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Tour d’horizon du projet de l’école numérique en Algérie

Publié par Baddari Kamel
le 12.10.2021 , 11h00
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Par le Pr Baddari Kamel(*)
Au tournant des XX-XXIes siècles, la transition vers une société de l'information dans un certain nombre de pays industriellement développés conduit à de nouvelles transformations de leurs systèmes éducatifs. L'enseignement utilisant les nouvelles technologies de l'information devient progressivement le cœur de la société. En Algérie, l'éducation en tant que phénomène, processus et système

sociaux ; et en tant qu'institution de socialisation et élément de la société, connaît, sans l’ombre d’un doute, tous les changements qui s’y produisent. En 2003, l'Algérie a adopté le concept pour la modernisation de l'éducation dont l'objectif était d’inscrire l’école algérienne dans les grandes tendances mondiales de l’enseignement et de formuler une stratégie capable de faire de l'éducation un outil de modernisation du pays. À cet égard, la modernisation de l'enseignement apparaît comme une réponse aux besoins futurs du développement du pays. Ces besoins de l’Algérie nouvelle dans le nouveau millénaire sont la caractéristique dominante de la modernisation de l'école. 
En dépit de ce constat, le système éducatif doit être adapté au marché réel du travail, caractéristique de l'économie post-industrielle.
En cela, s’intéresser à la modernisation du  système éducatif national revient à mettre à niveau les institutions éducatives pour répondre aux nombreux défis reflétés par les besoins nouveaux de la société et par le nouveau visage de l’éducation à l’échelle mondiale principalement le renouvellement rapide des métiers, la mondialisation du savoir, la compétition entre les écoles... Il convient de noter qu’au cours des 15 à 20 dernières années, l’école a été réformée tant dans les pays développés que dans les pays en développement. Cela est dû au fait que l'éducation est en train de passer d'une méthode de transfert de connaissances à d'autres pratiques qui impliquent d’autres formes de communication, ou d’autres rapports à la cognition. Tout cela pose de nouveaux défis pour l’école algérienne. 
À l'heure actuelle, il est nécessaire d'affiner beaucoup plus les réformes, et d’offrir un potentiel de développement au système éducatif jusqu'en 2032. La principale exigence des réformes devrait être la faisabilité de l'école numérique car les changements en cours sur le marché du travail impliquent un reformatage de l'ensemble du système éducatif, y compris sa structure. Cela se produit déjà dans la plupart des pays, en particulier les pays développés. La part des diplômés du secondaire entrant dans l'enseignement supérieur est en constante augmentation. En Algérie, ce taux a dépassé 61% en 2021, alors que dans les pays leaders en termes de développement humain, il est supérieur à 65% : aux USA -82%, en République de Corée -96%, en Finlande -94%, en Norvège -76%, Danemark -80%, et en Australie -75%. 
Le projet national de création d’une école numérique algérienne, aujourd'hui objet de quelques annonces et initiatives du ministère de l’Education nationale, signifie une organisation éducative où l’apprentissage se construit autour d'une collaboration pédagogique dans un environnement éducatif doté d’équipement, d'outils et de services pédagogiques numériques. L’objectif est l'utilisation la plus efficace des technologies numériques pour résoudre les problèmes éducatifs. Selon la nature d’intégration des technologies numériques dans le processus éducatif, quatre niveaux de changements sont distingués selon le modèle universel de référence SAMR (The Substitution-Augmentation-Modification-Redefinition) de Ruben Puentedura : substitution des outils pédagogiques traditionnels, amélioration des outils pédagogiques traditionnels, changement des pratiques pédagogiques et enfin transformation de la pratique pédagogique. Chaque niveau suivant suppose un degré plus profond d’implication de l’élève et d’utilisation des outils informatiques, en commençant par une simple substitution remplaçant simplement n’importe quel outil (exemple : l’élève utilise un logiciel de traitement de texte au lieu du traditionnel crayon), augmentant progressivement jusqu’au niveau auquel l’application du numérique ouvre de nouvelles opportunités jusqu’alors inaccessibles (les interactions, le partage et la collaboration pour produire un travail en temps réel).  Les deux premiers niveaux servent à augmenter l’efficacité de la leçon, mais c’est aux deux derniers niveaux que se forment les qualités importantes et s’entament les actions éducatives d’un apprentissage par le numérique.

