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Arts plastiques

Takis, le sculpteur des «signaux lumineux» de Paris, à New York

Le sculpteur grec de renommée internationale, Takis, connu pour ses œuvres cinétiques exposées à Paris, New York ou Londres, est décédé à l'âge de 93 ans, ont annoncé vendredi sa fondation et le ministère grec de la Culture.
De son vrai nom Panayiotis Vassilakis, Takis était considéré, avec le sculpteur américain Alexandre Calder, comme l'un des pères de l'art cinétique et des œuvres en mouvement comportant souvent des éléments électromagnétiques. Celui qui aimait à se définir comme un jouisseur «dionysiaque» s'est imposé dans le monde de l'art contemporain en combinant des éléments de la nature et de la physique dans ses œuvres. Ses «signaux», de longues tiges de fer aériennes inspirées de la signalisation ferroviaire et des puissances cosmiques, ont orné de nombreuses métropoles, de Paris, à New York, en passant par Londres et Athènes. Une rétrospective est actuellement en cours à la Tate Gallery de Londres et doit durer jusqu'à la fin du mois d'octobre. Sur l'esplanade de la Défense, à Paris, 49 feux multicolores qui semblent montés sur ressorts se balancent doucement au gré du vent au-dessus du bassin qui porte son nom, en écho à d'autres signaux envoyés au niveau de la Grande Arche.
Né dans un faubourg d'Athènes en 1925, Takis vit une enfance marquée par des années de misère, au gré du contexte politique grec : occupation nazie (1941-1944), durant laquelle il s'engage dans la résistance, guerre civile (1946-1949) puis période politique tourmentée dans le pays.
«À la fin de 1953, Takis rejoint, pendant quelques mois, l'atelier de Brancusi», selon la biographie publiée sur le site de sa fondation.
A l'époque, il vit entre Paris et Londres, deux villes qui deviendront les principales sources d'inspiration de ses premières œuvres cinétiques. Impressionné «par les radars, les antennes et les constructions technologiques qui ornent la gare de Calais» (nord de la France), où il attendait un train, l'artiste «crée ses premiers signaux, qui sont d'abord rigides puis comportent des signaux lumineux sur leur sommet, tout en changeant progressivement de forme», ajoute sa biographie.
Ayant vécu surtout à Paris mais aussi aux Etats-Unis où il est invité à donner des cours au prestigieux Massachusetts Institute of Technology (MIT), Takis retourne en Grèce en 1986 où il a créé sa fondation, le Centre de recherche pour l'art et les sciences, sur les pentes du mont Gerovouni, dans l'ouest d'Athènes. Sculpteur prolifique, il est également pionnier dans la création de scénographies, d'arrangements musicaux pour des pièces de théâtre et des collaborations avec le cinéaste franco-grec Costa Gavras ou l'artiste américano-coréen Nam June Paik. L'artiste plonge aussi dans la culture «beat» des années 60. Lors de son premier voyage aux États-Unis en 1961, il rencontre Marcel Duchamp, qui devient plus tard un bon ami. Considéré comme l'un des plus éminents sculpteurs contemporains en Grèce, avec Pavlos Dionyssopoulos décédé en juin, la classe politique du pays lui a rendu hommage.
Le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis a loué cet artiste «d'avant-garde, hors normes et inépuisable». «Pendant plus de 70 ans, Takis a été un artiste d'avant-garde nourrissant toujours une curiosité insatiable pour les puissances de l'univers», a déclaré, dans un communiqué, Lina Mendoni, ministre grecque de la Culture. «Influencées par la sculpture classique et le modernisme, ses œuvres étaient le fruit d'une recherche incessante autour de la technologie, du magnétisme et de la lumière», a-t-elle ajouté. Le bref communiqué de la fondation Takis ne donne pas de détails ni sur la date ni sur le lieu de son décès, pour préserver l'intimité des proches du défunt, qui, selon les médias grecs, était souffrant.