Rubrique
Culture

CRIS DE DOULEURS DES PROFONDEURS DU RHUMEL DE ABDELMADJID SANA Quand un témoignage sérieux attire l’œil de l’Histoire

Publié par Hocine Tamou
le 15.11.2018 , 11h00
626 lectures

Qui mieux qu’un homme patriote et honorable, pour faire chorus à une histoire tumultueuse, complexe et qui n’a pas fini de livrer ses enseignements, ses leçons, ses secrets ? Une histoire qui, aujourd’hui, a besoin de lointain comme la perspective. Pour bien expliquer, dire des vérités vraisemblables afin de comprendre le présent.

Dans un ouvrage mémoriel bien structuré et très riche en informations, Abdelmadjid Sana livre un précieux témoignage qui s’inscrit dans une telle exigence d’éveil et de formation de l’esprit par la connaissance historique. Ce récit mémoriel englobe plusieurs périodes historiques, depuis la fin des années 1930 jusqu’aux temps actuels, en particulier les séquences de la guerre d’indépendance et de l’Etat-nation que l’auteur a vécues en tant qu’acteur et témoin. Car, pour lui, «l’identité historique (...) va au-delà de la saga d’une seule génération, aussi exceptionnelle fut-elle» (avant-propos), alors même que la mémoire individuelle constitue, elle, un élément militant et moteur d’une mémoire collective qu’il ne faut pas trahir. Aussi son témoignage garde un caractère intime, personnel, tirant sa force de la charge émotionnelle qu’il véhicule, des sentiments qu’il mobilise, tout en restituant les faits historiques le plus objectivement possible et avec une vision critique. «C’est pourquoi, lorsqu’il s’agit de considérer notre histoire récente, riche et complexe à la fois, je m’explique tel que vous me lisez, avec tant de peine, tant de douleur et de malaise. A mes yeux, notre histoire est ‘’un long Rhumel d’oublis et d’échos de douleurs qui retentissent dans ses profondeurs’’. Elle est un fleuve qui plonge son cours, telle une jugulaire au cœur de l’antique Numidie», explique l’auteur dans l’avant-propos. Son livre se veut donc un cri du cœur et un cri de révolte contre l’oubli, l’indifférence, le négationnisme. Un exemple parmi d’autres : «La participation de la femme algérienne à la lutte de Libération nationale a souvent été relativisée, voire minimisée, alors que son courage et son engagement ont été réels, que ce soit aux côtés des maquisards ou dans l’organisation civile, au point de s’interroger sur le devenir de l’Histoire, et notamment sur la manière de la raconter et de la transmettre aux générations futures.» 
L’introduction aux quatre chapitres qui vont suivre est admirable de lucidité, de franchise et de sereine objectivité. L’’auteur revient notamment sur les «faussaires» de l’Histoire, dont ceux qui «se sont érigés en détenteurs de la ‘‘vérité’’» (parmi eux, «plusieurs auteurs et responsables, au plus haut sommet de l’Etat» ont publié leurs mémoires surtout pour régler des comptes et pour alimenter la polémique). Pendant ce temps, la jeunesse d’aujourd’hui veut affirmer «son autonomie, non plus communautaire mais individuelle cette fois-ci». Abdelmadjid Sana insiste sur la nécessité d’une écriture de l’Histoire «libérée des prétentions partisanes» et sur le combat qu’il faut mener contre l’oubli, l’atonie actuelle ayant sa source dans «le système de conformisme et de stérilité morale qui a suivi l’indépendance». Dans le même avant-propos, le combat contre l’oubli c’est aussi «la profonde reconnaissance et gratitude envers ces étrangers amis de l’Algérie et de son peuple qui, au péril de leur vie, ont fait le choix de soutenir les résistants, les combattants, au nom de la liberté et de la dignité humaine». Parmi eux, Nils Andersson, le préfacier du livre, lui qui «a publié un nombre considérable d’œuvres sur la question algérienne et dont l’impact international a été retentissant». Nils Andersson qui écrit dans sa présentation : «Ce Cri de douleurs des profondeurs du Rhumel  dans ce qui fut, avec celle d’Indochine, la plus grande guerre de Libération nationale, fait vivre cet ‘’héroïsme des petites actions’’ et la ‘’dignité retrouvée’’ avec l’indépendance. Il nous fait entendre le chemin parcouru par l’enfant de Sidi Mabrouk, devenu militant FLN puis diplomate dans l’Algérie indépendante. Il décrit la volonté de Mourad de servir, à chaque étape, son pays, sa fidélité au sacrifice de leur vie de centaines de milliers d’Algériens.» 
