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Culture

En librairie / Livre collectif La Révolution du sourire Enfin rêver pour réaliser ses désirs !

Publié par Hocine Tamou
le 25.08.2019 , 11h00
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Cet ouvrage collectif est la première œuvre littéraire du genre à être éditée au lendemain du 22 février 2019. Les dix écrivains qui y sont rassemblés évoquent, chacun avec son talent et sa sensibilité, le mouvement citoyen naissant. Et ils le font avec beaucoup d’amour et de plaisir !
«A quoi servent les livres s’ils ne ramènent pas vers la vie, s’ils ne parviennent pas à nous y faire boire avec plus d’avidité ?», s’interrogeait Henry Miller. Ce que ces auteurs ont en partage, c’est qu’ils se sont aussitôt enthousiasmés et émerveillés. Leur imagination s’est mise à pétiller, leur jeunesse créative leur permettant de voir les choses comme beaucoup ne savent plus les voir depuis longtemps. L’un des participants, Kamel Benchikh, en l’occurrence, écrit à ce sujet : «La Révolution du sourire est un livre polyphonique qui soutient avec force un dessein, celui de l’invention d’une nouvelle démocratie, sans toutefois mettre sous le tapis les questions embarrassante. Pour l’ensemble des écrivains réunis dans ce recueil, il est grand temps de s’affronter aux équivoques et aux impostures qui tétanisent le peuple algérien. Ce que les écrivains ont saisi dans leurs textes, ce n’est pas seulement des fictions, des odyssées, des témoignages inspirés par la Révolution en cours, mais un geste d’amour incommensurable pour l’Algérie. C’est dire à quel point raconter son pays est crucial pour ces écrivains qui expriment l’utopie, le rêve, le fantasme, la soif d’une Algérie enfin habitable par tous ses enfants. Chez tous, l’idéal et la pratique quotidienne ne font qu’un, le combat pour une Algérie libre et l’impossible à atteindre se font écho. Et quel impossible ! Alors que l’Algérie connaît une période traversée par un monumental sourire révolutionnaire, ce livre participe, à sa manière, à véhiculer ce message d’espoir. Il était grand temps ! (quatrième de couverture).» Le champ d’essai qui s’ouvre à ces écrivains s’apparente à une épopée future qui oblige à sortir définitivement du «prêt-à-penser» pour explorer des pistes nouvelles, de nouvelles idées à décrire en images. L’écrivain inventif donne alors à voir un univers imaginatif vertigineux qui transporte le lecteur dans un monde singulier et prophétique. «La fiction, quand elle a de l’efficace, est comme une hallucination naissante» (Bergson). Et c’est parce qu’ils font de la littérature, qui «est à la fois jeu et désespoir» (Franz Kafka), que nos dix écrivains, justement, donnent aux instants les plus ordinaires une profondeur saisissante.
Ils sont donc dix à bousculer le conformisme et à donner à lire des textes aussi imagés que jubilatoires : El-Mahdi Acherchour, Kamel Bencheikh, Hédia Bensahli, Salah Guemriche, Mohamed Kacimi, Amina Mekahli, Saïd Oussad, Mohamed-Anis Saïdoune, Rabeh Sebaa et Lynda-Nawel Tebbani. L’introduction de l’éditrice Sarah Slimani apporte déjà la gouaille nécessaire pour titiller la curiosité du lecteur tout en l’informant.
Sarah Slimani écrit : «Les auteurs qui ont contribué à ce recueil, chacun à sa manière, ont voulu montrer comment un désert peut engendrer un rêve, comment ressusciter un cœur mort de mille morts, comment le ras-le-bol d’un peuple peut se transformer en poème. La Révolution du sourire a ressuscité en nous la volonté de faire et d’écrire notre propre histoire, et c’est à travers de petites histoires, gorgées d’ardeurs et de poésies, que nos auteurs déclament notre Révolution.
(...) Ce livre (...) se veut la fable de notre révélation à nous-mêmes. Il tente d’écrire cet élan vers nous-mêmes, ces retrouvailles avec nos rêves les plus solitaires, que nos sourires révolutionnaires ont rendus inopinément possibles.»
