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Culture

Théâtre L'homme qui dévorait les colombes, exploration de l'impunité au Chili

Publié par R.C
le 16.06.2021 , 11h00
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Après des années d'investigation dans les quartiers de Santiago, le metteur en scène chilien Cristian Flores Rebolledo sonde, dans une création à Montpellier, la violence et l'impunité dans un pays durablement marqué par la dictature (1973-1990) d'Augusto Pinochet.
Présentée vendredi en première mondiale à Montpellier, en espagnol surtitré en français lors du festival du Printemps des comédiens, El hombre que devoraba las palomas (L'homme qui dévorait les colombes) est basé sur un fait bien réel: la mort sous les balles d'une milice, après le retour de la démocratie, d'un jeune homme de 17 ans, Rodrigo Briones Ortiz le 12 octobre 1992.
Dans le troisième volet de sa trilogie Justice, utopies et militantismes, le dramaturge de 38 ans et sa troupe Los Barbudos (Les Barbus) «abordent la question de la justice et surtout des cas d'impunité qui se sont produits en pleine démocratie, ce qui relevait d'une continuité de la violence d'État sur les citoyens entre la période de la dictature et la démocratie», explique-t-il. La pièce, fruit d'une résidence au théâtre montpelliérain de la Vignette, met en scène la rencontre de deux solitudes dans un refuge improbable et fragile, un château d'eau fissuré dans lequel Arturo tente en vain de capturer des colombes pour calmer sa faim. Après avoir fui la prison et la torture, cet homme brisé, qui a été témoin de la mort du jeune Rodrigo, décide de devenir par vengeance «un assassin d'assassins».
Il voit surgir comme dans un rêve Alicia, une femme sans âge qui vit dans le déni de la violence de la société qui l'entoure. L'accent est mis sur le jeu des acteurs — les Chiliens Carla Casali Escudero et Claudio Riveros Arellano — qui semblent tournés vers la lutte contre un silence et des non-dits écrasants.  Dans ce monde dominé par l'arbitraire, «nous sommes seuls, nous n'avons personne à qui parler», se désespère Alicia. Le dialogue qu’elle noue avec Arturo est pourtant un début de libération.
Titulaire d’une maîtrise en théâtre et arts de la scène de l'université du Chili, Cristian Flores Rebolledo est né, s'est construit et a découvert le théâtre dans le quartier populaire de La Victoria, à Santiago, connu pour avoir été un foyer de contestation politique et sociale, notamment sous la dictature.

Théâtre politique et populaire
Il y a puisé sa démarche artistique, un théâtre «populaire et politique», mélangeant enquêtes, documentaires et fiction.
Déjà invité à la Vignette en 2017 pour Yo maté à Pinochet (J'ai tué Pinochet), dans lequel il explorait les plaies béantes de son pays, le dramaturge présente également ce week-end à Montpellier le second volet de la trilogie, un pais sin duelo (Un pays sans deuil).
Il y évoque les silences et les blessures de trois générations de femmes d'une même famille face à la torture et plus précisément aux sévices sexuels.
Augusto Pinochet est mort au Chili en 2006 sans avoir été jugé pour les crimes de son régime, qui a fait plus de 3 200 morts et 38 000 personnes torturées.
À travers un théâtre ancré dans la réalité des classes populaires, dans un pays marqué par de profondes inégalités sociales, le metteur en scène, qui réside actuellement à Berlin, explore «les conséquences de la dictature et la nature de la transition vers la démocratie».
«Nous revenons vers le passé parce que cela nous intéresse de porter un nouveau regard et de poser de nouvelles questions sur cette période en rapport avec la réalité d'aujourd'hui.»

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