Le livre raconte un vécu, l’histoire d’une vie. Mourad s’est engagé très jeune dans le combat libérateur. Après l’indépendance, il s’est mis au service de l’édification du pays et a vécu, cette fois-ci, «les péripéties d’une carrière» (chapitre quatrième). Nils Andersson fait remarquer, à propos de la situation paradoxale dans laquelle se retrouve Mourad : «Le pays est à construire, tout semble possible, sauf que l’Algérie ne peut échapper à une double logique, propre à d’autres révolutions : la fraternité de la lutte se morcelle, s’effrite, se dissout naturellement avec la fin des périls ; les ambitions, le pouvoir, l’argent, des rapports claniques, gangrènent les personnes. Les hommes et les femmes qui émergent dans la lutte et les épreuves sont rarement les mêmes que ceux qui excellent dans les carrières. Mourad s’est heurté à cette réalité.» Parce que Mourad est un pur, un homme irréprochable, sans mélange ni concession. L’homme est resté sincère après 1962, c’est-à-dire disposé à reconnaître la vérité et à faire connaître ce qu’il pense et sent réellement. Et c’est pourquoi son témoignage, du début jusqu’à la fin, reste empreint de ces trois qualités qui ont quelque chose en soi  de noble et d’héroïque. Ces valeurs humaines, ce sont la bonne foi, la franchise et la loyauté. Le témoignage d’un brave et honnête homme (qui a aussi des idées), dans lequel se reconnaîtront tous les lecteurs hostiles à toute concession à se tromper soi-même ou à tromper les autres. Les jeunes Algériens d’aujourd’hui — en particulier ceux parmi lesquels «sommeille la graine d’une élite prométhéenne, des ‘‘voleurs de feu’’ qui ne reconnaissent aucune limite à la liberté, aucune frontière à leur imaginaire» (avant-propos) — pourront ainsi s’associer spontanément au texte qu’il ont sous les yeux, d’autant que l’auteur a nettement privilégié l’intérêt humain du message à transmettre.
Ce récit authentique est écrit à la troisième personne et il a pour personnage central Mourad, «l’un des nombreux pseudonymes utilisés durant la guerre de Libération nationale». Autre précision : «Il tient à garder l’anonymat par respect aux martyrs, car cette histoire n’est pas seulement la sienne mais celle de ses compagnons disparus et de tout un peuple. A mes yeux, ce parcours n’a d’intérêt que parce qu’il tente de mettre en exergue, au-delà de l’existence d’un seul individu, et notamment de la mienne, le vécu militant de toute une génération qui a pris son destin en main.» En l’occurrence, le narrateur commence par raconter «Le destin» (titre du chapitre premier) de Mourad depuis sa naissance, en janvier 1937, à Sidi Mabrouk, jusqu’à «L’adieu à Constantine» en 1958 et «Le chemin de l’exil» (chapitre deuxième). Mourad a naturellement reçu la double empreinte de la famille et de la cité constantinoise durant son enfance et son adolescence. Il s’agit là de la première étape, incontournable, de son parcours. C’est cette étape qui permet au lecteur de comprendre pourquoi et comment une séquence historique très particulière va façonner des hommes sûrs, intelligents et déterminés à écrire l’histoire d’un peuple libre. Pour Abdelmadjid Sana, c’est l’occasion d’utiliser ses talents de conteur et de mémorialiste pour raconter le petit village de Sidi Mabrouk, mais surtout Constantine et sa très vieille histoire, son riche patrimoine, les hommes et les femmes qui y ont laissé des marques profondes et durables. Retour aussi sur tout ce qui est important comme repères, évènements, dates, contexte, environnement dans cette Algérie sous domination coloniale avant l’annonce de la guerre de Libération. Mourad «a quitté l’école, en y laissant sa peau, comme un reptile terrien sortant de lui-même, dans la crispation douloureuse de la première mue». L’adolescent va connaître «l’épreuve de la maturité», il est «entraîné par son impatience d’homme ‘‘allant vers sa vie’’, comme disaient les adultes». Tel un chat qui retombe sur ses pattes, il prend en main son destin. Le garçon s’affirme précoce et responsable.
Le déclenchement de la guerre de Libération nationale le surprend «à un âge qui lui permettait enfin d’échafauder des plans pour le futur». Mais autour de lui «la résistance s’organisait ; il fallait y prendre part». L’auteur fait le récit détaillé et complet de l’engagement de Mourad dans le mouvement de libération, notamment la prise de contact avec les combattants, son parrainage puis son recrutement, sa première mission (dépôt de matériel à Aouinet El Foul), les réseaux de planques et de refuges... En cette année 1955, Mourad fait ses débuts de militant actif au sein de l’OCFLN (Organisation civile du Front de libération nationale). Intermède au camp de Habbacha où il rencontre des maquisards.