Le numérique à l’école algérienne, pour en faire quoi ? 
Cela signifie-t-il que les enseignants seront remplacés par une plateforme numérique, une tablette ou un smartphone ? Pas du tout. L'introduction d'outils pédagogiques numériques dans les écoles n'implique pas non plus l'abolition des cours traditionnels dans les salles de classe ou les laboratoires.  Alors, pourquoi intégrer les technologies numériques dans l’école algérienne ? On peut constater au moins trois raisons à cela. D’abord, parce que les nouvelles technologies se développent rapidement et nécessitent de nouvelles compétences de la part des écoliers modernes, notamment la capacité de naviguer et de travailler en toute confiance dans l'espace numérique. L'école moderne doit réagir au changement et fournir aux élèves les outils pour les aider à se préparer de la manière la plus efficace pour les défis de l'avenir. Il s’agit ici d’investir dans un secteur porteur ayant le plus fort taux de croissance mondiale. Ensuite, les technologies numériques permettent d'augmenter l'efficacité de l'enseignement, grâce à une meilleure visualisation de la matière, et aident à développer les qualités personnelles des élèves, leur capacité de planification, d'autodiscipline, le sens de responsabilité et à réduire leur dépendance vis-à-vis de l’enseignant. C'est un nouveau format de travail, un nouveau format de vie, et un nouveau format d'activités éducatives. À ce titre, l’introduction du numérique à l’école primaire est conçue comme un moyen efficace de renforcer les savoirs spécifiques et permettra de lutter contre l’échec et le décrochage scolaires. Enfin, on ne peut pas dire que la numérisation de l'école est un processus initié exclusivement d'en haut. Il existe une demande constante et croissante de la population algérienne pour l'acquisition de nouvelles connaissances et compétences par le biais de l’utilisation des technologies de l’information et de la communication pour l’enseignement (TICE).
Ces trois raisons sont pertinentes pour forger des convictions fortes que le numérique à l’école peut être utilisé pour enrichir l'enseignement et accroître sa diversité méthodologique, offrant ainsi aux élèves les meilleures conditions préalables pour apprendre de nouvelles connaissances et favoriser la lutte contre l’échec scolaire. Cependant, l'utilisation des technologies numériques dans l'enseignement et l'apprentissage doit être effectuée systématiquement, sur la base des objectifs stratégiques du programme d'enseignement. La technologie doit toujours servir à la pédagogie. Toutefois, quand l'apprentissage numérique est présenté uniquement comme l'utilisation d'outils numériques en classe, il ne reflète pas la finalité de ce concept pédagogique. Ainsi, la numérisation de l’école doit toujours impliquer la création de nouveaux processus d'apprentissage et d'enseignement informatique plus efficaces qui permettent de nouveaux processus, qui n’est pas seulement le remplacement d'un manuel scolaire en papier, d’un stylo ou d'un tableau blanc par une version électronique. 

