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Corruption

La corruption au musée et musées de la corruption Un jour peut-être en Algérie…

Publié par Djilali Hadjadj
le 25.02.2019 , 11h00
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Ces 10 dernières années, dans plusieurs pays, ont été créés des musées de la corruption à l’initiative de citoyens  pour y montrer les horreurs de ce fléau qui a marqué l’histoire d’un régime autoritaire, une fois que ce dernier est remplacé par un pouvoir démocratique. Un jour peut-être, on pourra en créer un en Algérie… 

L'art des pots-de-vin à Bangkok 
Une organisation qui lutte contre les pots-de-vin ouvre une série d'expositions dans la capitale thaïlandaise pour dénoncer ce fléau qui gangrène la vie politique du pays. Contestataires, ces œuvres visent à signaler ce grave problème qui existe dans le pays. Des statues grandeur nature de fonctionnaires cupides rappelant des scandales récents, des sculptures de sacs remplis d'argent liquide, des peintures de corrompus derrière des barreaux... bienvenue au cœur du «Musée de la corruption thaïlandaise» qui vient d'ouvrir à Bangkok. «La Thaïlande est un pays avec une culture du clientélisme... plusieurs générations ont déjà été confrontées à la corruption et les gens se sont habitués», explique un représentant de l'Organisation de lutte contre la corruption qui a conçu l'exposition. «Nous voulions créer ce musée pour raconter aux tricheurs que les choses qu'ils ont faites sont mauvaises. Ils seront enregistrés dans l'histoire de la Thaïlande et le peuple thaïlandais ne pourra jamais oublier, ni leur pardonner», ajoute-t-il.

160 millions de dollars pour des postes qui n'ont jamais vu le jour
Les sculptures et statues renvoient en effet à des cas concrets de l'histoire thaïlandaise. Au milieu d'une pièce, le buste d'un homme avalant des dizaines de piliers de construction a pour titre «le délicieux repas des postes de police». Il y a quelques années, plus de 160 millions de dollars ont été dépensés pour la construction de près de 400 postes de police qui n'ont jamais vu le jour.
Par cette exposition, les organisateurs espèrent causer un électrochoc dans le public. 
«Chaque sculpture illustre un cas national de corruption qui me perturbe car chacun a causé d'énormes dégâts», explique un visiteur de 19 ans, impressionné par l'exposition. 
A voir en images / https://actu.orange.fr/politique/videos/l-art-des-pots-de-vin-bangkok-ouvre-un-musee-de-la-corruption-VID0000001WPii.html

Dénoncer de manière originale la corruption en Roumanie
Pour dénoncer la corruption qui sévit toujours en Roumanie, un musée virtuel a vu le jour sur internet. Sur la page internet défilent des peintures virtuelles. Sur ces toiles figurent des belles voitures, des mallettes remplies d’argent ou encore des cellules de prison. Bienvenue au tout nouveau musée roumain de la corruption, qui a la particularité de ne pouvoir être visité qu’en ligne. Cette galerie d’un nouveau genre est l’œuvre d’une l’agence de marketing. L’objectif : dénoncer de manière originale la corruption qui continue de sévir dans le pays. Certains fonctionnaires locaux ont «réussi à faire du pot-de-vin un véritable art», résument les concepteurs du projet pour justifier leur démarche. L’agence a expliqué que l’initiative se veut avant tout éducative et souhaite démontrer que l’argent n’est pas le seul moyen utilisé pour corrompre quelqu’un. Les œuvres, toutes basées sur des faits  réels, dépeignent ainsi des moutons, de l’eau minérale ou encore des corps de femmes nues : «certains pots-de-vin sont tellement incroyables qu’on pourrait croire qu’ils ont été inventés par des créatifs travaillant pour des agences de publicité.»

«Pot-de-vin au cimetière»
Les tableaux illustrent ainsi quelques-unes des affaires les plus emblématiques de ces derniers mois, à l’instar de «pot-de-vin au cimetière», clin d’œil à l’affaire de l’ex-ministre roumain des Finances, qui aurait supposément reçu des sacs remplis d’argent dans un cimetière. 
Ces derniers temps, il ne se passe pas une semaine sans que n’éclate un nouveau scandale de corruption en Roumanie. Avec son opération «mains propres» qui secoue le pays depuis 2012, le Parquet national anticorruption (DNA) n’en finit plus de mettre des personnalités en examen.