Mourad va tenir un rôle important dans la mise en place d’une nouvelle organisation, de nouvelles structures (pour les refuges, l’acheminement de médicaments, armes et munitions, denrées). La rencontre avec Messaoud Boudjeriou (dit «El Kabrane»), l’un des chefs politico-militaires de la région, a eu  lieu à cet effet. A partir de l’année 1956, la répression s’intensifie. Année terrible qui s’achève avec un lourd bilan de morts. Le lecteur est entraîné «au cœur de la guerre urbaine». Après les évènements sanglants du 12 mai 1956, les relations intercommunautaires, notamment celles entre les communautés juive et musulmane, sont tendues. l’occasion pour l’auteur de revenir sur la mort de Cheikh Raymond Raoul Leyris, le maître du malouf, assassiné le 22 juin 1961. Car «Mourad connaissait l’homme aussi bien en privé qu’en tant qu’artiste». Par ricochet, Mourad se rappelle très bien le gendre du Cheikh, «l’enfant du pays, Enrico Macias, né Gaston Ghrenassia». Il l’avait connu lorsqu’ils jouaient au football, ou encore, avec d’autres jeunes, ils jouaient «avec des instruments de musique bricolés». Celui qui allait devenir Enrico Macias n’a «à aucun moment laissé transparaître une quelconque sensibilité envers les souffrances du peuple algérien». Digressions et anecdotes ne font pas perdre à l’auteur la chronologie des évènements. Il revient à l’œil de l’Histoire : la guerre totale contre le peuple algérien renforce sa solidarité, en dépit de la misère extrême. Les étudiants, les lycéens et les commerçants s’impliquent à leur tour. Grève des étudiants, engagement des femmes... Le travail de l’ombre réalisé par les militants pour sensibiliser la population «allait donner non seulement de la vigueur à l’ALN-FLN, mais aussi une résonance nationale et internationale». A Constantine, «les groupes de commandos avaient été renforcés par plusieurs éléments féminins qui connaissaient bien la ville et faisaient preuve d’une extraordinaire mobilité, rendant ainsi des services inestimables au moral de la population. La bravoure, la fougue et l’audace de Fadhila Saâdane, de Meriem Bouatoura, de Halouma, ou encore de Fatima Nouioua, dite l’infirmière, pour ne citer qu’elles, forçaient le respect des combattants les plus aguerris. Cette élite féminine était aux premières lignes du combat. Elles avaient fait la démonstration du génie de la femme algérienne qui avait pris en charge sa propre émancipation en emboîtant le pas aux combattants de l’ALN. Elles étaient des dizaines à Constantine». En toile de fond à l’action clandestine du jeune Mourad, l’auteur peint le sombre tableau de la «pacification» menée par l’armée française : multiplication des camps d’internement, torture, exécutions sommaires... A l’approche de la grève des huit jours, Mourad est arrêté, tabassé au commissariat. L’année 1957 marque une nouvelle escalade de la guerre. La grève des huit jours de février 1957 a fait de Constantine une ville morte. Dans le même temps, les représentants de la Révolution à l’étranger «avaient remporté d’éclatantes victoires, en imposant l’internationalisation de la question algérienne devant les instances des Nations unies». Lors de la répression brutale qui a suivi la grève, Mourad est une nouvelle fois embarqué dans une rafle. Libéré, il a la confirmation qu’il est fiché et surveillé depuis longtemps déjà. Son travail au laboratoire départemental de la santé — une «couverture idéale» — lui offre entre autres avantages une formation de laborantin, une initiation à la gestion administrative, un certificat de travail, de quoi rembourser les dettes de la famille. Par parenthèse, l’auteur évoque d’autres faits émouvants : la mort de son aîné de deux ans, Abderrahmane Benmeliek, guillotiné à la prison du Coudiat le 4 mars 1958 ; la disparition du «militant intellectuel Tawfiq Khaznadar» qui «avait été arrêté en avril 1957». Dans le cadre de son travail, Mourad a découvert «une odieuse affaire de femmes, réduites à la prostitution, sous la pression d’officiers de police, de l’armée ou de l’administration coloniale». Parmi elles, Fatima qui lui raconte sa douloureuse histoire...
