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Contribution

Retour sur le PDRU de la Wilaya d’Alger

Publié par LSA
le 20.05.2019 , 11h00
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Pr Akrim Chelghoum(*)
Précisions concernant le «droit de réponse» publié dans la rubrique «Contribution» du Soir d’Algérie, édition du 12 mai 2019, relatif à l’article intitulé «Bilan des projets dits du siècle 1999-2019» du 22 avril 2019.

Vingt-deux jours après la parution de ma contribution-bilan, me voilà gratifié de quelques commentaires malveillants publiés dans l’édition du Soir d’Algérie du 12/05/2019, dans la rubrique «Contribution», signé par une personne non concernée (étrangère à l’administration de la wilaya) aux lieu et place du wali ou d’un de ses représentants. 
D’abord, je dois dire que je suis à la fois surpris et étonné par cette réaction disproportionnée alors que l’article du 22 avril 2019 interpelle au premier chef le wali d’Alger (principal ordonnateur) sur la gestion anarchique de l’urbanisme, l’aménagement urbain débridé et la gestion après coup des risques majeurs au  niveau  de la capitale. En effet, par rapport à ce dernier volet, nous avons conclu sur la base d’un état des lieux exhaustif des secteurs névralgiques que la capitale se trouve au jour d’aujourd’hui dans un état de décomposition «cadavérique» avancé, ce qui m’a contraint d’émettre sans arrière-pensées les questionnements de fond concernant l’utilité et l’opportunité du lancement d’un projet de résilience sans aucune consultation ni débat technique avec les acteurs nationaux pour l’établissement d’abord d’un inventaire de tous les aléas en place quelle que soit leur origine (naturelle et/ou technologique) qui menacent les biens et les personnes. 
Optant, comme d’habitude, pour «la fuite en avant», le wali a décidé de procéder au lancement, en catimini, et dans l’opacité totale, du projet, et ce, au mépris de la loi en vigueur dans ce pays. 
Ce qui ressort de la lecture de ce «droit de réponse» est une tentative de justification par des arguments évasifs et des réponses éparses sans fil conducteur sur une problématique globale et très complexe ayant trait à la vulnérabilité, l’analyse et la quantification des risques (géologique, géotechnique, géoclimatique et technologique) encourus sur un site aussi complexe que celui de la métropole algéroise et rejetant d’une manière insidieuse tout avis contradictoire. Concernant les commentaires en grande partie publicitaires rapportés dans ce «droit de réponse», l’éthique et la déontologie m’interdisent d’y répondre car certains propos exprimés sont irrespectueux et terre à terre. Néanmoins, par respect aux lecteurs du Soir d’Algérie et l’avalanche de réactions positives à ma contribution du 22/04/2019, je me dois d’apporter quelques vérités indispensables pour une meilleure clarification des éléments de base relatifs à la démarche engagée pour le développement du plan directeur de résilience urbaine de la wilaya d’Alger (PDRU). 
Étant donné que l’organisme  EMI, bénéficiaire du projet, a décidé d’ouvrir le débat et soulever «le couvercle de la boîte à Pandore», permettez-moi d’y participer pour exprimer certaines préoccupations légitimes ayant trait aux fondamentaux requis pour une gestion transparente et rigoureuse d’un projet de cette importance, à savoir : 
1) la réglementation algérienne relative à l’octroi de contrats d’études de la part d’une institution publique ; 
2) la procédure de validation du projet ; 
3) la collecte et la protection des données, la marginalisation des experts et scientifiques nationaux en relation avec cette thématique.  
Concernant le premier point, le code actuel des marchés publics (2015) fixe les modalités d’octroi d’un contrat d’études comme suit : 
a) pour un montant égal ou inférieur à six (6) millions DA, l’administration doit procéder à une consultation restreinte (au moins trois BET’s) et décider pour le mieux-disant ; 
b) pour un montant supérieur à 6 millions DA, la réglementation exige un appel d’offres national ou international le cas échéant et opter, après analyse des offres, pour le moins ou le mieux-disant.  
Dans «le droit de réponse» suscité, il en ressort que le projet a été confié à une «organisation internationale, EMI» non lucrative ?? Par conséquent, je dois déduire qu’EMI n’est ni un BET, ni une firme, ni une entreprise, ce qui me pousse à croire que ce projet est réalisé gratuitement et à titre bénévole. Si c’est le cas, je présente, séance tenante, mes excuses à toutes les parties impliquées dans ce projet. Malheureusement, selon les informations recueillies par nos soins, il s’avère qu’un contrat commercial existe bel et bien entre la wilaya d’Alger et cet organisme, ce qui dénote a priori un manque de transparence de la part du ou des rédacteurs de ce «droit de réponse» et donc les questionnements suivants s’imposent : 
