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COLLECTIONS ET MUSÉES : DE LA CONSTRUCTION D’UN PASSÉ COLONIAL (2e partie) Monarchie de juillet / 1re République (1830-1842)

Publié par LSA
le 24.08.2019 , 11h00
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Par Mourad Betrouni

Des premiers éléments constitutifs d’une collection nationale
Au commencement (juillet-août 1830), était la prise d’Alger par le corps expéditionnaire français, sous la monarchie de juillet du roi Charles X, une étape incarnée par le général de Bourmont, commandant en chef de l'armée expéditionnaire, connu moins pour ses faits d’armes que pour l’épisode du pillage du trésor d’Alger «Dar el Mal», des tonnes d’or et d’argent en lingots, des bijoux, des pierres précieuses, des diamants et autres objets de valeur.
Au-delà de sa valeur monétaire qui, seule, jusque-là, a été mise en exergue, dans des discours contradictoires, le trésor d’Alger recouvre une signification patrimoniale fondamentale, celle qui symbolise la souveraineté de l’Etat, non pas sur la valeur pondérale d’un métal, l’or, le bronze et l’argent, mais sur les significations historiques et culturelles matérielles et immatérielles de chaque objet constitutif de la collection «beylicale», c’est l’équivalent des collections royales, nationalisées au lendemain de la révolution française et déposées dans des musées illustres. Ces objets, de valeur patrimoniale, constituent, nécessairement, les marqueurs de l’identité du peuple algérien, qui le lient à son territoire et lui assurent la continuité historique.

Du renversement de l’ordre culturel préexistant
Deux personnages, que le «hasard a fait rencontrer, vont marquer le début de l’histoire des collections et des musées d’Algérie, Bertrand Clauzel (1772-1842), un militaire, et Louis Adrien Berbrugger (1801-1869), un civil. Ce sont les deux concepteurs du processus de renversement de l’ordre culturel préexistant. Un processus, envisagé dans un double objectif : celui, d’une part, de provoquer et d’accompagner la déchéance, la dépossession et la déculturation des populations «indigènes» et, d’autre part, d’inciter et d’encourager l’acculturation, l’épanouissement et la promotion des populations européennes nouvellement installées.
La rencontre des deux hommes s’est faite dans un contexte de grand bouillonnement et de forte exaltation autour des idées «généreuses» d’association et de justice distributive, véhiculées par les saint-simoniens, les fouriéristes, le communisme chrétien d’Etienne Cabet et les francs-maçons. Des idées qui cristallisèrent, un peu plus tard, sous la forme d’un grand projet utopique du prince-Président Louis Napoléon Bonaparte : «Le Royaume arabe.»
Ce que nous retenons du profil de Clauzel, des traits qui le rapprochaient de Berbrugger et des idées utopistes de l’époque, est ce projet sociétaire, d’intérêt collectif, forme d’autogestion, qu’il voulait réaliser, en tant qu’œuvre de colonisation, celui de la «ferme-modèle», qu’il créa sur une ancienne propriété deylicale à l’est d’Alger, avec l’idée d’une exploitation pilote pour les colons, qui s’établiraient, de proche en proche, dans la plaine de la Mitidja, espace privilégié d’une colonisation agricole.
La «ferme modèle» devait servir, d’abord, d’objectif d’implantation des vétérans de l’armée d’Afrique. Une idée qui fut reprise, après lui, mais sous d’autres méthodes moins glorieuses, par le général Bugeaud, avec le slogan : «Par l’épée et par la charrue.» Dans les deux cas, l’Algérie se présentait comme un laboratoire d’expérimentation, dans un contexte de crise d’emploi aiguë en métropole.
Il s’agissait de déplacer des expériences sociales inopérantes en métropole du genre «Ateliers nationaux», vers la colonie, sous des formulations militaires de mobilisation, voire même d’embrigadement.
La gestion Clauzel du territoire, en tant que commandant de l’expédition militaire, était fondée sur deux principes fondamentaux : occupation restreinte du territoire, limitée à la partie littorale, et négociation d’une forme de protectorat, à l’instar du beylik de Tunis, pour les autres parties du territoire, le Titteri (Médéa), Oran et Constantine. Il lui sera reproché d’avoir signé, unilatéralement, des conventions de protectorat sur ces trois territoires avec la Régence de Tunis, ce que sa fonction n’autorisait pas. Désavoué, il démissionna et rejoignit Paris en 1831, pour être remplacé par le général Berthezène.
Le paradoxe de cette situation est qu’il fut élevé à la dignité de maréchal de France, le 27 juillet 1831, quatre mois après sa disgrâce, puis sollicité, un peu plus tard, en juillet 1835, pour occuper le poste de gouverneur général des possessions françaises dans le nord de l’Afrique. Après une année et demie de gouvernance, il subit, encore une fois, un autre affront pour cause d’imprévoyance, suite à l’échec de la première expédition de Constantine. Il fut remplacé par le lieutenant-général de Damrémont.