Pendant que la guerre est portée à son paroxysme, «le général de Gaulle a été accueilli en grande pompe le 3 octobre 1958, lors d’une immense fête organisée place de la Brèche, dans le centre-ville de Constantine». Sur le terrain, l’armée française a entrepris une opération secrète visant à démanteler l’organisation. Des dizaines de militants ont été identifiés, «ceux qui ont réussi à y échapper ont pris le maquis ou se sont cachés pendant un bon moment, comme dut le faire Mourad». Après trois années d’activité clandestine, Mourad a décidé de quitter le pays. La route de l’exil le mène à Marseille, puis à Lyon. «Sur les chemins sinueux de l’exil», le rythme de l’action dramatique s’accélère de nouveau, les sensations fortes sont souvent au rendez-vous (dans la vie mouvementée de Mourad, certains épisodes font penser à un thriller qui se déroule sous les yeux du lecteur). A Lyon, Mourad propose aux militants d’adopter des structures analogues à celles en Algérie, partant du principe que «la main droite ne doit en aucun cas savoir ce que fait la main gauche». Celui que l’on appelle maintenant «Laksentini» va vivre plusieurs mésaventures : arrestation par la police, enlèvement par les messalistes...
L’aide apportée par un jeune couple français «a été pour lui comme une sorte de réconciliation avec le genre humain». Maintenant, il sait qu’il ne faut pas mettre tout le monde dans le même sac (la suite va confirmer cet enseignement). Malade, surveillé, harcelé, il se résout à quitter la France pour la Suisse. A Genève, c’est plus qu’une «résurrection», un nouvel essor. Mourad poursuit la lutte, cette fois «au sein de la délégation permanente du Croissant-Rouge algérien, de la représentation du GPRA et de toutes les autres institutions du gouvernement provisoire». L’expérience helvétique est riche, profonde tant au plan humain que de l’acquisition de nouvelles connaissances, y compris dans le domaine de la formation. Mourad commence à entrevoir une signalisation aux croisements des routes de la vie. Il peut alors porter un regard sereine (l’Histoire ayant besoin d’une mise à distance) sur nombre de sujets, d’évènements et de compagnons : la manifestation pacifique du 17 octobre 1961 à Paris, la délégation permanente du Croissant-Rouge algérien, l’agonie du mythe de l’Algérie française, l’Association de réfugiés algériens en Suisse, etc. «Les pages de l’amitié» (chapitre troisième) devaient, elles aussi, être écrites. il en est ainsi de «la solidarité d’une partie du peuple français avec la cause indépendantiste, à laquelle se sont ralliées ensuite d’autres populations, d’autres nations». L’auteur mentionne quelques noms, «quelques-unes de leurs histoires détaillées» : Nils Andersson, le pasteur Jean Rouget, les «souvenirs et réflexions de Jean Mayerat» (texte intégral), Olivier Long, André Chavannes, Jean Ziegler...
A Genève, Mourad était chargé des affaires sociales du CRA. Puis il avait été intégré dans le groupe chargé de la logistique autour de la délégation du FLN aux négociations des accords d’Evian. C’est dire combien, à 25 ans, en 1962, il avait acquis une expérience remarquable. En pleine maturité physique et intellectuelle, il perpétue l’idéal de la génération de militants dans la diplomatie. Chargé des affaires consulaires, Mourad représentera l’Algérie au Japon, aux Etats-Unis, en Espagne, au Bénin, au Maroc, à Pékin, en France... Des «péripéties d’une carrière» (quatrième et dernier chapitre) que l’auteur traite sur près d’une centaine de pages. Un parcours surtout semé d’embûches, de désillusions, de rêves brisés et de révolte contenue. A travers cette carrière en dents de scie, c’est l’histoire de la diplomatie algérienne post-indépendance qui est passée au scalpel. Ou comment l’art du ballet diplomatique qui avait permis de battre la France coloniale allait se transformer en une dystrophie progressive. L’auteur dissèque sans complaisance les dégénérescences qui ont pour nom : clientélisme, carriérisme, arrivisme, affairisme, «technobureaucratie sans état d’âme», voracité, favoritisme mesquin, corruption, allégeance, dilapidation des biens publics, règlements de comptes, luttes de clans, «élites» prétentieuses et médiocres...  Et quand il est évoqué «la bande des quatre», «Monsieur Ordinateur», ou cet autre ministre «esprit féodal de l’espèce la plus rétrograde» pour illustrer le propos, «il faudrait avoir un cœur de pierre pour ne pas rire» (comme disait Oscar Wilde).
Hocine Tamou