Et qui mieux que El-Mahdi Acherchour pour faire vite entrer le lecteur dans le rêve, emplissant son âme d’exaltation et d’angoisse partagées, maintenant que le but de l’interminable errance semble enfin connu ? «Si les coureurs de fond, les signes du temps, les avant-coureurs, ces mille nuits d’esprit à portée de main meurent en éclats distants, à présent, c’est pour qu’il fasse jour de nouveau, et qu’ils deviennent, un jour ou l’autre, des esprits libres partout, comme on dit à présent, des siècles de lumière partout», chante le poète dans «Lounès, le testament», un texte rhapsodique pour rappeler les droits naturels, inaliénables et sacrés de l’homme. La musique, le chant ! Ils sont également au rendez-vous dans le texte de Kamel Bencheikh : «Nous l’appellerons Sylmia...» C’est l’histoire de cinq musiciens sétifiens qui «se connaissent depuis la classe de 6e au lycée Kérouani», et leur orchestre «ne connaît pas le chômage». Au cours de leurs pérégrinations, les cinq lascars font la rencontre de Houria, une jeune femme que Malik, le Casanova du groupe, a tôt fait de séduire au cours d’un concert. Depuis la fin de l’année 2018, Houria «resta accrochée aux chaussures de Malik», ne quittant plus l’orchestre durant des semaines.
«Ce soir du vendredi 22 février 2019, où la colère des Algériens est apparue sur les écrans de toutes les télévisions du monde, les cinq acolytes animèrent une soirée à Kherrata (...). L’orchestre termina son répertoire par Algérie mon amour, la belle chanson de Baâziz (...)». C’est à ce moment que Houria se mit à hurler : «Je suis enceinte ! Enceinte...»
Cette histoire est une parabole sur la vie, sur l’amour et sur l’espoir qui renaît. Hédia Bensahli («le murmure»), Amina Mekahli («Sylmia, la petite orpheline et le drapeau»), Saïd Oussad («Le mur») et Mohamed-Anis Saïdoun («Le baiser d’Alger») donnent eux aussi à lire des histoires qui respirent la poésie, où les figures allégoriques, les personnifications et les symboles sont mises au premier plan pour que le lecteur assimile rapidement le message. Morale de la fable (quand il y en a une), par exemple dans le texte de Saïd Oussad : «Le peuple a compris que le Mur n’était qu’une illusion, qu’il n’existait finalement que dans la tête de ceux qui y croyaient, qui en avaient peur.»
La contribution de Salah Guemriche, La Fiction au secours de l’Histoir ?, a ceci de singulier qu’elle transporte le lecteur dans un monde prophétique tout en renouant le fil de l’Histoire et en remontant à l’origine du «système» tant décrié. En fait, le texte contient les trois derniers chapitres du roman Un été sans juillet - Algérie 1962 (éditions Perrin, 2004; éditions Frantz-Fanon, 2017). Où le lecteur (re) découvre que «la chronologie des événements, traités dans ce roman, n’est pas toujours celle de l’historien». C’était à dessein, «comme si le narrateur avait voulu concentrer sur quatre mois tout le tragique qui mine le pays depuis quatre décennies». Dans ce roman qui se situe dans les premiers mois de l’indépendance, Salah Guemriche «a réuni tous les Présidents qu’allait connaître l’Algérie, de Ben Bella à Bouteflika !», par un «jour de meeting à Guelma». Le lecteur aura plaisir à savourer cette histoire réussie, car originale, pertinente, percutante. Avec cet humour fin et corrosif, en prime. L’humour sublime qui libère, oxygène et élève la pensée. La morale de cette «fable» ?
«Il ne restera de l’oued que ses galets» est la seule réalité, a probablement voulu dire l’auteur. Autre texte étourdissant, celui de Mohamed Kacimi qui, par le principe de l’identification, prend mentalement l’identité de Bouteflika, de façon à s’identifier, par anthropomorphisme, complètement à lui. L’identification devient alors un monologue où le sujet parle seul et pense tout haut, pour lui seul. Le monologue du Président est relevé avec des formules imagées et fortes, il donne de l’information, surtout il sonne juste et vrai car le langage est naturel.
Enfin, Les pas du destin (c’est le titre de sa contribution) ont mené Rabeh Sebaa dans ce quartier d’Oran qui s’appelle... La marche ! «Dans la tête de Hasni, une cohorte de questions se mit à gambader. Lui qui a toujours prétendu connaître sa ville, il ne connaît pas La Marche. Ce quartier qui s’appelle La Marche. (...) C’est à ce moment que le chauffeur de taxi lui asséna d’un ton péremptoire : «C’est ici Gambetta, c’est ici l’adresse que tu m’as donnée, Hasni!» Pendant ce temps, à Paris, «le plectre de l’exil en chemin levé sur les cordes de l’espoir d’un retour espéré ne cesse de tarauder celui qui continue à marcher, de quai en quai, de page en page. Tourner l’exil d’une littérature pour mieux en libérer les sillages» (Lynda-Nawel Tebbani, texte intitulé En boucle, ou comment j’ai appris à respirer).
Hocine Tamou
Livre collectif La Révolution du sourire,
éditions Frantz-Fanon, Tizi-Ouzou 2019,
202 pages, 600 DA.

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