C’est dans un contexte politico-militaire marqué du sceau des expéditions militaires, dans leur forme la plus violente (1830 et 1837), que se sont esquissées, puis consacrées, les premières idées de fabrication d’un espace de production d’images illustrant la puissance de l’armée impériale et le bien-fondé de sa mission. La photographie et le cinéma, n’étant pas encore nés, les seules supports du message propagandiste de la conquête étaient le fait de peintres et de dessinateurs, accompagnant les missions militaires françaises, complétés par tout un système d’imageries traditionnelles telles les cartes postales et les vignettes publicitaires. L’objectif, dans cette première phase de conquête, était la formation d’un imaginaire du lecteur et du spectateur autour des signes de gloire et des événements épiques et, ensuite, d’une perception de «l’indigène» à la fois étrange et fascinante et sur laquelle furent projetés ou réanimés des fantasmes d’un «Orient» refoulé, prétexte d’une colonisation de peuplement.
Louis Adrien Berbrugger, quant à lui, est un élève de l’Ecole des Chartes, connu par ses écrits dans le milieu des lettres et des sciences. C’est dans le sillage de la Révolution de Juillet qu’il afficha ses convictions socialistes et son adhésion à la doctrine phalanstérienne (mot créé par contraction de phalan[ge] et de [mona]stère), un système philosophique et sociologique créé par Charles Fourier. C’est ce dernier qui, en février 1834, répliquait, dans le journal, le Phalanstère, à un écrit politique de Victor Hugo Étude sur Mirabeau, en ces termes mémorables : «Je n'adhère nullement aux flatteries que vous adressez à la France, car elle porte partout le vandalisme, témoin sa conduite à Alger, qu'elle a barbarisée, couverte de vendées et de ravages».
Militant des idées phalanstériennes, Berbrugger était de toutes les réunions et conférences, pour porter au loin la doctrine des phalanges, un modèle d’organisation communautaire de production et consommation, dit système Fournier. Il se déplacera même à Alger en 1833 où il donnera des conférences sur le sujet.
C’est dans la paléographie, la philologie, ensuite, l’archéologie qu’il exercera son savoir et ses compétences. En 1832, il est sollicité par le gouvernement anglais pour faire l’inventaire et le recueil des biens mobiliers originaux relatifs à l’occupation française du 15e siècle (Guerre de 100 ans). C’est, sans doute, fort de ce background, qu’il sera appelé à Alger, en 1835, par le Gouverneur général Clauzel, pour assurer son secrétariat particulier.
Il sera nommé rédacteur en chef de l’organe officiel de l'administration française : le Moniteur algérien. Poste qu’il quittera en 1837 lors du remplacement du maréchal Clauzel par le maréchal Damrémont.
En 1838, il reçut la croix de la Légion d'honneur, puis, quelques mois plus tard, une nouvelle médaille d'or de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont il devint, en 1839, le membre correspondant. Il sera nommé membre de la Commission scientifique de l'Algérie.
L'évêque d'Alger le nommera membre de la Commission d'échange des prisonniers auprès d'Abd-el-Kader. En 1856, il est chargé par le gouverneur général Randon d’organiser une société savante, la «Société historique algérienne» dont il sera le premier président. Il lancera le bulletin trimestriel de cette Société : la Revue africaine dont il sera le principal animateur et à laquelle il conférera une ligne et un cadrage originaux (épigraphie, archéologie, histoire et géographie historique).
En 1865, il est élevé à la dignité de commandeur de la Légion d'honneur. Il sera remercié par le ministre Chasseloup-Laubat et décède à Alger le 2 juillet 1869.

La Bibliothèque-Musée d’Alger (1835)
L’intérêt de la personne de Louis Adrien Berbrugger réside, d’une part, dans le fait qu’il a été de toutes les expéditions militaires des débuts de la colonisation (Alger, Tipasa, Cherchell, Mascara, Tlemcen, Médéa et Constantine), où il s’employa au ramassage et à la collecte de tout ce qui avait trait aux mobiliers jugés d’importance archéologique et historique, notamment les manuscrits qu’il affectionnait tout particulièrement.
Une partie de ce mobilier constituera le fonds de la Bibliothèque (documents écrits) et du musée attenant (mobilier archéologique) qui seront créés dans l’urgence. L’expression, d’ailleurs, consacrée de ces deux institutions est la «bibliothèque-musée».
Le rythme des collectes et du ramassage et la quantité des objets récupérés, au cours des expéditions militaires, exigeaient des espaces de stockage de plus en plus grands ainsi qu’une mise en cohérence de la pratique de la collection et de la lecture, à l’endroit d’une population européenne de plus en plus nombreuse et de plus en plus stabilisée.
Au lendemain même de sa désignation comme gouverneur des possessions françaises d’Afrique du Nord, en 1835, le général Clauzel fit immédiatement appel à Berbrugger, le nommant secrétaire particulier et le chargeant, tout au long des expéditions militaires, des affaires liées aux biens culturels, tout particulièrement les khizanate, les livres et les manuscrits.