Abdelmadjid Sana, Cris de douleurs des profondeurs du Rhumel, éditions Médias Index 2018, 360 pages, 1 200 DA.

CHRONIQUE
DU JOUR

Les + populaires

(*) Période 30 derniers jours

1

Actualités 11:00 | 25-05-2019

PRÉSENTÉ JEUDI AU TRIBUNAL DE BLIDA
L’ex-chef de Sûreté de la wilaya d’Alger sous contrôle judiciaire

L’ex-chef de la Sûreté de wilaya d’Alger, Noureddine Berrachedi, a bénéficié, jeudi, de la liberté provisoire après avoir été entendu par le juge d’instruction près le tribunal de Blida pour les griefs de mauvaises exploitations de fonction, lesquels lui

2

Pousse avec eux 11:00 | 23-05-2019

Cheddou ouled’koum, cheddou bnat’koum, mon ami !

Mon Dieu, les tronches de dangereux conspirateurs que celles de ces étudiants frappés, matraqués,

3

Soit dit en passant 11:00 | 23-05-2019

Comment penser le sauvetage ? (fin)

4

Pousse avec eux 11:00 | 22-05-2019

Yat’nahaw presque !

5

Pousse avec eux 11:00 | 25-05-2019

Les « pas intéressés » tapent l’incruste !