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Contribution

Une démarche cohérente et concertée pour gérer la transition démocratique(+)

Publié par LSA
le 31.12.2019 , 11h00
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Par Amine Kherbi**
La situation dont l’Algérie risque d’être un jour prochain la victime résulterait du décalage qui existe aujourd’hui entre les besoins de sécurité et de développement que requiert la protection des intérêts de la Nation et les capacités dont elle dispose pour les satisfaire. Les frottements au sein de la société, dus à la stagnation politique, à la crise du développement économique et au malaise social, sont à l’origine des contraintes auxquelles il nous est difficile de nous soustraire. Leur remise en cause est largement affaire de volonté politique.
Aujourd’hui, les Algériens ont rendez-vous avec le changement, c’est-à-dire avec eux-mêmes. Ils ne veulent plus de la politique menée depuis plusieurs décennies par les mêmes responsables pour obtenir les mêmes résultats. Voilà pourquoi nous avons besoin d’intégrer l’impératif du changement dans le champ sociopolitique pour comprendre les enchaînements, identifier les attentes et élaborer une stratégie de sortie de crise viable. L’erreur rédhibitoire serait d’entretenir le statu quo ante en concentrant les efforts seulement sur la virtualité d’une égalité politique alors que la menace directe émane de l’inégalité économique et de la perpétuation d’un pouvoir fonctionnel bloquant toute possibilité de transformation structurelle. C’est la raison pour laquelle nous devons rompre avec la fantasmagorie du pouvoir et de l’autoritarisme qui méconnaît les ressorts profonds du système démocratique. Ceci nous oblige à plus de lucidité. Le moment est venu de retrouver des repères et une confiance en notre avenir.

Aussi, l’élection présidentielle du 12 décembre dernier revêt-elle une importance capitale. L’accession à la magistrature suprême, grâce à l’adhésion et au soutien du peuple, constitue une phase cruciale dans la construction d’un Etat incarnant un pouvoir légitime institutionnalisé. Par-delà la nécessaire clarification du rôle de l’Etat dans la société, l’enjeu est de sortir le pays de l’impasse politique et institutionnelle actuelle en lui donnant un nouvel horizon. Il s’agit d’assurer la transition systémique afin de retrouver une Algérie juste et solidaire, de rendre possibles de nouvelles réussites et de renouer le fil de notre histoire. Il nous appartient de faire naître l’espoir d’un nouveau départ qui permettrait à notre pays de progresser, de rassembler et de rayonner sur la scène internationale.
L’Algérie a conscience de ce qu’elle peut et de ce qu’elle veut. On comprend alors pourquoi il est utile de rappeler la nécessité d’un balayage le plus large possible en annonçant, en temps opportun, la constitution d’un gouvernement d’union nationale et l’organisation des élections législatives et sénatoriales. 
Avec une révision de la Constitution qui consacrerait la séparation des pouvoirs, l’alternance politique au moyen de l’exercice du droit de vote et une plus grande implication de la société civile dans le processus politique, c’est une nécessité pour faciliter le renouvellement de la classe politique et empêcher la résurgence des pratiques asymétriques contraires à l’intérêt national. La redynamisation du débat démocratique, qui passe par l’exercice politique et la liberté des citoyens, appelle une grande vigilance et une exigence accrue en ce qui concerne la compétence de l’Etat et le rôle de la société dans un pays en transformation. C’est de cette manière que l’on pourra relever le défi du renouveau en favorisant une politique de sortie de crise au diapason avec la demande nationale de changement et les mutations politiques, économiques et sociales que connaît le monde. 
Dès lors, une volonté générale de penser et de construire ensemble dans un climat de confiance est nécessaire. Cela donnerait sens à l’accélération du processus démocratique et à l’affermissement de l’Etat de droit. Mais pour passer du discours aux réalités, il faut opérer une réelle reconversion de nos méthodes de gestion des problèmes politiques, économiques et sociaux. Devant l’ampleur de la tâche, tous les acteurs concernés et toutes les parties prenantes doivent être convaincus de la pertinence de cette démarche judicieuse qui s’inscrit dans la perspective de stabilité à long terme du pays.
Rien ne révèle mieux cet impératif que les repères qui aideraient à réduire les sentiments de confusion et d’égarement ainsi que les dispositions à soutenir une logique d’acceptation de l’ambivalence de l’histoire à rebours des aspirations du peuple. 

