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Culture

Le phénomène La Casa de Papel Duel entre soap et série politique

Publié par Sarah Haidar
le 11.09.2018 , 11h00
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La Casa de Papel (La maison de papier) est une série espagnole rachetée par Netflix qui devient très vite un buzz planétaire : ces braqueurs humanistes qui tentent le hold-up le plus audacieux de l’histoire ont conquis le cœur des téléspectateurs. Mais qu’en est-il du fond et de la forme ?
Répartie en deux saisons sorties respectivement en décembre 2017 et avril 2018, la série-phénomène mise en avant par le géant Netflix a réussi à s’adjuger la plus éclatante des consécrations : celle du public. 
D’abord, le pari de La Casa de Papel est loin d’être anodin : relater en quinze heures un braquage interminable. Ensuite, le propos de la série ne laisse personne indifférent : ne voler les économies de personne mais imprimer ses propres billets et partir avec un milliard d’euros.
Enfin, cette galerie de personnages tout à fait passionnants qui échappent tenacement au manichéisme et parviennent à séduire malgré (ou grâce à) leur statut de hors-la-loi. 
Ces trois ingrédients ont donc suffi à faire de La Casa de Papel une série qui non seulement déconstruit nos rapports à la loi mais interroge également le subconscient populaire sur des questions aussi fondamentales que la résistance, l’argent, les forces de l’ordre, etc. C’est l’histoire d’El Professor, génie du crime, homme sensible rescapé d’une enfance passée sur un lit d’hôpital, qui organise le braquage le plus époustouflant de tous les temps : pénétrer dans la Fabrique nationale de la monnaie et du timbre et sortir, au bout de quelques jours, avec un butin d’un milliard d’euros. Pour ce faire, il réunit autour de lui une dream-team de «criminels» qui prennent des noms de villes : Tokyo, une écorchée-vive fana des armes ; Nairobi la faussaire orfèvre des faux-billets ; Berlin le braqueur en col blanc ; Moscou un as du perçage des tunnels souterrains ; son fils Denver, petit délinquant un peu bête ; Rio, le pirate informatique ; et les frères Helsinki et Oslo, deux anciens mercenaires.
Tous grimés en Salvador Dali mais non sans rappeler le masque des Anonymous, les joyeux drilles prennent en otage 67 personnes et narguent les forces de police, notamment l’inspectrice Murillo dont le cerveau des opérations tombera peu à peu amoureux. Les braqueurs se donnent dix jours pour imprimer une somme astronomique, avec un code moral strict dont la première règle est de ne tuer ni blesser personne. 
Rebondissements, adrénaline, narration effrénée, construction nuancée des personnages, inversion des camps du «bien» et du «mal», font de cette série un véritable pavé dans la mare des productions lisses et moralisatrices. 
Bercée par la chanson antifasciste italienne «Bella Ciao», cette bande de voleurs humanistes se considèrent comme des résistants à l’ordre établi et au pouvoir de l’argent. Désabusés, malmenés par la vie, opprimés par le système, meurtris par les inégalités sociales, ils décident de donner un bon coup de pied dans le derrière de l’Etat tout en s’attirant la sympathie de l’opinion publique (et des téléspectateurs). Mais si Alex Pina, le créateur de La Casa de Papel, réussit à poser avec force la question de la légitimité des lois et pratiques répressives des gouvernants (y compris ceux dits «démocratiques»), il ne parvient pas pour autant à échapper aux codes d’une production commerciale avec son lot de mélodrames, de taux lacrymal exagéré, de musique souvent racoleuse et d’amourettes franchement ridicules. 
En outre, les dialogues anémiés, quasi bâclés et sans le moindre relief viennent gâter notre plaisir de regarder une série qui aurait pu pousser l’audace et la créativité à une plus haute exigence artistique. On retiendra néanmoins quelques fulgurances à l’instar de la fusillade entre les braqueurs et la police au rythme de «Bella ciao» où l’on comprend aisément le parti-pris de la série et où l’on devine qui des deux est le véritable fasciste. Il y a aussi cette scène où le Professeur interroge l’inspectrice sur les raisons qui la poussent à défendre le système financier : «Trois années de suite, cette même fabrique a imprimé des milliards pour sauver les banques. Pourquoi serait-ce légal ? Et pourquoi notre action est-elle illégale ?».
 Enfin, le clin d’œil au mouvement des Indignés né en Espagne en 2011 ne laisse plus aucun doute sur les intentions politiques de la série.  
S. H.  

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