Question 1 : sur quelle base juridique le contrat de gré à gré évalué à quelques millions de dollars a été approuvé et signé entre la wilaya et cette organisation «non lucrative» et dont une partie importante transférable en dollars (aux Philippines) (s’agissant des deniers publics la wilaya est dans l’obligation d’informer l’opinion publique sur les modalités financières de ce contrat pour les besoins de la transparence) ??? 
Question 2 : La première tranche évaluée à quelques milliards de centimes a été débloquée par la wilaya pour des tâches administratives (organisation du projet et formation de groupes de travail) ??? 
Au vu de la banalité de cette mission, il y a lieu de s’interroger sur le coût d’estimation appliqué à ce travail !!! 
Concernant la mission fondamentale, «validation des phases du projet», voici la réponse donnée par cet organisme : «Contrairement à l’inquiétude légitime que ce projet soit réalisé sans un contrôle de ses rendus tant dans leur nature qu’en terme de fiabilité et de faisabilité, nous souhaitons préciser que  le PDRU est tenu de soumettre des rendus à chaque phase (tous les trois mois)…Cette validation s’effectue après consultation des parties prenantes pour évaluation et notification des réserves et commentaires éventuels.»  Une pilule très difficile à avaler pour trois  raisons : 
a) dans cette affaire, il y a une relation strictement commerciale à savoir un projet à élaborer, un budget alloué, une remise des documents d’exécution selon les clauses contractuelles (par le maître d’œuvre) soumis obligatoirement à une validation pour approbation et paiement des tâches (service fait). 
b) Le conglomérat d’institutions (organismes publics, universités, centre de recherches, etc.) prévu pour la validation de ce projet n’a ni les prérogatives ni les missions pour assumer cette responsabilité. Il faut rappeler que cette «approche-alibi» utilisée par les pouvoirs publics dans les cas des projets dits du siècle (autoroute, grande mosquée...) s’est toujours soldée par un échec patent car les organismes publics et l’Université algérienne n’ont aucune tradition dans ce domaine et se trouvent à l’heure actuelle embourbés dans la gestion courante de leurs propres problèmes. De surcroît, il est demandé aux représentants désignés d’intervenir à titre gracieux pour analyser, commenter, déceler les carences techniques et valider un travail  élaboré en amont par cette organisation considérée comme experte en la matière. 
Dans ce cas précis, il est légitime de s’interroger sur la valeur ajoutée (added value) apportée par le maître d’œuvre. En optant pour cette «bizarre» démarche de management du PDRU, la wilaya d’Alger s’est mise dans une position de «forfaiture» alors que la loi l’oblige à engager un BET ou organisme spécialisé et dûment agréé (AMO) pour assurer ce type de mission et endosser la responsabilité par rapport à la faisabilité et la fiabilité du travail exécuté. 
Quant au troisième volet relatif à l’évolution de la phase 2 du projet et qui concerne la collecte des données et le développement de la plateforme SIG, les questions suivantes méritent d’être posées : quelles sont les modalités contractuelles prévues pour la protection des informations et plans collectés dans le cadre de cette phase ? Où sont hébergés les documents officiels qui touchent, il faut le dire, à la Sécurité nationale du pays ? Quel est le niveau du repère de vigilance imposé par la wilaya pour la protection de toutes les informations transmises à  EMI ? Pour quelles raisons un séminaire scientifique consacré à «l’ingénierie durable et la résilience» programmé le 15/03/2019 à l’Ecole polytechnique d’Alger a été annulé ?     
Ce sont quelques remarques relatives à ce PDRU confirmant ainsi nos doutes et appréhensions clairement exprimés dans la contribution-bilan du 22 avril 2019. Pour conclure, je dois noter que, dans ce débat technique, il n’y a ni  détracteurs» ni «défenseurs» du PDRU ; il y a simplement un problème de vision et de priorité sachant que la totalité du vieux bâti de la capitale quelle que soit son apparence requiert  une prise en charge immédiate de la part de l’Etat avant le déroulement d’un quelconque plan de résilience ou autre.  Nous demeurons à la disposition du wali d’Alger pour tout avis technique sur les phases du projet. 
A. C.

(*) Directeur de recherche USTHB, directeur du cabinet GPDS,  président du Club des risques  majeurs.

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