C’est dans cette perspective qu’il lança le projet de création d’une bibliothèque puis d’un musée, à Alger. Berbrugger en sera le conservateur. Il sera désigné, au même moment, rédacteur en chef du Moniteur algérien. «C’est à lui [Berbrugger ] que doivent être adressés les articles, avis et annonces que les chefs de service auraient à faire insérer dans la feuille officielle, ainsi que toutes les communications propres à faire connaître les efforts constants de l’administration et les progrès de la colonisation». (Instruction de Clauzel).
Tout a commencé par le théâtre, avec la création, en novembre 1830, d’une salle de spectacles dans la ville d’Alger, dénommée «Théâtre d'amateurs d'Alger».
A la différence du théâtre, le projet d’une bibliothèque publique ne suscita pas le même engouement et ne suivit pas le même cheminement.
La bibliothèque fut pensée comme espace central de façonnement des normes et de fabrication de l’opinion. Quant au projet de musée, il fut introduit, un peu plus tard, à l’ombre de la bibliothèque, d’abord sous la forme d’annexe.
Les fonctions de secrétaire particulier du général Clauzel, de conservateur de la Bibliothèque-Musée d’Alger et de rédacteur en chef du journal le Moniteur algérien, exercées par Berbrugger, prennent, ici, toute leur signification, lorsque l’on sait, aussi, qu’il fut nommé membre des commissions d’exploitation scientifique.
Il est utile de revisiter l’exposé des motifs de la création de Bibliothèque-Musée d’Alger, qu’il publia en 1861, dans le Livret explicatif des collections diverses et qui traduit, en clair, les orientations d’une gouvernance scientifique et culturelle, où l’éthique est mise au service des objectifs de l’empire, quel qu’en fussent le prix et les moyens : «La conquête de l’Algérie ouvrait simultanément au progrès de la civilisation et aux investigations de la science, la partie la moins accessible jusqu’alors de ce continent d’Afrique, toujours si enveloppé de mystères. Vestiges de l’Antiquité romaine ou des époques indigènes, produits pittoresques de l’art arabe, sol, plantes, animaux ; tout attirait l’attention de nos compatriotes. Aussi, la pensée de créer un établissement où les curiosités locales seraient recueillies et conservées, vint, elle, pour ainsi dire, à tout le monde et presque dès le premier jour. Le besoin d’une bibliothèque publique se faisait encore plus sentir.
Car, si chacun comprenait qu’il fallait sauver de l’oubli, mettre à l’abri de la destruction les vénérables vestiges du passé, recueillir les documents propres à jeter quelque lumière sur les questions d’histoire et de science qui intéresse l’Afrique, on comprenait surtout qu’il importait de fournir à la population européenne, venue ici pour fonder un nouvel empire, les éléments de culture intellectuelle propres à l’empêcher de tomber au niveau des Barbaresques dont elle venait de détruire la sinistre puissance». Ainsi fut créée la Bibliothèque d’Alger, dans une ancienne maison domaniale, sise «impasse du Soleil», le long de la «rue Philippe».
A la création, elle ne comptait qu’un seul ouvrage, la Grande Encyclopédie, offert par un avoué de Paris, M. Pillaut-Debit. Ce n’est que trois ans plus tard, en 1838, qu’un musée y est joint, sous la forme d’un dépôt d’objets assez hétéroclites.
La bibliothèque déménagea, une première fois, pour s’établir dans de nouveaux locaux répondant à des exigences minimales d’exploitation, situés dans une aile de la grande caserne des janissaires, rue Bab Azzoun. Le volume des objets archéologiques, provenant essentiellement des expéditions militaires, ayant dépassé les capacités d’accueil de la salle-musée, il fut envisagé, un peu plus tard, en 1845, l’exploitation d’une dizaine de salles dans la Jénina, comme lieu de dépôts archéologiques. En tant qu’institution, la Bibliothèque d’Alger ne souffrait aucune ambiguïté sur le plan de la filiation et de la transmission patrimoniale, du moins dans la première phase de conquête. Elle était destinée à un public exclusivement européen, servant une mission publique d’intérêt général, reconnue par l’Etat. Elle s’inscrivait dans une seule temporalité «occidentale», à l’exclusion de toute autre, le monde de «l’indigénat» étant exclu de ce service public. Elle se situait, organiquement, dans le prolongement de la Bibliothèque nationale de Paris (B.N.P) et de son évolution historique. Elle était inscrite dans une politique de conservation et de lecture publique, fondée sur la cohérence d’un processus qui va de la sélection et du choix des livres à celle du prêt, selon la catégorie des lecteurs et surtout l’orientation arrêtée, celle de la formation et du développement de l’esprit colonial. Elle était destinée à un public érudit peu nombreux et plus ou moins spécialisé et une demande sociale pas encore exprimée, notamment en matière d’écrits et d’ouvrages scientifiques et techniques.