Innover dans la gestion de la crise politique
Voilà pourquoi il faut concevoir quelque chose de totalement novateur dans la gestion de la crise politique en favorisant l’élaboration d’un projet de réorientation de la société pour que le pays renoue avec l’avenir.
Actuellement, l’Algérie éprouve le sentiment délétère de ne pas être à la hauteur de son ambition et regarde le monde se recomposer sans elle. Elle doute d’elle-même. Elle est fragilisée et le citoyen ne comprend plus. Pour autant, il existe un chemin de l’espoir car notre époque offre de grandes opportunités. L’heure est donc à l’engagement pour réaliser la grandeur que les Algériens veulent donner à leur pays en le dotant d’un système politique qui engendre des hommes d’Etat. 
Il faut donc agir pour changer nos mœurs politiques et administratives afin d’ordonner nos institutions à la poursuite du bien commun et de générer une classe politique capable de faire passer l’intérêt général avant toute chose. 
Cela suppose la mise en œuvre de politiques publiques favorisant l’intégration économique et sociale, le développement durable et la bonne gouvernance. Pour chacun d’entre nous, c’est l’occasion de conforter la prise de conscience des intérêts communs pour mieux servir la solidarité nationale et permettre à notre peuple de vivre avec l’exigence de la liberté, de la dignité et de l’intelligence.

Préparer et gérer la relève générationnelle
L’approche à retenir pour sortir l’Algérie du marasme actuel repose sur un devoir de vérité. Il faut préparer et gérer convenablement la relève générationnelle. D’où l’importance de donner sens à la légitimité constitutionnelle pour construire le cadre des options de sortie de crise non pas pour défaire le nœud gordien de la situation actuelle mais afin de créer les conditions pour assurer la stabilité politique et institutionnelle à long terme du pays. Il s’agit en effet d’adapter l’Algérie à la révolution de l’âge et du genre en donnant toute leur place aux jeunes et aux femmes au sein de la société pour leur permettre de devenir des acteurs de la transformation sociale et de jouer un rôle plus grand dans la construction de l’avenir du pays. 
L’ampleur et la complexité des défis auxquels nous sommes confrontés pour faire bouger les choses invitent à considérer la dynamique conjointe de la sécurité et du développement en misant sur l’adhocratie comme élément essentiel d’une politique efficace de sortie de crise. Face aux problèmes qui nous assaillent, c’est la meilleure manière de créer de nouveaux modes de régulation de l’action publique, d’amorcer un cercle vertueux de croissance, de consolider la bonne gouvernance et la transparence, de fournir du sens à l’action économique extérieure et de trouver un large consensus sur la politique de renouveau et de développement global du pays. 

Favoriser une politique de compromis
Cela passe par la concertation et le dialogue, la transaction, la conciliation et la négociation. C’est donc une politique de compromis que nous devons favoriser pour conforter l’ambition de l’Algérie et permettre aux citoyens d’apporter leur concours au rétablissement de l’espoir. 
Voilà pourquoi tous les acteurs qui adhèrent à un projet démocratique fondé sur la séparation des pouvoirs, l’alternance politique et la bonne gouvernance, notamment les partis politiques et les représentants de la société civile, devraient s’impliquer dans le renouveau de l’Algérie. 
Les personnalités nationales et les intellectuels, jouissant de la confiance du peuple, dont le parcours est irréprochable et la compétence avérée, devraient apporter leur soutien à cette entreprise de rénovation nationale en jouant le rôle de médiateur, de communicateur et d’énonciateur. Leur mission serait de favoriser la communication et de restaurer la confiance entre les parties, de transmettre des messages en suggérant des formules créatives et en s’impliquant dans la négociation. Leur intervention en tant qu’acteurs non officiels faciliterait l’ouverture de nouvelles pistes de réflexion pour trouver des solutions aux problèmes à résoudre en apportant des réponses inédites. 
Sur la base de l’expérience déjà acquise, il faudra engager la réflexion sur la nature de la démocratie, à la lumière des avancées mais aussi des difficultés et des épreuves qu’elle connaît dans notre pays depuis l’avènement du multipartisme. Cependant, pour que la communauté nationale comprenne les changements et les réformes qui s’imposent, il est aussi nécessaire de chercher l’optimum que la société souhaite pour consolider la cohésion sociale. 
En ce temps de crise et dans un univers nouveau où l’économique se trouve lié au politique et au social de façon concrète, le développement global du pays devrait faire l’objet d’une attention particulière. Pour sortir de la crise politique, il faut un nouvel engagement de la puissance publique pour anticiper, innover, impulser et coordonner en ayant en vue l’impact qualitatif de la politique économique. 
On l’aura bien compris, il y a maintenant urgence à voir clair dans ces problèmes qui impliquent que nous nous donnions les moyens institutionnels permettant d’adopter les indispensables régulations de l’Etat afin de mieux cerner les questions de sécurité et de développement. 

