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Corruption

Une version alternative de l'histoire des démocraties dites modernes «Le pouvoir politique à l'ère du pétrole»

Publié par LSC
le 26.03.2018 , 11h00
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Les multiples scandales de corruption qui ont mis à mal le Groupe Sonatrach ces dix dernières années nous ont interpelés sur la question du pétrole et de sa gestion par les «politiques» des pays occidentaux, principaux consommateurs d’or noir. Un ouvrage d’un politologue britannique — Timothy Mitchell — met en exergue une autre vision sur le rapport de ces pays aux industries extractives.

La malédiction du pétrole, une fatalité bien connue des géopoliticiens et doctement ressassée : plus un pays est riche en gisements, moins il est démocratique. De fait, en 2011, pendant la vague de révoltes du «Printemps arabe», cet axiome s'est vérifié : à l'exception de la Libye, tous les plus gros producteurs ont été épargnés. Les luttes pour un changement politique ont eu lieu là où le pétrole était nettement moins déterminant pour l'économie nationale, comme c'est le cas en Tunisie ou en Egypte. Carbon Democracy(*), l'essai de Timothy Mitchell, titulaire de la chaire du Moyen-Orient à l'université Columbia (New York), repose tout entier sur une idée aussi simple qu'inédite : il faut reconsidérer le champ d'application de cette loi. Ce qui vaut pour ces pays lointains et orientaux ne vaut-il pas aussi pour les pays occidentaux ? Depuis que le pétrole est devenu leur première source d'énergie, le monde capitaliste est à la peine, les acquis sociaux reculent, les inégalités explosent. Il se pourrait tout simplement que l'abondance énergétique fragilise, voire limite les aspirations et les combats politiques de ces pays.

Contrôle de l’or noir par délégation à des despotes
Par quel étrange mécanisme ? C'est là que la réflexion de Mitchell est la plus passionnante. La démocratie est indissociable, soutient-il, des multiples processus par lesquels on produit ou consomme l'énergie. D'une certaine façon, l'une (l'énergie) donne forme à l'autre (la démocratie). En démontrant ce lien, Mitchell livre une version alternative de l'histoire des démocraties dites modernes.
En effet, les grandes luttes pour les droits politiques et sociaux, au XIXe siècle, au moment de l'essor de l'industrie, sont rendues possibles par la nature concrète de la source d'énergie que fut le charbon. Sans lui, pas de chemin de fer, pas de centrale électrique, pas de production. Tout au contraire, le pétrole est fluide, peu exigeant en main-d’œuvre, ses gisements sont lointains, isolés. Pour Timothy Mitchell, il est évident que les forces économiques et politiques dominantes, les «puissances impériales», ont compris l'intérêt qu'elles avaient à privilégier le pétrole : s'émanciper des revendications portées par les travailleurs. Une partie de son livre consiste à démontrer qu'après chaque guerre mondiale, elles réengagent la bataille, dont on sait qu'elles sortiront victorieuses, pour conserver, d'un côté, le contrôle des régions productrices de l'or noir (que ce soit par le système des mandats ou, plus tard, par la délégation à des despotes, le plus souvent religieux) et, de l'autre, pour imposer l'abandon du charbon — le plan Marshall marquant, selon cette lecture, l'accélération de la conversion du système énergétique européen.

L'épuisement des réserves fossiles peut-il se révéler une opportunité pour un monde plus démocratique ?
Les grandes compagnies sauront aussi organiser leur propre sabotage : ralentir et réduire la production afin de conserver le monopole et maintenir la rentabilité liée à la rareté. Mitchell réduit ainsi en poussière le mythe de la glorieuse marche vers le pétrole. C'est sa grande force : prendre à rebours toutes nos idées, ou presque, sur l'histoire énergétique, y compris sur le choc pétrolier de 1973 (la crise n'aurait pas eu lieu) —, quitte à donner parfois le sentiment de forcer l'argumentation.
Au terme de ce livre foisonnant, où l'on reconnaît l'influence de la philosophie de Bruno Latour (**), nous sommes invités «à concevoir la démocratie non comme l'histoire d'une idée ou l'apparition d'un mouvement social, mais comme un assemblage de machines». C'est en effet à la fois le mérite et la limite du propos qui s'y déploie. Car bien que Mitchell se défende de jamais sombrer dans un déterminisme technique, on déplore que, la tête toute aux flux énergétiques, il laisse de côté la circulation de l'information et des journaux, le poids des idéologies, les progrès de l'alphabétisation..., en un mot, la force des idées. Malgré cela, en montrant comment l'abondance du pétrole a permis aux experts de construire une économie délivrée de toute limite, la réflexion de Mitchell débouche sur une série de questions passionnantes.
L'épuisement des réserves fossiles peut-il se révéler une opportunité pour un monde plus démocratique ? Admettre que la politique émerge des configurations techniques n'implique pas que l'avenir soit tracé, mais de savoir avec quelles forces, «humaines et non humaines», nous voulons faire alliance, prend-il soin de rappeler en conclusion.
Face au caractère implacable des «machines», parions en effet sur la possibilité de construire des représentations alternatives et de choisir entre plusieurs formes de devenirs politiques.
Synthèse par LSC

