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Culture

Édition La plus haute réfutation du wahhabisme…

Publié par Kader Bakou
le 10.02.2019 , 11h00
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Mort en 1793, Cheikh Sulaymân ibn ‘Abd al-Wahhâb n’est autre que le frère de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb, le père fondateur de la secte extrémiste wahhabite. Il est l’auteur d’un foudroyant réquisitoire contre le mouvement séditieux créé par son frère cadet. Le livre, qui s’intitule «Hujjat Fasl al-Khitâb», — également connu sous le titre d’«As-sawâ‘iq al-ilâhiyyah fî ’r-radd ‘alâ ’l-wahhâbiyyah» (Les Foudres divines : réfutation du wahhabisme) —, a été (ré) édité par les éditions Librairie de philosophie et de soufisme d’Alger. 
Il y a quelques années paraissait aux éditions Librairie de philosophie et de soufisme un pamphlet de style traditionnel sur la secte wahhabite, intitulé «An-Nafhah az-zakiyyah fî ’r-radd ‘alâ ’l-wahhâbiyyah» (Réfutation du wahhabisme), une vigoureuse épître polémique due au cheikh ‘Abd al-Qâdir al-Iskandarânî, un éminent savant théologien syrien d’origine alexandrine. Le même éditeur algérois nous donne aujourd’hui à lire, toujours sur le même thème, un ouvrage autrement plus fondamental et plus parlant dans la réfutation des dérives idéologiques et politiques criminelles de la secte, sous la plume du propre frère aîné du fondateur du wahhabisme, le cheikh Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb (mort en 1208 de l’Hégire, 1793 J.-C.). 
L’ouvrage porte le titre de «Hujjat Fasl al-Khitâb». Il est également connu sous titre plus percutant de «As-sawâ‘iq al-ilâhiyyah fî ’r-radd ‘alâ ’l-wahhâbiyyah» (Les foudres divines réfutant le wahhabisme).
Sept ans après que les germes empoisonnés de la sédition wahhabite eurent pris racine dans la péninsule arabique, son frère aîné Sulaymân – beaucoup plus docte et plus qualifié que lui en matière de science religieuse – décida de réagir et de dénoncer sans ménagements les errements de son cadet. 
Le livre de Sulaymân est un accablant réquisitoire contre la secte. Et ce n’est pas un hasard si un historien wahhabite comme Abû ‘Ubaydah Machhoûr inscrit l’ouvrage sur la liste noire des livres jugés dangereux et mis à l’index par les éminences grises du clergé wahhabite : «Ce livre, se lamente cet auteur, eut un grand effet négatif. Par sa faute, les gens de la bourgade de Huraymalah renièrent la foi wahhabite.» Il ajoute que le pamphlet du frère de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb avait par ailleurs causé un grand émoi et semé de sérieux doutes idéologiques au sein même de la  communauté des théologiens acquis à la cause de la secte à al-‘Uyaynah même, ville natale du fondateur du wahhabisme… En réalité, les membres de l’establishment wahhabite ne savent plus sur quel pied danser à propos de ce livre dont le contenu est particulièrement gênant pour les doctrines extrémistes et rétrogrades qu’ils professent, qu’il bat en brèche et dont il dénonce la fausseté flagrante et les arguments fondamentalement spécieux qu’il déploie dans le seul but d’anathématiser « tous les musulmans ayant vécu au cours des six derniers siècles avant son arrivée»… Les réactions des wahhabites vis-à-vis de ce pamphlet balancent en général entre deux attitudes : le tenir pour un apocryphe pur et simple et on nie carrément qu’un tel livre  ait pu exister, même si — ironie du sort ! — le manuscrit le plus authentique et le plus sûr de l’ouvrage se trouve aujourd’hui hermétiquement conservé à Riyad, le très riche fonds documentaire de la bibliothèque de l’université du roi Sa‘ûd, bien que les mesures de censure en font désormais un document non consultable, hors de la portée des chercheurs trop curieux… ! Ou bien alors, on se dédouane lestement en avouant que si ce livre «malheureux» a bel et bien été écrit  par le propre frère de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb, mais que son auteur a fini par renier son pamphlet, pour se repentir de ses errements et de son hostilité aux «saines doctrines» de son jeune frère Muhammad et  qu’il est devenu un «bon et brave» wahhabite. Ce