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Culture

Cinéma Cannes couronne le féminisme et la jeunesse avec Julia Ducournau

Publié par R.C
le 19.07.2021 , 11h00
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La lauréate de la Palme d'or de la 74ᵉ édition du Festival de Cannes, Julia Ducournau, a chaleureusement remercié le jury d'avoir «reconnu le besoin avide et viscéral que nous avons d'un monde plus fluide et plus inclusif».
«Merci au jury d'appeler à plus de diversité dans nos expériences au cinéma et dans nos vies et merci aussi au jury de laisser rentrer les monstres», a ajouté la réalisatrice française de 37 ans et grande fan de films d'horreur, en larmes sur scène. 
Le Festival de Cannes a frappé un grand coup en couronnant Julia Ducournau pour une œuvre furieusement contemporaine, Titane, la Française devenant la deuxième réalisatrice de l'histoire du festival à recevoir la Palme d'or. 
Vingt-huit ans après La leçon de Piano de Jane Campion, première réalisatrice primée, le jury présidé par Spike Lee, premier artiste afro-américain à ce poste, vient récompenser la benjamine de la compétition, 37 ans. 
Cannes envoie ainsi un signal majeur dans une industrie qui s'interroge plus que jamais depuis quatre ans sur la place des femmes, et l'égalité entre les genres, dans le sillage de l'affaire Weinstein puis du mouvement #MeToo.
Seules quatre réalisatrices étaient en compétition cette année, pour 24 films au total. Le prix le plus prestigieux, attribué à Titane, récompense un cinéma transgressif et défricheur, empreint de féminisme.
Titane, qui n'est pas destiné à tous les publics, c'était le film le plus violent et trash de la compétition, loin de faire l'unanimité parmi les critiques. Il met en scène une nouvelle venue bluffante, Agathe Rousselle, et l'acteur français Vincent Lindon, en pompier sous stéroïdes.
«Un de mes buts a toujours été d'amener le cinéma de genre ou des films ‘’ovniesques’’ dans des festivals généralistes pour arrêter d'ostraciser un pan de la production française», a déclaré Julia Ducournau pendant le festival. «Le genre permet aussi de parler de l'individu et très profondément de nos peurs et de nos désirs.»
La réalisatrice avait déjà laissé un souvenir mémorable à Cannes avec son premier long-métrage, Grave, une histoire brute de décoffrage d'étudiante en médecine vétérinaire qui devient cannibale, qui lui permettait de devenir la cheffe de file d'un renouveau du film de genre tricolore. 
De l'autre côté de l'Atlantique, elle a été adoubée par un maître de l'épouvante, Night Shyamalan.
Autre signe en direction de la jeunesse, les prix d'interprétation vont également à deux trentenaires. Côté féminin, c'est la Norvégienne Renate Reinsve, 33 ans, qui l'emporte pour sa performance dans Julie en 12 chapitres de Joachim Trier, dans lequel elle incarne une jeune femme en quête d'elle-même.
Le désir, la fidélité, la maternité, la relation aux parents, les différences générationnelles... toutes les questions qui agitent Julie sont explorées dans ce film, à l'aune des grands sujets contemporains : place des femmes dans la société, écologie, invasion numérique.
Côté masculin, le jury a couronné un Américain, Caleb Landry Jones, 31 ans pour sa performance dans Nitram, où il incarne un jeune homme borderline qui s'apprête à commettre l'une des pires tueries de l'histoire de l'Australie. Le film offre une plongée dans la tête du tueur, qu'il incarne magistralement: Martin Bryant, condamné à la perpétuité.
Plus largement, à l'image d'une industrie travaillée par les évolutions sociétales, les films cannois, dans la compétition et au-delà, ont fait souffler un vent frais : malgré seulement quatre réalisatrices en compétition, le féminisme est omniprésent. Des réalisateurs s'en sont emparé, et les relations lesbiennes par exemple ont désormais toute leur place.
Le climat aussi a occupé une place plus importante que jamais, avec une sélection spéciale de films sur l'environnement, allant au-delà du manifeste, comme avec Aïssa Maïga qui s'est connectée à son histoire familiale dans Marcher sur l'eau, pour aborder la question de l'accessibilité de cette ressource. Le sujet reste une grosse question pour le festival, qui a encore du chemin à faire pour continuer de réduire son empreinte écologique. La soirée a aussi été l'occasion de remettre une Palme d'or d'honneur au cinéaste italien Marco Bellocchio, qui après cinq décennies de carrière engagée, n'épargnant ni l'armée ni la religion, qui a présenté un documentaire très personnel, Marx peut attendre.

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