Paroles de ministres en mai 2013
Celui de la Justice :
«L’information judiciaire dans l’affaire Sonatrach 2 connaît un rythme "satisfaisant"»…

Quand l’affaire de corruption Eni-saipem-sonatrach a éclaté en Italie au début de l’année 2013 (voir notamment «Le Soir corruption» du lundi 19 mars 2018), en Algérie, les pouvoirs publics ont fait le dos rond en gardant le silence. Mais quelques médias algériens de statut privé (tous supports confondus) ont relayé les informations divulguées par leurs confrères italiens, ce qui a amené les ministres algériens de la Justice et de l’Energie à réagir quelques mois après. Le premier a perdu son poste et le second est aujourd’hui titulaire du portefeuille de l’Industrie.
Voici un bref rappel de leurs propos. Le ministre de la Justice, garde des sceaux, Mohamed Charfi, a affirmé, mardi 7 mai 2013, que l’information judiciaire dans l’affaire Sonatrach 2 se poursuivait à un rythme «satisfaisant» et qu’elle avait «des prolongements à l’étranger».
Le ministre a indiqué dans une déclaration à la presse, en marge d’une visite effectuée dans plusieurs structures judiciaires, qu’il était impossible de déterminer la durée de l’information judiciaire dans cette affaire car «elle ne concerne pas les seules investigations effectuées en Algérie, mais elle se prolonge à l’étranger et se déroule en collaboration avec des juridictions étrangères».
Le ministre a affirmé que «l’instruction se déroulait à un rythme satisfaisant, en dépit de difficultés objectives liées à la réponse aux commissions rogatoires internationales adressées à certains pays», ajoutant que l’enquête englobe plusieurs pays. Rappelant que «toutes les affaires relatives à la corruption sont égales aux yeux de la justice» et que «la lutte contre la corruption doit se faire avec sagesse, pondération et fermeté», M. Charfi a souligné qu’«il n’y avait aucune raison de faire dans la précipitation dans le traitement de cette affaire». Il a précisé qu’il informera l’opinion publique en «toute transparence» des résultats de l’enquête dans cette affaire une fois terminée. M. Charfi a souligné, dans le même contexte, que les personnalités impliquées dans cette affaire lui conféraient un aspect sensible, mais «tous les justiciables sont égaux devant la justice qui ne privilégie pas une affaire au détriment d’une autre». Il s’est en outre engagé devant les journalistes à leur communiquer les résultats de ces instructions «au moment opportun» et «durant le procès» qui aura bien lieu, a-t-il affirmé.

… Celui de l’Energie et des Mines :
«...Il est de notre devoir de la combattre» (NDLR : la corruption)...
Interrogé le 7 mai 2013 — en marge d’une visite de travail dans les wilayas de Batna et Khenchela — sur les scandales qui secouent le groupe Sonatrach, le ministre de l’Energie et des Mines, Youcef Yousfi, avait affirmé que la «corruption porte atteinte à la nation entière, personne ne l’accepte et il est de notre devoir de la combattre». «Désormais, déclare-t-il, les entreprises, publiques ou privées, seront soumises à un contrôle interne rigoureux.»
Par ailleurs, le ministre s’est montré catégorique : «ni tous les Algériens sont des corrompus ni, encore moins, tous les fonctionnaires de l’Energie sont des gens malhonnêtes.»

 

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