Il en est tout autrement du musée, qui appelle un autre type de construction conceptuelle et organique. L’entreprise est plus complexe, s’agissant, notamment, du sens qu’il faut donner à la collection muséale, aux modalités d’acquisition, de conservation et de présentation (exposition).
Le Musée d’Alger ne se situe dans aucun prolongement institutionnel métropolitain, qui lui aurait permis de se placer sur une orbite patrimoniale. Il est le produit pur d’une conquête circonscrite à un territoire, «La Régence d’Alger» et à une population européenne émigrée. Il commandait, nécessairement, la création d’une nouvelle culture muséale coloniale, différente de la culture métropolitaine.
Face à ce handicap majeur, Berbrugger procéda à contre-sens du modèle bibliothèque, en investissant dans une filiation, qui n’est plus verticale, celui de la continuité historique et de la transmission patrimoniale, mais, au contraire, horizontale, pour assurer les solutions de rupture et de séquençage et la fabrication d’une filiation entre un avant «barbare» et un après «civilisationnel», entre un temps vide (avant 1830) et un temps plein (après 1830).
En pensant le Musée d’Alger, Berbrugger ne pouvait pas ignorer le cheminement historique de la construction muséale en France métropolitaine et le handicap du processus de patrimonialisation des collections «au nom de la nation française».
La composante «indigène» étant exclue, il lui restait à définir les contours et le contenu de cette nouvelle «nation» arrivée sur une «terre neuve». Pourquoi et pour qui un musée à Alger ? Cette question demeurait sans réponse, à un moment où les limites mêmes du nouveau territoire conquis n’étaient pas encore arrêtées (colonisation restreinte ou élargie ?) et la définition de la population «européenne» non encore établie.

Le produit des explorations militaro-scientifiques
La conquête de l’Algérie était marquée du sceau des expéditions militaires mais qui, paradoxalement, sous le couvert de commissions dites d’exploration scientifique, parrainées par l’Académie des Sciences et surtout celle des Inscriptions et Belles-lettres, avait ouvert le champ à l’intérêt scientifique.
L’emprise militaire était prégnante, face à un corps réduit de scientifiques, d’ailleurs minutieusement choisis, ne pouvait prétendre au label des expéditions d’Égypte, menée sous un directoire (1798-1801) et de Morée sous le roi Charles X (1829).
L’idée d’une commission d’exploitation scientifique revient au maréchal Soult, duc de Dalmatie, président du Conseil et ministre de la Guerre, qui la suggéra, en novembre 1832, à l’Académie des Belles-lettres, en ces termes : «L’occupation de la Régence d’Alger par les troupes françaises… ne doit pas rester sans résultat pour la science et de son côté la science elle-même peut concourir à cette œuvre de civilisation qui commence en Afrique sous la protection de nos armes.»
Une conquête conçue sous le double aspect de la pénétration militaire et de la connaissance, arrimant l’exploration scientifique à l’expédition militaire.
C’est dans ce nouveau paradigme de l’occupation «militaro-scientifique» que Berbbruger va s’établir pour justifier et légitimer les méthodes et moyens employés (destruction, dépossession et pillage du patrimoine culturel), faisant valoir le principe de l’urgence et de la nécessité du moment «expédition militaire» sur toutes autres considérations : «Il fallait d’abord être maître du terrain avant d’y tenter des recherches scientifiques… Les hommes d’étude durent se résigner à suivre strictement les étroits sentiers que nos vaillantes colonnes leur ouvraient çà et là ; il leur fallut donc se borner à glaner sur les traces de l’armée, lorsque, souvent, ils auraient pu recueillir d’abondantes moissons en s’écartant un peu de la ligne obligée des opérations militaires.» (Berbrugger,)
Après le départ de Clauzel et sous l’administration du général Damrémont, Berbrugger sera appelé à assurer une nouvelle mission, qui le conforta dans son entreprise de construction muséale, au sein de la commission d’exploration scientifique de l’Algérie. En effet, à la veille du siège de Constantine, Danrémont avait pris un arrêté de création d’une commission scientifique, au sein même de l’armée expéditionnaire, qu’il chargea «d’explorer dans le double intérêt de la science et des arts le pays traversé par l’armée, de recueillir les manuscrits, les inscriptions, les objets d’art et d’Antiquité qui pourront être découverts.» Berbrugger constituait, dans cette entreprise, le principal maître d’œuvre. L’arrêté de Danrémont constitue le premier acte fondateur d’une politique de constitution de collections de biens culturels ciblés «manuscrits», «inscriptions» et «objets d’art et d’Antiquité», mise en œuvre sans aucune forme d’exigence scientifique et technique que celle de l’encadrement par l’armée. Moritz Wagner, un Allemand, naturaliste et voyageur scientifique de renom, qui était membre de la première commission scientifique, nous renseigne au mieux sur les caractéristiques et les objectifs de cette commission (1841). Il a été intégré à cette dernière par le général Damrémont lui-même, aux conditions suivantes : «Monsieur, je vous préviens que, conformément à mon arrêté en date de ce jour, je vous ai nommé membre de la Commission scientifique chargée de suivre l’armée expéditionnaire qui se porte contre Constantine. le président de cette commission, vous donnera des instructions pour accomplir la mission qui vous est confiée…»
Du témoignage de cet Allemand, naturaliste et voyageur scientifique de renom, qui avait participé à la deuxième expédition militaire de Constantine, nous retenons que cette commission devait avoir pour objectifs d’«étudier les antiquités, mesurer les altitudes, collectionner toutes les raretés botaniques et zoologiques, afin de rédiger, une fois l’expédition achevée, un mémoire sur tout ce qui pouvait avoir un intérêt pour la science et être digne d’être mentionné. Il insista particulièrement sur la spécificité de cette commission dont les membres étaient investis d’un rôle d’abord militaire, avec l’uniforme, le grade et la ration alimentaire.
