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Culture

La guerre biologique. Aventures françaises d’Étienne Aucouturier Des essais d’armes chimiques français au Sahara algérien ?

Publié par Kader Bakou
le 21.11.2018 , 11h00
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La France a effectué son premier essai nucléaire en Algérie le 13 février 1960 à Reggane, sous le nom de code «La Gerboise bleue». Selon des chercheurs algériens, 17 essais nucléaires au total ont été menés par la France au Sahara, dont 4 à Reggane, entre 1960 et le retrait définitif de l’armée française de cette région en 1967. 

Selon un livre publié dernièrement par un éditeur parisien, la France aurait également effectué des essais d’armes biologiques et chimiques dans une autre région du désert algérien, plus précisément à Béni-Ounif.
La guerre biologique. Aventures françaises, d’Etienne Aucouturier,  paru dernièrement chez Editions Matériologiques (Paris, France), est le premier ouvrage de synthèse sur les programmes de guerre biologique français. Ce programme aurait été, à un certain moment de l’Histoire, étroitement lié à l’Algérie.
«De l’invention des aérosols microbiens avant la Première Guerre mondiale aux derniers essais d’armes chimiques dans le désert algérien, dans les années 1970, après les accords d’Evian, il documente avec précision les recherches scientifiques et  techniques menées en vue d’atteindre ce but de guerre», lit-on dans la présentation du livre en quatrième de couverture. L’auteur inverse l’ordre de l’analyse courant qui dissocie les armes chimiques et biologiques et se focalise sur le but recherché par les militaires : cibler sélectivement le vivant.
Dans la préface de l’ouvrage, Jeanne Guillemin, Senior Advisor, MIT Security Studies Program, rappelle que, après la Seconde Guerre mondiale, «tandis que les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et le Canada poursuivirent leur coopération tripartite de recherche et d’essais d’armes biologiques et chimiques, lancée pendant la guerre, la France suivit son propre chemin indépendamment, en gardant  secrets ses avancées, ses développements et ses essais aériens, tout en cherchant, ces mêmes années d’après-guerre, à acquérir la bombe atomique, ce qu’elle  fit en 1960, accédant ainsi au statut de puissance nucléaire.»
Les essais  en Algérie auraient commencé bien avant : «Dans le cadre de la CEEC — sous la tutelle de laquelle les recherches sur les agressifs biologiques étaient menés —, certains agents chimiques comme la tricholoréthylamine avaient aussi fait l’objet de test ‘‘en obus de 75 culot vissé’’, à Beni-Ounif (à l’ouest de l’Algérie, dans le Sahara) pendant l’hiver 1932-1933. Cette campagne d’essais en Algérie est la première d’une large série d’éssais qui se sont poursuivis jusqu'à la fin des années 1970», écrit Etienne Aucouturier (page 72).
Le 12e et avant-dernier chapitre est intitulé : «Les essais du Sahara et la Sodeteg». Sous le titre  «Le troublant destion de la Sodeteg», Aucouturier écrit aussi : «Concernant la poursuite des essais au centre de B2-Namous, plusieurs articles de presse, du journaliste Vincent Jauvert ou de journalistes marocains et algériens ont  documenté leur poursuite dans les années 1970. Jauvert affirmait en 1998 que ces essais d’armes chimiques ont continué jusqu’en 1978, au-delà du délai accordé dans les clauses secrètes des accords d’Evian. L’autorisation faite par l’Algérie à la France de continuer ces essais se fit, selon lui, en contrepartie d’une coopération militaire et de la formation de militaires algériens aux techniques de la guerre chimique. La base de B2 aurait été détruite en 1978, selon le ministère de la Défense français, et des militaires du génie auraient décontaminé des centaines de kilomètres carrés de terrain dans l’oued Namous» (P. 226).
L’auteur ajoute plus loin et à la même page : «En juin 2009, le quotidien algérien El Watan publiait des témoignages d’habitants de la ville marocaine Figuig, voisine de l’Algérie et du site de B2. Ils demandaient à être indemnisés pour les maladies rares qu’ils avaient contractées et qu’ils corrélaient aux essais français.» 
Jeanne Guillemin fait remarquer dans sa préface : «Sans cet ouvrage important, une grande partie de l’héritage de la France — sur cet usage de la science, son entrelacement organisationnel concernant les armes biologiques et chimiques, ses relations à ses colonies, en particulier l’Algérie, et son estimation de la valeur de ses armes — serait tombée dans les oubliettes de l’histoire.»  
Etienne Aucouturier est docteur en philosophie, historien et philosophe des sciences et des techniques. Ses travaux portent principalement sur les rapports entre guerre et biomédecine. Il a enseigné la philosophie durant trois années  au Collège universitaire français de Saint-Pétersbourg et a, ensuite, été nommé directeur de la Maison française de l’Université du Ghana, pour effectuer une mission de coopération scientifique et universitaire pour le compte du ministère des Affaires étrangères et du Développement international. Aucouturier enseigne actuellement la philosophie et poursuit ses recherches historiques et critiques sur la guerre biologique. 
Kader B.

 

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