Promouvoir un dialogue confiant entre tous les acteurs
L’objectif est de promouvoir des politiques publiques favorisant la croissance et l’intégration économique et sociale fondée sur un dialogue confiant entre le pouvoir central, les opérateurs économiques et les divers pôles d’activité et de représentation au niveau régional et local. A cette fin, un débat national doit être engagé. L’enjeu est de redonner de nouvelles perspectives de développement au pays grâce au renouvellement des bases de la croissance.
Comme nous l’indiquions le mois d’août dernier, la tenue des états généraux de l’économie pourrait constituer le cadre approprié aux débats constructifs et aux analyses pertinentes en vue de l’élaboration d’une stratégie de développement global pour le pays afin de diversifier l’économie, d’accroître les synergies et d’harmoniser la politique économique et le cadre institutionnel pour porter l’aspiration à un nouveau modèle de développement. La préparation de cette rencontre pourrait être confiée à un comité préparatoire de haut niveau composé de personnalités éminentes, de représentants des secteurs économiques et financiers de l’administration publique, du monde universitaire, de la communauté des affaires et des cadres d’entreprises publiques et privées. 
C’est un devoir d’imagination et d’action qui est requis pour éclairer les Algériens sur les choix à venir. Pour l’heure, la priorité est de susciter de nouveaux changements concernant la conduite de la politique économique, la refondation des pratiques sociales et l’adaptation du cadre institutionnel pour affermir l’Etat de droit, conforter le projet démocratique et favoriser le changement.

Encourager le renouveau politique
Un renouveau politique est possible en Algérie. Mais il ne passera pas par un simple replâtrage. Il est sain que les politiques, les décideurs et les acteurs de la société civile soient conscients de cette réalité pour consolider la stabilité politique, améliorer l’organisation du pouvoir, accroître la crédibilité des institutions, renforcer la cohésion sociale, assurer la sécurité économique et la bonne gouvernance afin de restaurer la confiance dans la vie publique. L’image que l’Algérie présente au monde a toujours été celle de son avenir et celle de son passé. Aujourd’hui, c’est vers l’avenir que nous devons nous tourner. Faisons de cette période difficile que traverse notre pays une opportunité pour de nouveaux accomplissements afin de relever les multiples défis auxquels nous sommes confrontés. C’est ainsi que nous vaincrons le désenchantement actuel et donnerons à l’Algérie une ambition à la hauteur de ses aspirations.
 Alger, décembre 2019
A. K.

* Cette contribution s’inscrit dans le prolongement de celles parues dans Le Soir d’Algérie du 27 avril et 13 août 2019 sous le titre : L’Algérie à l’heure des choix cruciaux et Plaidoyer pour des états généraux de l’économie. 
**Diplomate de carrière, ancien ministre délégué aux Affaires étrangères et ambassadeur dans plusieurs pays. Il a été en 1993 membre du conseil scientifique du groupe Algérie 2005 chargé d’élaborer une stratégie de développement pour l’Algérie et président du groupe d’experts du comité pour la protection de l’économie nationale en 1994.

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