Cette première mission d’exploration scientifique avait pour support une sorte de manuel pour «les recherches archéologiques à entreprendre dans la province de Constantine et la Régence d’Alger», rédigé par l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres, à l’intention des «officiers-archéologues de l’Armée d’Afrique» (novembre 1837). Dans ce guide pratique, outre des instructions classiques, étaient consignés les itinéraires avec des indications topographiques ainsi que des exigences de précision en matière de dessin, de croquis, de relevé et de collecte d’informations.
Un intérêt particulier sera porté aux infrastructures antiques (voies, ponts, bornes…) et aux inscriptions et monnaies. La plus grande attention sera accordée à la précision et la justesse des données et informations, nécessaires et utiles, d’abord, à la stratégie de pénétration du territoire et ensuite à la science proprement dite. C’est un corpus de documents papiers (cartes, dessins, relevés, croquis), détaché de son support substantiel : le matériau. Le plus grand soin était exigé en matière de relevé, de dessin et de prise de notes. Qu’en sera-il, alors, du matériau (objets mobiliers et immobiliers), support matériel du savoir et de la connaissance, dans le mode opératoire de l’Académie des Inscriptions et des Belles-lettres ? Quelles étaient les modalités et conditions d’accès, d’exploitation, de collecte, de transfert et de dépôt de ce patrimoine matériel ? Quel était son devenir, qui étaient les dépositaires, les collectionneurs ? Ces questions renvoient, nécessairement, à des responsabilités régaliennes et éthiques que l’Académie ne voulait pas assumer, laissant à l’armée le soin d’y apporter les réponses requises, en l’absence de toute législation en la matière. Nous rappelons, ici, l’arrêté du 26 avril 1841, pris par le général Lapasset (1817-1875), qui disposait que «les prises faites par un corps ou une colonne expéditionnaire seront réparties ainsi qu’il suit : un tiers sera distribué aux troupes, les deux autres tiers appartiendront par portions égales au Trésor public et à la caisse coloniale».
Aux termes de l’année 1839, une haute instance d’investigation scientifique, appelée «Commission d’exploration scientifique de l’Algérie», est créée sous l’autorité du ministre de la Guerre. Elle était chargée d’activités de recherches, de reconnaissance, de relevés et de prélèvements, sous l’encadrement du Comité des travaux historiques et scientifiques du ministère de l’Instruction publique et le patronage de l’Académie des Inscriptions et Velles-lettres. Elle débuta ses travaux en 1840 et remis son rapport en 1842. Elle comptait une vingtaine de membres, entre académiciens et officiers de l’Armée d’Afrique, parmi lesquels Berbrugger était chargé de la dimension archéologique et historique.
Une position qui lui permit de se déployer dans la durée, sur un territoire de plus en plus élargi et un spectre plus vaste d’interventions avec, toutefois, un inconvénient de taille: il ne s’agissait plus d’une simple activité de collecte, de ramassage et de transfert d’objets et de documents, mais aussi et surtout de la production de la connaissance et du discours scientifiques, dans le cadre d’un travail collectif aux exigences de rigueur scientifique et dont les résultats sont consignés dans des rapports et des publications scientifiques, un corpus scientifique nécessaire au renforcement et à la consolidation du projet colonial.
L’exploration scientifique se réalisait, ainsi, dans le sillage des colonnes expéditionnaires, derrière les officiers du génie et des ingénieurs géographes qui balisaient le terrain et traçaient les premières topographies. Les travaux étaient, toutefois, circonscrits à la seule région littorale, la mieux sécurisée ; ils prirent fin en 1841.
Par l’effet de publicité que cette exploration scientifique suscita, à l’échelle de la métropole, notamment par l’importance et la qualité des vestiges mis au jour (inscriptions et monuments antiques), le nouveau gouverneur général, Bugeaud, fut amené à rédiger une circulaire appelant à la «conservation des monuments historiques et des restes d’antiquités». Il fit, ensuite, volte-face en instruisant le transfert des collections archéologiques en France pour doter le nouveau Musée algérien du Louvre. Son instruction n’était assortie d’aucune mesure de protection légale et de conservation; elle s’inscrivait dans l’esprit muséologique impérial : les collections coloniales constituant un butin de conquête, qui témoigne de la «grandeur et de la puissance» d’un empire. Elle allait dans le même sens que la décision du duc de Dalmatie, prise trois ans plus tôt, pour transférer à Paris, les antiquités «spectaculaires» de Constantine ainsi que l’arc de Triomphe de Djemila (ce dernier n’aura pas lieu).

