Rubrique
Corruption

Personnes politiquement exposées (PPE) La «dictature» des oligarques

Publié par Djilali Hadjadj
le 08.04.2019 , 11h00
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Un oligarque algérien — et pas n’importe lequel ­— a été arrêté, la semaine dernière, à un poste-frontière terrestre avec la Tunisie. Les conditions dans lesquelles il voulait sortir du pays montrent visiblement qu’il s’agit d’une tentative de fuite qui ne dit pas son nom. 

Celui qui, il y a quelques jours encore, était président tout puissant du FCE, a bénéficié depuis de longues années de la manne de la commande publique, et ce, par favoritisme et en violation des lois de la République : lâché de toutes parts, il a fait le très mauvais choix d’échapper à la justice, tellement les griefs contre lui sont certainement très lourds… 
Les plus futés des oligarques, des «agents publics» — hauts fonctionnaires et élus notamment —, et de tous leurs proches, encore protégés, avaient pris la poudre d’escampette depuis quelques semaines déjà, voyant que le pouvoir qui les parrainait, notamment dans le sens mafieux du terme, était en train de s’effondrer, et que lors des «vendredis populaires» rassemblant des dizaines de millions d’Algériens depuis le 22 février 2019, les dénonciations de la corruption et de la prédation prenaient de plus en plus d’ampleur.
Tous ces «criminels» et ces délinquants financiers sont malheureusement nombreux : ils font partie de ce que l’on appelle les «personnes politiquement exposées» (PPE). Cette notion de PPE a été reprise par le Gafi – Organisation intergouvernementale contre le blanchiment d’argent —, dont l’Algérie est membre.

Les «Indices rouges» du Gafi
Le «Groupe d’action financière internationale» — le Gafi — est une organisation intergouvernementale de lutte contre le blanchiment d’argent.
Le Gafi a dressé des  «Red Flags» (Indices rouges) pour les PPE originaires de pays à haut risque dont l’Algérie, notre pays étant classé et répertorié par toute la communauté internationale — et pas uniquement par les ONG — comme un  «pays à profil de risque national», de par : 
-1. son niveau de corruption élevé ; -2. son niveau élevé de crime organisé ; 3. sa mauvaise gouvernance et sa transparence insuffisante ; et -4. son système politique basé sur le pouvoir personnel (autocratique), dans lequel les personnes au pouvoir s’enrichissent ou dans lequel de nombreuses nominations se font par népotisme.

Qui peuvent être les PPE dans un pays comme l’Algérie ?
Il est admis maintenant, par toutes les grandes organisations intergouvernementales, que les «personnes politiquement exposées» sont des personnes physiques qui occupent ou ont occupé des fonctions publiques importantes, pas nécessairement politiques, liées à un pouvoir de décision significatif. Les personnes considérées comme des personnes connues pour être étroitement associées à un client PPE sont également incluses. 
Les fonctions des PPE sont depuis quelques années listées dans nombre de conventions internationales, elles intègrent notamment : chef d'Etat, chef de gouvernement, membre d'un gouvernement national ou d’une organisation internationale ;  membre d'une assemblée parlementaire nationale ;  membre d'une Cour suprême, d'une Cour constitutionnelle ou d'une autre haute juridiction dont les décisions ne sont pas, sauf circonstances exceptionnelles, susceptibles de recours ;  membre d'une Cour des comptes ; dirigeant ou membre de l'organe de direction d'une banque centrale ; ambassadeur, chargé d'affaires, consul général et consul de carrière ; officier général ou officier supérieur assurant le commandement d'une armée ; chef d’exécutif local ou régional (wali en Algérie) ; membre d'un organe d'administration, de direction ou de surveillance d'une entreprise publique ; chef d’entreprise privée ou actionnaire ; etc.
Appliquée à l’Algérie, la liste pourrait être très longue, et les nombreux scandales de corruption ou de toute autre délinquance économique et financière où seraient mêlées de près ou de loin ces PPE sont plus ou moins connus ou faciles à identifier tant l’impunité a été la règle pendant des décennies…
Dans le cas des PPE, on assume que le niveau de risque en termes de fraude et de corruption est plus élevé que la moyenne, compte tenu de leur position d'influence. 
Djilali Hadjadj

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