désinvolte happy end historique clôt, selon eux, le problème de Sulaymân ibn ‘Abd al-Wahhâb. Mais, en fait, les wahhabites d’aujourd’hui ont vraiment un sacré gros problème avec les sources les plus parlantes de l’histoire de leur secte. En résumé, au cours de l’an 1190 de l’Hégire (1777), Sulaymân ibn‘Abd al-Wahhâb sera contraint par l’émir ‘Abd al-‘Azîz ibn Muhammad à aller vivre en résidence forcée à ad-Dir‘iyyah, dans le proche voisinage de son frère et ennemi Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb. Ainsi neutralisé et réduit au silence, étroitement surveillé par les gardes et espions wahhabites, il était totalement impuissant et sans voix face à la montée désormais irrésistible du wahhabisme et du clan des Âl Sa‘ûd victorieux dans toute l’Arabie.
Homme pieux et honorable, juriste et théologien hanbalite hautement qualifié, jouissant de l’estime de ses compatriotes, le cheikh Sulaymân ibn ‘Abd al-Wahhâb avait aussi assumé la charge de magistrat (qâdî), durant une trentaine d’années. Sa mort est survenue en 1208/1793. Son pamphlet est écrit à la manière des anciens littérateurs traditionnels nourris essentiellement de Coran, de hadith et des grands traités du droit musulman (fiqh), le tout agencé de manière à déconstruire la totalité de l’argumentaire mesquin qui a servi à jeter l’anathème (takfîr) autant sur les ash‘arites que sur les autres écoles théologiques musulmanes et à prononcer l’excommunication de tous les musulmans non wahhabites. Outre cela, les autorités religieuses auxquelles il adosse la réfutation des agissements de son frère Muhammad ne sont pas étrangères à l’école juridique (le hanbalisme) et théologique (le salafisme) dont son frère cadet se réclame : il s’agit notamment de Ahmad ibn Taymiyyah et de Ibn Qayyim al-Djawziyyah, qui sont, en effet, les plus éminents savants théologiens dont la secte tire sa doctrine, et dont notre auteur donne une lecture «orthodoxe» et conforme aux règles générales hiérarchiques de l’herméneutique légale de leur ambivalentes et étonnamment contradictoires assertions. Refusant la reproduction moutonnière des vieilles éditions, souvent fautives, lacunaires et mal soignées de l’ouvrage — aujourd’hui franchement introuvables, à cause, on s’en doute bien, de la systématique censure wahhabite —, Abdallah Khadraoui a préféré la voie la moins facile pour un chercheur, celle qui consiste à traquer les sources rares et inaccessibles, afin d’en faire le plus grand profit. Tâche très ardue, s’il en est. À cet égard, dans son livre-enquête sur le wahhabisme (Le pacte de Nadjd, Seuil, Paris, 2007), le Tunisien Hamadi Redissi fait — pour sa part — état de la «collecte particulièrement compliquée de l’information» à laquelle il avait dû faire face au cours des recherches documentaires qu’il avait entreprises pour la rédaction de son livre. «Pour des raisons mal connues, observe cet auteur, les sources arabes critiques sur le wahhabisme sont éparpillées ou non disponibles, comme si une main invisible travaillait à les retirer du domaine public.»
Le brûlot de Sulaymân ibn ‘Abd al-Wahhâb est un grand coup donné dans la fourmilière salafo-wahhabite. Par son exhumation de ce vieux texte, Abdallah Khadraoui met à la disposition du lecteur de langue arabe un excellent et très consciencieux  travail d’établissement du texte, avec comparaison des divers manuscrits disponibles et des éditions précédentes, correction des coquilles, annotations, index divers, en plus de la présentation de l’ouvrage, de son auteur et des circonstances historiques qui ont vu la naissance et l’expansion du wahhabisme dans la péninsule arabique… Des fac-similés de pages des manuscrits utilisés figurent également à titre illustratif dans le livre.
L’éditeur devrait peut-être songer à une traduction-adaptation française de cet ouvrage capital.
Kader B.

(*) Hudjdjat Fasl al-Khitâb fî ibtâl madhhab Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb. Texte établi, préfacé et annoté par le professeur Abdallah Khadraoui. Éditions de la Librairie de philosophie et de soufisme, Alger. 288 pages. Prix : 1 250 DA.

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