Le Musée algérien du Louvre (1845)
Le Musée algérien du Louvre a été créé en 1845. Il était établi à proximité du Musée égyptien, pour recevoir les collections algériennes les plus spectaculaires.
De ce qui était exposé, il y avait des inscriptions latines, des sculptures, des mosaïques, des chapiteaux et autres fragments de colonnes, répartis entre la salle d’Afrique, la salle des Antiquités chrétiennes et les paliers de l’Escalier Dur.
En périphérie de ce Musée, réservé aux objets et œuvres d’art et d’architecture et soumis aux conventions de la gestion académique, gravitait une panoplie de musées, réceptacles d’autres catégories d’objets ethnographiques et d’artisanat, faisant partie des collections coloniales.
Ces musées, situés généralement dans les villes portuaires, avaient acquis une vocation plus commerciale que culturelle, assurant des intérêts agricole et industriel, notamment à travers les espaces d’exposition. Nous citerons le Musée de la France d’outre-mer de l’Institut national d’agronomie coloniale, célèbre par ses collections d’art indigène et arts appliqués ; le Musée colonial ou exposition permanente des colonies du ministère de la marine; le Musée industriel et commercial et des colonies de Lille ; le Musée colonial de la Chambre de commerce de Lyon, le Musée colonial de la Ville de Lyon ; le Musée colonial de la Chambre de commerce de Marseille; les Instituts coloniaux de Rouen et du Havre. Une profusion de musées et de collections privés, appartenant à des militaires, des sociétés savantes et des missionnaires, participait du corpus des mobiliers d’intérêt archéologique, ethnographique et artisanal, transféré en métropole depuis 1830.

Deuxième République Napoléon III (1848-1852)
Le mythe du Royaume arabe

En 1848, l’Algérie est annexée à la deuxième République française(1848-1852). Le passage de la Monarchie de Juillet au régime républicain, voit l’élection du neveu de Napoléon premier, Louis Napoléon Bonaparte (Napoléon III), à la présidence de la République.
La question algérienne allait connaître un autre énoncé, en totale rupture avec les objectifs de la conquête. «L’Algérie est un boulet attaché aux pieds de la France», soulignait-il, pour se démarquer de la stratégie de la colonisation telle que conçue par les Français d’Algérie.
Sous son règne cessa la gouvernance militaire du territoire, remplacée par une administration civile avec la nomination d’un gouverneur général et la départementalisation du territoire. Les dispositifs institutionnels, juridiques et financiers en matière d’architecture, d’urbanisme et d’archéologie furent revus, tout particulièrement en ce qui concerne les fouilles, la propriété des découvertes, l’occupation du terrain, l’attribution des subventions, et la conservation des documents. Des sociétés savantes se constituèrent à Constantine, Alger et Oran ; elles recrutèrent parmi les médecins, avocats, ingénieurs et architectes, qui jetèrent les premiers jalons d’une conscience coloniale d’un héritage archéologique romain et paléochrétien, celui qui participa à la légitimation et la justification de la présence française en Algérie.
Cet engouement soudain pour l’archéologie ne procédait pas directement d’une commande sociale ou d’un intérêt scientifique et d’érudition. «On ne peut guère s'occuper d'art, on a bien autre chose à faire», disait M. Mc Carthy. Il relevait de la personnalité même de Napoléon III qui, d’une part, s’employait à une mise sur orbite de l’œuvre napoléonienne d’Égypte et de Morée, comme œuvre de prestige d’empire, avec comme arrière fond son projet de «Royaume arabe» et, d’autre part, s’y investissait directement pour la réalisation de son ouvrage sur l’Histoire de Jules César.
Cette entreprise imposait, d’elle-même, un choix judicieux des hommes de science de grande notoriété. Ainsi, après un règne «militaro-scientifique», marqué par une approche désordonnée, sans support épistémologique et méthodologique, vont apparaître quelques personnalités remarquables, par l’originalité de leurs travaux, qui annonçait véritablement le début d’une science archéologique en Algérie.
Dans ses premières expressions officielles, la recherche archéologique, en Algérie, se résumait à une activité de collecte et d’étude des inscriptions latines, sur instruction du ministère de l’Instruction publique, dans la perspective d’un arrimage de l’exploration scientifique coloniale aux institutions de recherches traditionnelles, ici l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres et son rôle de valorisation et de diffusion des connaissances dans les domaines de l’histoire, de la philologie, de l’archéologie, de la linguistique et de la littérature, ainsi que sa mission de contrôle de la recherche à l’étranger et d’avis sur la nomination aux postes d’enseignement et de recherche des grandes institutions françaises.

