, au fur et à mesure des rencontres entre nations qualifiées. La frustration ressentie par l’élimination de notre équipe nationale nous a poussés à reporter notre soutien aux équipes de notre continent, puis, au fur et à mesure de leur élimination, à celles qui offraient le beau jeu, telles que le Brésil, l’Argentine ou le Mexique qui a surpris par la qualité individuelle et collective de ses joueurs. 
L’édition 2018 a consacré progressivement la suprématie des équipes européennes, parmi lesquelles la Belgique et la Croatie se distinguaient par la classe de leurs joueurs (Hazard, Lukaku, Modric, Rakitic et autres) et un engagement traduisant une grande motivation. Ces deux équipes allaient gagner peu à peu la sympathie des Algériens qui ne s’imaginaient plus un autre vainqueur final de la coupe. L’équipe de France, disposant pourtant de joueurs talentueux, à l’image de Mbape, Pogba ou Griezmann, ne semblait pas susciter de pronostic favorable de la part de nos compatriotes. Bien au contraire, à chacun des matchs impliquant les «Bleus», les Algériens pronostiquaient l’élimination de ces derniers, avec très certainement une petite note de souhait allant dans ce sens. 
En effet, nos concitoyens qui avaient supporté l’équipe de 1998, en raison de la présence de Zidane, espéraient quelque peu la défaite de celle dirigée par  Didier Deschamps, principalement à cause de la non-sélection de Benzema. 
Ainsi, quelque part, l’équipe de France nous concerne tant que des joueurs d’origine algérienne y figurent. Nous aimons la France, tant que les Algériens la servent, serions-nous tentés de déduire. 
Pourtant, Zizou hier, comme Benzema aujourd’hui, sont nés Français, de nationalité exclusivement française et fiers de défendre les couleurs de la France, même s’ils ont le mérite d’assumer avec fierté leurs origines. En tentant une comparaison entre notre EN et celle de l’ancienne puissance coloniale, nous constatons que notre team est bien plus imprégné de la France que ne l’est cette dernière de l’Afrique en général et de l’Algérie en particulier. 
En effet, l’équipe métropolitaine est composée majoritairement de joueurs nés sur son territoire, de nationalité exclusivement française, dont les parents sont d’origine étrangère. Par contre, notre EN est constituée en grande partie de joueurs nés et formés à l’étranger (essentiellement en France) et de nationalité double. Ainsi, la France pourrait légitimement revendiquer sa part de représentativité à travers notre sélection, alors que notre pays n’a aucun représentant légal (de nationalité algérienne) chez les «Bleus». Pourquoi alors cet attachement à l’équipe de France, lorsque des joueurs d’origine algérienne y sont retenus ? Ce paradoxe est encore plus visible, à travers le comportement de nos compatriotes, qui souhaitent la défaite de l’équipe de Didier Deschamps et se présentent massivement le lendemain au consulat pour demander le visa d’entrée en France. C’est ce que l’auteur d’un article dans le Quotidien d’Oran du jeudi 19 juillet a qualifié d’hypocrisie algérienne, et que personnellement, par hypocrisie, je qualifierai plutôt de paradoxe algérien. 
Cette volonté de se voir représenter dans la sélection française et d’être autorisé à séjourner autant de fois que souhaité sur le territoire de l’ancienne puissance coloniale, devrait faire l’objet d’une véritable analyse sociologique pour comprendre le subconscient des  Algériens. 
De nombreux commentaires critiques ont été faits, chez nous et ailleurs, sur la composante plurielle de l’équipe de France, afin de réduire le mérite de cette dernière dans sa prestation en Russie. Ce qui semble assez paradoxal, c’est que de pareils propos n’ont pas été tenus en direction des USA, dont l’écrasante majorité des athlètes est d’origine africaine, tout autant d’ailleurs que leur dernier Président (Obama). La Belgique qui avait aligné deux Nord-Africains d’origine (Fellaini et Chadli) lors de la dernière Coupe du monde n’a pas également suscité autant de critiques que la France. En fin de compte, celle-ci ne laisse pas indifférentes les populations de ses anciens territoires occupés : soit elle est aimée et soutenue (ex du Maroc, de la Tunisie, de la Côte d’Ivoire), soit elle est «haïe» (amour haineux) particulièrement lorsqu’elle n’accepte pas, dans son équipe, des joueurs issus de l’émigration (cas de l’Algérie). 
La victoire des Bleus de 1998, sous la houlette de Zidane, avait été fêtée en France et en Algérie. Les drapeaux des deux pays avaient défilé sur les Champs- Elysées traduisant une communion qu’aucune action diplomatique n’avait réussi à construire. Sans complexe aucun, Français et Algériens s’étaient sentis concernés par la victoire des tricolores en Coupe du monde. L’accueil réservé à Zizou en Algérie, par la population et les dirigeants politiques, après la consécration mondiale, traduisait quelque part la volonté de remercier la star du football d’avoir réussi ce que les politiques n’ont pas pu faire : réconcilier les deux peuples. Le sport a, encore une fois, montré sa capacité de dépasser les divergences d’ordre politique ou raciale, pour assoir une communion qui reste d’essence humaine. J’ai eu personnellement le privilège de recevoir, pendant mon mandat à la tête du Comité olympique algérien, l’équipe de France 1998, lors de sa visite en Algérie en 2010. A cette occasion, j’avais remis à Zidane, qui venait d’être récompensé par le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, la médaille de l’ordre olympique, pour ce qu’il a donné au sport et pour sa contribution au rapprochement des deux populations, grâce au football. 
Ces répercussions du sport sur la société et la paix (exemple du réchauffement des relations entre les deux Corées, après les derniers jeux de Séoul) constituent les fondements de l’olympisme, qui souhaiterait casser les barrières de séparation entre les peuples et favoriser la paix dans le monde. Le sport est, aujourd’hui, devenu un véritable phénomène social, inégalable par ailleurs, car c’est la seule activité qui réussit à rassembler autant de monde, dans le respect de la diversité raciale, culturelle, religieuse, etc. C’est dans ce cadre que j’avais suggéré, dans un courrier adressé au président du CIO et à celui de la Fifa, de remplacer les hymnes nationaux (conçus souvent dans des contextes conflictuels) par des hymnes sportifs, afin de ne pas susciter de réactions hostiles (sifflements) ou de comportements jugés irrespectueux (indifférence de certains joueurs), les équipes participantes pouvant suffisamment être représentées par leurs drapeaux respectifs. 
Les instances sportives internationales, qui ne cessent de revendiquer le caractère apolitique du sport, devraient accorder de l’intérêt à une telle suggestion, afin d’éviter toute susceptibilité nationaliste. La Coupe du monde 2018 et la victoire de l’équipe française ont provoqué quelques réactions xénophobes sur les réseaux sociaux. L’exemple de la diversité culturelle relevée dans la composante de quelques équipes européennes, particulièrement celle de la France, reste le moyen le plus approprié pour lutter contre ces mentalités discriminatoires.  Quant à nous Algériens, nous ne devrions plus voir la France comme une «mère traîtresse» mais tout simplement comme une nation voisine, avec laquelle nous avons plus intérêt à consolider des liens respectueux. Le sport en général, et le football en particulier, est le meilleur moyen pour atteindre cet objectif.
R. H.
 

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