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Contribution

Peut-on commémorer le 8 Mars sans évoquer Lalla Zouleikha Oudaï ?

Publié par Kamel Bouchama
le 13.03.2018 , 11h00
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Oui, pourquoi me poserais-je la question, tout naturellement, sans parti pris ? Pourquoi Lalla Zouleikha Oudaï n’a pas été consacrée en ce 8 Mars qui, n’en déplaise à certains, est bel et bien la femme que l’on devait célébrer en la racontant aux jeunes femmes de ce pays ? Pourquoi, en effet, n’a-t-elle pas été présente dans l’esprit de nos responsables, après que le président de la République, s’est fait le devoir, comme chaque année, de transmettre à toutes les Algériennes ses sympathies et sa reconnaissance pour tous les efforts qu’elles ont consentis, dans un texte bien rédigé et lu par le ministre de la Justice, garde des Sceaux ? Ses perceptions de chef, il les a exposées à ces moudjahidate et à d’autres femmes de la «Toute Algérie», en glorifiant celles qui ont arrosé notre terre de leur sang pur pour que nous puissions recouvrer notre souveraineté nationale. Alors, Lalla Zouleikha — et c’est là où le problème est posé — aurait dû être présente en ce jour qui lui a appartenu et qui lui appartiendra ad vitam æternam... dans l’Histoire. Je dirais, après, de quelle manière cette grande combattante-martyre aurait dû être conviée...
Il y a problème..., assurément. Et de là, il ne faudrait pas aller très loin pour comprendre qu’entre nous et l’Histoire de notre pays, il y a un grand fossé qui nous sépare et qui nous ceint de substantifs non élogieux. Ceux-là se traduisent par l’indifférence, le renoncement, l’abdication, la peur et le mépris qui sont suivis par d’autres pratiques, qui nous ressemblent, et qui sont la culture de l’oubli, l’égocentrisme, l’imposture et souvent la rancune et la morgue. Ce sont autant de raisons qui ont fait et qui font, jusqu’à l’heure, que depuis des décennies, nous sommes en train de pédaler dans la semoule et de nous tirer dans les pattes. Est-ce notre destin que de n’avoir pas pu tracer, au moins, les premiers jalons clairs et cohérents, qui nous permettent d’entamer une sérieuse écriture de notre Histoire ?
Je suis convaincu, personnellement, que le destin n’en a rien à cirer de cette «histoire» de l’écriture de notre passé. Là, franchement, ce sont les impulsions maladives des uns, les insensibilités et peut-être même l’incompétence des autres qui l’emportent et qui font que notre rendez-vous avec la reconstitution ou la réhabilitation de notre mémoire collective est constamment remise aux calendes grecques. Telles sont mes impressions — peut-être sont-elles partagées par des millions d’Algériens ? — qui expliquent notre situation irrégulière avec notre Histoire... Hélas ! Ainsi, et pour aller directement dans ma problématique, je précise pourquoi je soulève ce problème, aujourd’hui – d’autres diraient pourquoi je jette ce pavé dans la mare –, en insistant sur l’absence d’une valeureuse martyre aux festivités du 8 Mars, réservées uniquement aux femmes. Et si je le fais aujourd’hui, c’est parce que j’ai attendu que passe cet événement pour prendre ma plume et écrire afin de dégager ce nœud de ma gorge, qui me faisait mal, très mal. De là, le titre de ce papier est clair, il parle de lui-même, dans une simple question, claire et limpide, mais accompagnée de reproches.
Assurément, Lalla Zouleikha n’était pas présente, ni à Alger ni chez elle à Cherchell, où elle a été la responsable politico-militaire du temps de la glorieuse révolution de Novembre. Elle n’y était pas, parce qu’on a pensé au faste au détriment de l’Histoire. Elle n’y était pas, parce qu’en ces moments d’obligeance et de cérémonials onéreux où l’adulation, la mystification et le clinquant s’imposent comme vertus de la République, on oublie souvent la vérité historique, le devoir de respect et de reconnaissance, qui passent au second plan, ou ne passent pas du tout. C’est pour cela que Lalla Zouleikha Oudaï, cette femme au passé incontestablement illustre, n’était pas conviée.
Quant à moi, et partant de ce fait qui paraît anodin dans l’esprit de certains responsables, je m’accroche pour démontrer à ceux, parmi eux, qui essaieraient de trouver des failles dans mon discours pour me répondre, avec leur obstinée langue de bois, que je suis cohérent dans mon propos. Qu’ils m’écoutent pendant quelques minutes pour que je puisse leur dire certaines vérités.