Le Second Empire Napoléon III/Prince Jérôme (1852-1871)
La question archéologique

Avec l’instauration du Second empire (1851-1870), le même Napoléon III est proclamé roi. Il désignera, en 1858, son frère, le prince Jérôme, comme ministre de l’Algérie et des Colonies. Dans sa courte gouvernance, le prince Jérôme émet de nouvelles instructions en matière de recherches archéologiques : «Noter avec soin, sur les cartes et plans de leur subdivision [officiers de bureaux topographiques] la direction des voies romaines, l’emplacement des ruines, des bornes milliaires, et de tous les monuments que l’on pourra découvrir. Ce travail sera d’une grande utilité pour les études archéologiques, et permettra, dans un prochain avenir, d’asseoir d’une manière définitive les bases d’une géographie complète de l’Afrique romaine».
La même année, il rendait obligatoire la création, dans chaque ville, de musées municipaux, par souci de décentralisation et pour donner un sens et une plus grande légitimité à l’établissement d’une Algérie coloniale distincte de la métropole.
Le Second empire était annonciateur d’une volonté de dépassement de l’ordre ancien. Le maréchal Randon, gouverneur général de l’Algérie, fut appelé à développer une nouvelle politique d’investigation et de valorisation archéologiques. Il commença par rétablir, en 1854, la mission d’«inspecteur général des bâtiments civils en Algérie», confiée en 1847 à M. Charles Texier mais qui fut dissoute une année après. Elle fut reprise sous un nouveau libellé : «Inspection générale des monuments historiques et des musées archéologiques de l’Algérie». C’est, encore une fois, Berbrugger qui en occupera le poste en 1854.
En 1856, sur instigation de Randon, fut créée la «Société historique algérienne», une société savante, dotée d’une revue scientifique, la «Revue africaine».
Berbrugger en fut nommé président. Il écrivait ceci en guise d’exposé des motifs de la création de la société savante et de sa revue africaine : «Il y a, en Europe, des hommes éminents dans la science historique et qui s’occupent du passé de l’Algérie avec une abondance de ressources littéraires que notre colonie ne possédera peut-être jamais. A notre tour, nous possédons ce qui leur manque ; nous avons les objets d’étude sous les yeux, et, pour ainsi dire, toujours à portée de la main. Cet avantage-là vaut bien l’autre ; et la conséquence à tirer de cet état de choses, c’est que le travailleur algérien n’est pas l’inutile doublure, mais le complément naturel de celui d’Europe. Chacun d’eux fera ce que l’autre ne peut faire, et leur réunion offrira la solution complète du problème d’organisation des études historiques à entreprendre sur l’Afrique septentrionale. Là se trouve la raison d’être de notre société et de notre journal ; là sera, nous osons l’espérer, la cause de notre succès.»
Ces propos, qui reprennent un document circulaire du Gouverneur général Randon — président honoraire — explicitent la nature du nouveau rapport à établir avec la métropole: «vous avez les ressources littéraires», «nous avons les objets d’étude sous les yeux».
Une forme de chantage déguisé qui va gouverner toute la politique de la recherche archéologique en Algérie. C’est dans ce contexte de renouveau stratégique que la Bibliothèque-Musée d’Alger passa du Département de la Guerre au ministère de l’Instruction publique, par un arrêté du 16 août 1848.

Du Musée central aux musées communaux
En 1859, dans « Instructions pour la recherche des antiquités en Algérie», paru dans la Revue algérienne et coloniale, Léon Renier (historien, spécialiste d'épigraphie latine, orienté vers la philologie et l'archéologie) fit un véritable réquisitoire sur la pratique muséale en Algérie, dénonçant les opérations de transfert des antiquités vers le Musée d’Alger et la métropole, qui leur ont fait perdre une grande partie de leur valeur, les réduisant à de simples objets de curiosité sans signification historique. Dans un long plaidoyer scientifique, il insista sur le fait que certains objets n’ont d’importance que par leur intérêt local, tels les inscriptions municipales et les éléments de bornage, qui ont été maladroitement acheminés vers le Musée d’Alger ou transférés en métropole.
Le problème de la concentration archéologique (Musée central) a été abordé, par l’auteur — au-delà des aspects scientifique et éthique — d’un point de vue politique et patrimonial, dans un argumentaire qui fait du nouveau colon français le citoyen d’une deuxième France «les inscriptions antiques en général sont tout ce qui nous reste des archives des cités romaines, qu'elles sont la propriété des communes françaises qui se forment aujourd'hui sur le territoire de ces cités, et qu'en dépouiller ces communes, c'est leur enlever les premiers titres de leur histoire.»
