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Culture

«CHRONIQUE D’UNE DÉCHIRURE» AUX ATELIERS SAUVAGES Les beautés saignantes

Publié par Sarah Haidar
le 15.10.2018 , 11h00
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Les artistes plasticiens Mouna Bennamani et Mahmoud Agraine exposent jusqu’au 17 octobre aux Ateliers sauvages. Création débridée, questionnement brûlant sur les accointances du beau et de la douleur, «Chronique d’une déchirure» propose une transgression audacieuse des limites du regard.
Poétiser les fractures, physiques, morales, mentales ; donner corps à une douleur sourde et abstraite, jusqu’à la rendre aussi palpable qu’un objet, aussi volubile qu’un long discours. Mouna Bennamani jette son dévolu sur un support anodin, voire trivial : le papier. Tandis que Mahmoud Agraine choisit de malmener la photographie dont il démultiplie les possibilités visuelles et plastiques. Mahmoud avait un tout autre projet pour cette résidence mais, durant son séjour aux Ateliers sauvages, il fait une rencontre décisive : Abdelkader Naït Djoudi, un personnage christique, dont le récit d’une vie faite de chutes, de blessures et de cruauté guidera le regard de l’artiste sur une incarnation possible de la déchirure. Abdelkader est un ancien chef-monteur à l’ENTV qui se réfugie au Canada dans les années 1990 après les multiples menaces de mort des groupes islamistes. Huit ans plus tard, il revient en Algérie, terrassé par un AVC, abandonné par sa famille professionnelle, démuni et seul. Depuis, il erre dans les rues d’Alger et raconte son histoire à qui veut bien l’entendre ; son art de la narration et sa dignité plongent l’auditeur dans une double tristesse : le souvenir des années de sang et le sort réservé aux victimes survivantes des intégristes. Mahmoud Agraine, lui, a pu traduire les béances incurables de cette blessure à travers une série de portraits en fragments, en éclats et en débris : métaphore multidimensionnelle d’une vie abimée. Le visage de Abdelkader, toujours prêt à se distordre au gré des émotions, s’offre ainsi au regard du visiteur comme une fresque déchirée, un drame anonyme devenu soudain la personnification même de la tragédie algérienne. Et paradoxalement, ce visage marqué et lacéré par l’empreinte du temps et de la souffrance, n’est pas avare de beautés et va même jusqu’à introduire le spectateur dans un labyrinthe de verre et de lumière où il pourrait retrouver ses propres blessures. Pour sa part, Mouna Bennamani creuse ses sillons et ses plaies dans la chair d’un papier blanc dont les nombreuses couches superposées dévoilent tantôt une esquisse de visage, tantôt un fragment de corps ou une illusion d’un tunnel infini. L’artiste sculpte littéralement son matériau et lui confère une «corporalité» déroutante jurant avec l’esthétique de la ruine et du démembrement qui suinte de l’ensemble du travail. La plasticienne offre ainsi une seconde vie aux choses et aux êtres brisés en les sublimant au cœur même de leur défaite.
Sarah H.

 

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