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Culture

Frères ennemis projeté au FICA Quand l’empathie l’emporte sur les clichés

Publié par Sarah Haidar
le 08.12.2018 , 11h00
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Le long-métrage policier de David Oelhoffen Frères ennemis a été projeté mercredi soir à la salle Ibn Zeydoun en présence des acteurs Réda Kateb et Ahmed Benaïssa. Ce polar qui mêle codes du genre et thématiques de banlieue tient le spectateur en haleine même s’il ne rompt pas avec un certain classicisme. 
Réda Kateb incarne le rôle de Driss fraîchement muté à la brigade des stups, ce qui l’oblige à revenir vers cette proche banlieue parisienne où il a grandi et où il est désormais considéré comme un traître. Ses amis d’enfance, Imrane (Adel Bencherif) et Emmanuel (Mathias Schoenaerts) sont à la tête d’un trafic de drogue pour le compte d’un parrain à l’ancienne (Ahmed Benaïssa). 
Lorsque Imrane, forcé par Driss à travailler comme indic, est assassiné dans des conditions mystérieuses, les fragiles équilibres de cette banlieue déshéritée commencent à flancher : Driss et Emmanuel doivent alors concilier entre leurs choix de vie antagoniques et une solide amitié, de celles que forgent la misère et les valeurs partagées de respect et d’honneur. Construit autour d’une double enquête sur la mort d’Imrane, Frères ennemis donne surtout à voir la psychologie intime de deux personnages complexes et inaccessibles aux clichés. 
Si Réda Kateb, déjà consacré par une fulgurante carrière malgré une certaine redondance dans le type de personnages qu’il incarne, ne surprend que rarement, Mathias Schoenaerts nous bouleverse par une intensité de jeu et une générosité à toute épreuve. Remarquablement nuancé et refusant toute tendance manichéenne, David Oelhoffen parvient à signer un film sobre, loin des excès de testostérone et des stéréotypes collés au genre. Aux pics d’adrénaline, il préfère l’élaboration autrement plus complexe d’une intériorité tourmentée où le spectateur accompagne des personnages libérés de toute caricature, portant cette ambiguïté salvatrice pour le cinéma qui, au lieu de dicter ce qu’il faut penser des gangsters et des flics, cultive le questionnement et l’empathie. 
Frères ennemis reste, néanmoins, assez classique dans sa dramaturgie et sa mise en scène ; les impératifs de suspense et de rebondissements parfois prévisibles prenant le dessus sur toute velléité de réinvention du genre. Mais il n’en demeure pas moins que le réalisateur s’accorde la liberté d’insinuer dans cette structure conventionnelle une réflexion peu conformiste sur l’univers des banlieues (ce monde fluctuant et viscéralement contradictoire), la psychologie labyrinthique et infiniment riche de personnages souvent vidés de leur âme par ailleurs (le policier refusant la cape du justicier héroïque et le gangster délesté de son costume de brute épaisse), et surtout le rejet de tout moralisme ou condescendance et le respect de cette précieuse liberté du cinéma à ne pas fournir de réponses faciles sur des questions aussi brûlantes que le banditisme et la jeunesse banlieusarde. 
S. H.  

 

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