Il y a plus de 5 mois, j’ai envoyé une correspondance à M. le Premier ministre, lui faisant état de certains de mes déboires avec ses ministres pour des questions de Culture et d’Histoire. Je ne lui ai demandé que le droit d’accéder au soutien réservé aux écrivains..., un droit inaliénable..., que je conçois ainsi et je ne suis et ne serai pas le seul dans ce chapitre de la revendication légale. José Artur, acteur, animateur et artiste, disait que ces «droits d’auteur, de même que la culture, sont inaliénables, on peut même en jouir en prison».
M. le Premier ministre ne m’a pas répondu. Merci, pour lui. Cependant, je voudrais lui dire — sans l’offenser —que même s’il n’est pas d’accord avec la vérité par laquelle je l’ai abordé, il fallait à mon sens avoir l’obligeance de répondre à mon courrier. Alors, j’ai compris que nos responsables d’aujourd’hui préfèrent ceux qui mettent les formes qui, souvent, nous ont servi de vernis pour cacher nos rides et nos difformités, parce qu’ils ne savent point, dans leur béate autosatisfaction, que lorsque l’évidence nous rattrape, nous sommes obligés de nous montrer au naturel. C’est ce que je fais, en écrivant de la sorte.
Mais je laisse de côté, pour l’instant, ce malencontreux «oubli», pour m’appesantir sur le problème de la Culture et de l’Histoire, un problème qui est différemment ressenti et inégalement résorbé, ou sinon pris en charge, quand il s’agit des uns et des autres..., parmi les propagandistes dans ce noble secteur. Ainsi, de par deux fois consécutives, en octobre et en novembre de l’année écoulée, le Premier ministre a fermement montré son attachement à la Culture. J’ai fortement apprécié ses promesses dans les deux interventions, au point d’en être honoré, en tant qu’homme de lettres.
Allons voir de près les «assurances et la sollicitude» qu’il a témoignées à ce domaine primordial dans la vie de tout un peuple. Une petite évocation s’impose, tout en rappelant, que je ne m’éloigne pas du sujet, parce que le final reste pour Lalla Zouleikha Oudaï, «cette martyre laissée-pour-compte» en cette journée où l’on célèbre la femme.
Primo, par son discours qui, apparemment, était lucide et responsable – je l’ai ressenti ainsi, ce jour-là – en affirmant, lors de l’ouverture du 22e Salon international du livre d’Alger (Sila) à la Safex, aux Pins maritimes, le 25 octobre 2017, que le «budget du secteur de la culture a été multiplié par 12 depuis l’arrivée du président Bouteflika», tout en appelant tous les acteurs dans cet important domaine «à promouvoir l’image réelle de l’Algérie et à faire connaître son Histoire et son patrimoine riche à travers la culture et le livre».
Il a été jusqu’au détail, en précisant qu’il «est du devoir des éditeurs de vulgariser l’Histoire de notre pays en particulier la révolution du 1er Novembre en recourant à l’exportation», en notant que «le produit algérien doit être disponible dans le monde entier. De ce fait, il contribuera à promouvoir l’image de notre pays».
Secundo, par la signature d'un mémorandum d'entente entre l'Académie algérienne des sciences et technologies et l'Académie des sciences de l'Azerbaïdjan. Cela s’est passé à Alger, le mardi 28 novembre 2017, quand il a reçu le président de l'Académie nationale des sciences de l'Azerbaïdjan, Akif Alizadeh, en présence de notre ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Tahar Hadjar.
Ah ! que c’est beau de telles recommandations et de telles décisions, me suis-je dit. Elles seraient encore plus belles, parfaites même, sans aucun excès de ma part, si dans notre pays, tous les problèmes relevant de la Culture et de l’Histoire sont résolus ou en voie de l’être, et que le livre, matière première indispensable, vit pleinement ses lettres de noblesse.
Je rappelle, dans ce chapitre, que les fonds accordés à la Culture, notamment au livre, se trouvent au ministère concerné et une autre partie au ministère des Moudjahidine, pour la vulgarisation de l’Histoire, en particulier celle de la révolution du 1er Novembre, comme l’a si bien signalé notre Premier ministre. L’avait-il fait, peut-être, avec une conviction bien timide...? En tout cas, si ce qu’il proclamait était vrai et sincère, il serait difficile pour le chargé du portefeuille de ce secteur — celui de la Culture — de nous rabâcher, à chaque occasion, que son budget n’est pas conséquent pour supporter nos livres, au moment où son chef affirme péremptoirement que son budget a été multiplié par 12, depuis l’arrivée du président Bouteflika. Je passe sur le fait que le Premier ministre avait sciemment omis de dire, et c’est indulgent de sa part, que la qualité humaine et intellectuelle de ceux qu’il dirige n’a pas connu la même évolution.