Ce qui doit être fait ? Par où commencer ?
La transition vers l'école numérique représente la transformation numérique de l'enseignement scolaire à tous les niveaux. Pour y parvenir, un plan stratégique de développement (PSD) d’une école numérique algérienne devra être rigoureusement élaboré. Il engagera l’ensemble des parties prenantes dans le processus éducatif pour agir dès l’école primaire et définir la multitude d’actions pour atteindre des objectifs fixés. La mise en œuvre réussie de ce projet peut comprendre les 10 solutions suivantes : 1- Développement de programmes, de supports et de techniques pédagogiques numériques, des applications adaptées axées sur les besoins individuels des écoliers, en utilisant des ressources et dispositifs éducatifs conformes aux standards internationaux ; 
2- Création d'une plate-forme «École numérique» à travers laquelle l'élève recevra un accès gratuit au contenu éducatif électronique. Mise au point d’une charte nationale de bonnes pratiques ; 
3- Création d’un environnement numérique éducatif moderne avec du design, des équipements et du mobilier (ordinateurs, tablettes, accès rapide à internet, exerciseurs, c'est-à-dire des logiciels interactifs proposant des énoncés et capables de valider les réponses, des outils d'auto-évaluation  permettant à l'élève d'être plus autonome et à l'enseignant de se concentrer sur les élèves les plus en difficulté, panneaux interactifs, etc.) qui permettront aux enseignants et aux élèves d'utiliser des contenus pédagogiques électroniques. Connectez toutes les écoles à internet à haut débit d'ici 2025. Permettre au moins à la moitié des élèves d’accéder au réseau en même temps, et former une infrastructure numérique moderne des écoles ; 
4- Introduction de jeux et de simulations dans le processus éducatif. Cela impliquera et engagera en même temps les élèves, rendra l'apprentissage visible et aidera à développer les compétences du XXIe siècle : travail d'équipe, pensée critique et pensée créative ; 
5- Développement d’un dispositif de formation à distance utilisant les TICE. Ce type d'apprentissage devra susciter un travail d'équipe de façon coopérative et intégrer divers facteurs : environnement d'apprentissage (à la maison, en ligne, à l'école,...), processus de développement des compétences, affectif (motivation, satisfaction, découragement, frustration) et acteurs éducatifs (apprenants, enseignants, parents, personnels,...) ; 
6- Recyclage et accompagnement des enseignants en classe pour une utilisation efficace des contenus éducatifs électroniques dans le processus éducatif et dans le développement des modalités de travail collaboratif. Il est à noter que la mise en œuvre du projet d'école numérique entraînera un changement dans le rôle traditionnel de l'enseignant, qui deviendra un formateur, un organisateur, un partenaire, un consultant, un mentor ou un facilitateur orientant l'élève en fonction de ses besoins et priorités, et individualisant au maximum les trajectoires d'apprentissage des écoliers. 
L’enseignant est désormais la personne qui façonne l’avenir de l’école numérique. La mise au point de programmes de formation initiale, de recyclage et de développement professionnel continu pour les enseignants deviendra nécessaire ; 
7- Mise à la disposition des enseignants des outils d’analyser les forces et les faiblesses individuelles de leurs élèves et d’atteindre l’objectif de réduire considérablement le taux d’échec scolaire ; 
8- Introduction des référentiels de compétences, à la fois dans la définition des contenus d’apprentissage et dans la formation des enseignants ;  
9- Mise à la disposition de l’autorité de régulation des informations claires sur la façon dont les processus scolaires ordinaires sont transformés dans le contexte des nouvelles technologies numériques, et des opportunités que reçoivent les écoles, les directeurs, les enseignants, les élèves et leurs parents ; 
10- Consultation  régulière  des familles d’élèves par des spécialistes du développement de l'enfant, ce qui contribuera à réduire considérablement les risques de santé et de déviations négatives dans le développement des élèves et affectera positivement les résultats scolaires et les réalisations personnelles. Bien sûr, le développement de la numérisation de l’école modifiera les exigences des enseignants et des élèves, stimulera la formation de nouvelles structures éducatives organisationnelles. 
Dans cette formation renouvelée, le numérique devra être accompagné de nouvelles pratiques pédagogiques : le travail en petits groupes, l’apprentissage par projets et la personnalisation de l’enseignement. À cela s’ajoute la mise en place d’un fonds de solidarité visant à fournir des subventions aux autorités organisateurs de l’école numérique afin d’aider les familles précaires à acquérir les ressources numériques personnelles pour faciliter le lien entre la classe et la maison. 
Ce fonds aurait pour objectif de «garantir l’égalité des chances au niveau national» et de lutter contre la médiatique «fracture numérique». 
Toutefois, il est important de se rappeler qu'au cours de l'utilisation de technologies innovantes dans l’école et à la maison, de nouveaux risques apparaissent pour la société et pour la santé des élèves tels que les problèmes de vision, de dépendance de l’ordinateur, de dépendance des réseaux sociaux, de la stabilité psychologique, de l’optimisation des charges pédagogiques, etc. 
Il est nécessaire de prendre en compte la spécificité de ces défis et de les traiter par l'analyse scientifique, la mise en œuvre de normes sanitaires et hygiéniques claires dans l'environnement d'information et d'éducation, ainsi que par l'expérience disponible dans la transformation pratique de l'environnement éducatif moderne.

Pour ne pas conclure...
Si l'école ne reçoit pas un nouvel élan de développement, nous serons confrontés à un profond retard technologique et scientifique par rapport à l'ensemble du monde civilisé. 
Les technologies traditionnelles ne résolvent pas tous les problèmes de l'école algérienne moderne, il faut donc un grand plan numérique sur dix ans, ou encore fixer de vrais objectifs à la politique de l’école numérique. En effet, on doit concentrer les actions sur le primaire, et en prévoyant trois vecteurs : financer l’acquisition des équipements et infrastructures, développer des complexes numériques pédagogiques et méthodologiques accessibles et enfin former les enseignants et le personnel de soutien.  Même si la pratique pédagogique des outils numériques à l’école n’a pas fait en Algérie l’objet de recherche scientifique quant à leur impact sur les performances des élèves, le numérique peut être envisagé comme un nouveau savoir fondamental, au même titre que les apprentissages fondamentaux : parler, lire, écrire, compter et calculer. 
Tout cela s'appelle la transformation numérique. Pour réussir, il faut s'appuyer non seulement sur des outils mais aussi sur des ressources humaines, en mettant en garde contre un grand enthousiasme pour la technologie numérique sans un travail bien structuré et planifié avec la motivation de l’ensemble des parties prenantes dans le processus éducatif.
B. K.

(*) Professeur des universités. Expert de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique. Expert en conduite de changement. Université de M’sila.

 

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