En Ukraine, la résidence du président transformée en musée du faste
Au lendemain de la répression sanglante des manifestations dites de «l’Euromaïdan» pour protester contre la politique du président ukrainien Viktor Ianoukovytch, ce dernier a préféré fuir vers la Russie. Des centaines de manifestants se sont alors dirigés vers sa résidence. Ils y ont découvert avec stupeur le faste dans lequel le président vivait depuis son élection en 2010 alors que les caisses de l’Etat étaient vides. 
Considérant que ces biens détournés devaient revenir au peuple, les manifestants n’ont ni saccagé ni pillé les lieux, mais souhaité les ouvrir à la visite en tant que musée de la corruption. Appartenant autrefois à l’Etat, cette résidence était devenue la propriété de Tantalit, une société derrière laquelle se cachait un «consortium» de corruption et blanchiment d’argent émanant du président Ianoukovytch et de ses proches. Autant dire que personne ne s’est jamais manifesté après la révolution ukrainienne de 2014 pour revendiquer Tantalit ! En juin 2014, un arrêt décidait que le domaine revenait à l’État et il devenait un musée en novembre 2014. Deux mille personnes travaillaient quotidiennement à Mezhyhirya. Le seul entretien du site coûtait 75 000 euros par jour, une fortune pour l’Ukraine, l’un des pays les plus pauvres de l’Europe. Pour l’abriter des regards indiscrets, le domaine avait été entouré d’une haute palissade sur tout son périmètre. 
Une nouvelle route d’accès avait été construite de même qu’un port pour permettre aux bateaux du président et de ses invités d’accoster. Le parc avait été doté d’une piste d’atterrissage d’hélicoptères, d’un golf, de nombreux étangs avec jets d’eau, d’un ranch, d’une maison pour les invités, d’un centre de sport et de bien-être… Les extravagances ne s’arrêtaient pas là… Un garage abritait sa collection privée de 35 voitures et motos rares. Une ferme et des serres permettaient de servir au président des produits de première fraîcheur ; un zoo, un centre de dressage de chiens et une ferme d’autruches flattaient sa fibre animalière. 

Aux portes du «Musée de la corruption» à San Cristobal, au Mexique
Devant l'ancien grand «palais municipal» à San Cristobal au Mexique, tout de blanc vêtu et cintré de planches blanches, une tente et une femme seule. Elle répond aux questions d'un journaliste. Sa parole est déterminée, sans détours, comme celle des voix multiples qui inondent la peinture blanche autour d'elle. 
Les planches servent désormais de support éclatant aux revendications du peuple de «San Cristobal de las Casas», du Chiapas et du Mexique entier. En lettres rouges, bleues ou noires s'étalent les fautes de ceux d'en haut. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a beaucoup à dire justement, et que cela interpelle énormément les passant(e)s. 
Premières revendications : la vente du palais municipal, bien collectif, à des investisseurs privés, en douce, par la municipalité de San Cristobal et l’État du Chiapas. 
Ce n'est que par la parole libérée des ancien(ne)s employé(e)s, licencié(e)s comme des malpropres, que l'affaire s'est ébruitée. Les médias locaux et les habitant(e)s en sont réduits à éplucher les réseaux sociaux pour grapinner la moindre info ou interpeller les élus ! 
En projet, sur la place la plus centrale de la ville, ce palais servirait désormais de «Musée des arts» sans que la population locale n'ait été consultée. 
Celle-ci le surnomme déjà le «Musée de la corruption» ! Juste derrière, dans le parc des Arcades, se dresserait un immense dôme. 
Deuxièmes revendications : la dénonciation de la coalition des mafias locales avec le pouvoir. Cette même municipalité a construit à grands frais un nouveau marché en périphérie de la ville dans sa politique de nettoyage du centre touristique... sauf que, depuis 5 ans, ce nouveau marché est toujours aussi désertique ! Un autre point de revendication, la destruction de la seule zone humide à proximité de San Cristobal, n'était pas présent sur les planches. Une autre affaire de gros sous bien fâcheuse à quelques jours de la Journée internationale de défense des zones humides... Ceci dit, la municipalité faisant repeindre tous les jours l'enceinte, tous les jours de nouveaux slogans sont ré-inscrits, inlassablement. Et la file d'attente pour signer la pétition contre la transformation du palais s'allongent et les informations circulent...
Un jour, peut-être, un musée de la corruption verra le jour en Algérie : y aura beaucoup de choses à y mettre, à y voir et à découvrir… Et pourquoi pas, une fois enfermée, la corruption n’en sortirait plus !
Synthèse Djilali Hadjadj

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