Ainsi, je voudrais dire un mot sur cette réalité qui est là. Discordante. Incohérente. Car, malgré tous ses messages de changement que nous recevons, en termes de bons signaux, j’ai décidé de ne pas croire à ces jets de lumière évanescents. Et comment y croire quand j’attends depuis très longtemps, comme tous mes collègues les auteurs, que vienne le salut pour bénéficier du soutien des organismes concernés et pouvoir publier ma «Trilogie» sur nos ancêtres les Berbères, et certains de mes livres qui vont dans la promotion de «l’image réelle de l’Algérie», selon les propres expressions de notre Premier ministre ? Comment y croire, enfin, quand un black-out incompréhensif a été imposé à la prise en charge du film sur «Lalla Zouleikha Oudaï, la mère des résistants», et dont le ministre des Moudjahidine m’avait bel et bien donné son accord..., en présence de son chef de cabinet – aujourd’hui député – qu’il a convoqué pour assister à notre entretien, afin de prendre note et appliquer nos décisions, me disait-il ?
Alors, j’ai fini par me convaincre que tous ceux que j’ai contactés, parmi ces hauts responsables, ont été pour moi de simples miroirs aux alouettes où l’effet d’annonce prévalait sur l’action tangible et durable au profit du livre, de la Culture, de l’Histoire et même du progrès dans notre pays.
Lalla Zouleikha Oudaï, je reviens encore à elle et j’y resterai jusqu’à la fin... L’ouvrage que je lui ai consacré n’a été finalement agréé, par le ministre de la Culture, qu’en octobre 2016, après tant de sollicitations et d’attentes, avec un autre ouvrage qui raconte de jeunes sportifs qui sont tous tombés au champ d’honneur, pendant notre lutte de libération nationale. Ces deux ouvrages, je les ai réalisés dans la forme de l’édition de luxe, en 1 000 exemplaires pour chacun, comme me l’a exigé sa direction du livre, dans un contrat dûment accepté et signé. Le produit a été livré, il y a plus d’une année exactement, mais il n’a pas été distribué aux bibliothèques communales et scolaires car, à l’heure où je rédige cette contribution, il demeure encore entreposé dans les hangars de l’Enag à Reghaïa, en zone industrielle, et la facture n’a pas encore été honorée. Elle ne le sera jamais, je pense.
Voilà pourquoi je dis que cette «affaire» où se mêlent les livres entreposés dans un hangar, le black-out incompréhensif sur le film, l’indifférence à l’égard de l’Histoire et le mépris affiché à l’auteur, le tout ramené à la martyre Lalla Zouleikha, sinistrement oubliée lors de cette grande cérémonie, nous donne un explosif détonant de contradictions avec le discours officiel de l’Etat.
N’aurait-il pas été plus logique, voire nécessaire d’inviter à cette journée du 8 Mars celle dont la renommée égale celle de Lalla Fatma n’Soumer, sans aucune exagération de ma part ? Vous êtes en train de penser que je divague..., n’est-ce pas ? Mais pas du tout ! Car Lalla Zouleikha Oudaï aurait pu être là, présente, avec toutes ces femmes réunies à l’hôtel El-Aurassi, auxquelles le ministre de la Culture – avec un brin d’intelligence et d’initiative – offrirait à chacune d’elles le bel ouvrage qui lui est consacré et qu’il extirperait des oubliettes des hangars de l’Enag. Elle aurait pu être là, également, à cette cérémonie, au cours de laquelle l’autre ministre, celui des Moudjahidine, viendrait allègrement, de pied ferme, confirmer son accord de porter à l’écran la légendaire épopée de cette grande moudjahida, la mère des résistants... Mais enfin, ne suis-je pas en train de rêver encore, moi qui écrivais au Premier ministre, dans ma lettre du 8 octobre 2017, que je croyais en «son penchant pour la Culture dans sa connotation la plus universaliste, donc celle où l’ostracisme et le manichéisme n’ont aucune place» ?
À vous de conclure... Merci.
K. B.

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