C’est, à coup sûr, dans l’esprit de l’instruction du prince Jérôme que l’auteur s’est investi pour infléchir l’option centralisatrice de Berbrugger et libérer l’initiative des musées communaux. Pour illustrer ses propos, il cita les exemples des sites de Lambèse, de Constantine et de Cherchell, qui n’avaient cessé d’être «massacrés» qu’à la suite d’une prise de conscience locale et la création de musées communaux. C’est, concluait-il, «ce qu’il faudrait faire pour toutes les villes situées sur l'emplacement ou dans le voisinage de ruines considérables, ce qui a été fait pour Constantine et pour Cherchell, et il n'est pas douteux qu'on ne voie s'y reproduire le même phénomène, phénomène dont les études archéologiques ne seront pas seules à profiter, il est permis d'en faire la remarque, mais qui a aussi une importance politique, car il est un indice du développement des mœurs municipales, de la naissance de cet amour de la patrie locale, dont le défaut est une des principales maladies des colonies nouvelles.»
Nous comprenons parfaitement le sens de ces indications, allusion faite au Musée central d’Alger, qui ne répondait à aucune norme muséographique et règle de conservation. Dans la réalité et en arrière fond de cette option locale, se dessinait un nouveau paysage où le militaire et l’administratif sont de plus en plus rattrapés par une société civile – les colons – qui voulait s’impliquer directement dans un effort de construction d’une mémoire et d’une histoire coloniales, tout en bénéficiant des retombées économiques d’un tourisme fondé sur la valorisation des richesses archéologiques.
Une rivalité, voire une concurrence s’était installée entre une option centralisatrice, celle du Musée central d’Alger, voire du Musée algérien du Louvre et une option libérale, inscrite dans le nouvel esprit coloniste, encouragée par les réformes introduites, qui annonçaient la fin de l’utopie du «Royaume arabe», avec l’adoption du Senatus consulte de 1865, la création des communes de plein exercice à la française, l’instauration du code de l’indigénat, qui excluait les «indigènes» de la citoyenneté française, le décret de Crémieux qui ouvrait la nationalité française aux juifs d’Algérie et celui qui donnait la nationalité aux Européens ayant au moins résidé trois ans consécutifs en Algérie.
Les options arrêtées, qui relevaient plus d’un jeu de rapport de force que d’une évolution dans les idées et les entendements, étaient sous-tendues par un discours scientifique et académique qui, pour la première fois, introduisait des considérations patrimoniales de conservation.
Fallait-il conforter l’idée de transfert des antiquités à Alger ou à Paris, au motif de leur protection contre les destructions où, au contraire, initier une politique de multiplication et d’une mise en réseau de musées locaux ? Pour la première fois, aussi, il est fait état de conditions de mise au jour, de transport et de stockage des antiquités découvertes. L’Académie des Inscriptions et Belles-lettres, ne pouvant pas être en reste de cette préoccupation, se prononçait fermement contre le déplacement de documents hors de leur cadre, considérant que le déracinement enlevait leur signification aux objets. Le souci de la «conservation sur place» ne s’énonçait, en fait, que d’un point de vue idéologique car, dans les faits, le préjudice causé aux antiquités commençait par l’acte même de destruction des premières couches archéologiques de l’époque médiévale pour accéder, très vite, aux inscriptions latines, aux mosaïques de l’Antiquité tardive et aux niveaux dits de la «belle époque», de la période romaine.
La course aux inscriptions latines était encouragée pour, d’une part, réaliser une filiation entre les données de l’archéologie et les premiers établissements coloniaux et, d’autre part, répondre à une commande métropolitaine en concurrence avec les autres pays européens notamment l’Allemagne. Des guides archéologiques pratiques de relevé des inscriptions et de dépose de mosaïques étaient distribués aux personnes désireuses de pratiquer des fouilles, sans autres conditions et prescriptions de protection.
Cette «prise de conscience» qui présidait au choix de l’option «conservation sur place», préconisée par Léon Renier en 1859 et au-delà des aspects purement scientifiques et techniques, signifiait, politiquement, un changement de vision, depuis une France qui voulait, par la collection nationale, montrer la réalisation d’une œuvre coloniale (Musée d’Alger et du Louvre), vers une deuxième France, la colonie, qui voulait plutôt se construire par elle-même et pour elle-même. Une ferveur s’était, en effet, emparée des associations et sociétés savantes, de certains gros propriétaires et des élus communaux, pour la constitution de collections et la création de musées locaux, dont certains furent convertis en musées municipaux grâce, notamment à la loi de 1900 qui accorda à l’Algérie une autonomie financière limitée, garantissant la durabilité de l’entreprise, c’est-à-dire l’ancrage du musée à sa géographie.
A côté du seul Musée national, spécialisé dans les Antiquités algériennes et d'Art musulman, établi à Alger, quinze musées locaux furent créés, entre musées communaux et musées de sites. Les premiers comprenaient : «Aumale», «Bône», «Bougie», «Cherchell», «Constantine», «Guelma», «Lambèse», «Oran», «Philippeville», «Sétif», «Tébessa», «Tlemcen» (le seul musée communal dédié aux Antiquités musulmanes). Les seconds comptaient : «Djemila», «Timgad» et «Tipasa» ; qui relevaient directement des monuments historiques et étaient financés directement par le gouvernement général.
M. B.
(À suivre)

 

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