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Entretien

Mustapha Hadni, coordinateur du PLD, au Soir d’Algérie : «L'ANP doit être garante du caractère démocratique et pacifique de la transition»

Publié par Karim Aimeur
le 02.06.2019 , 11h00
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Le coordinateur du Parti pour la laïcité et la démocratie (PLD), Mustapha Hadni, plaide pour un processus de transition qui mène vers une totale refondation de la classe politique et des institutions. Selon la conception que son parti fait de la transition, l’armée doit se porter garante de son caractère démocratique et pacifique. Il estime que l’armée ne doit s'ingérer ni dans les débats, ni dans la nomination des responsables appelés à gérer cette transition.

Le Soir d’Algérie : La mobilisation populaire contre le système, enclenchée depuis plus de trois mois, se poursuit avec la même rigueur et engagement. Quels enseignements tirer du maintien de ce mouvement malgré toutes les manœuvres du pouvoir ?

Mustapha Hadni : Ce qui est remarquable dans ce mouvement, c’est son souffle, son empreinte territoriale et sa maturité politique. Tout en lui est exceptionnel ! Il est difficile de le réduire à une poussée de fièvre passagère. Bien au contraire ! C’est une lame de fond qui porte des mots d’ordre percutants et convergents, balaye pacifiquement tout le territoire national et s’étale durablement dans le temps. La mobilisation se poursuit sereinement depuis plus de trois mois à la même cadence, sans donner le moindre signe de fléchissement. Mieux encore, le peuple est monté en puissance en essaimant sa combativité et sa flamme révolutionnaire dans tout le pays. Le parcours de ce mouvement citoyen est un véritable sans-faute. Cadre fécond à la réflexion collective, il s’avère être une force motrice hors du commun et un stratège politique sans pareil en drainant dans son sillage des millions de citoyennes et de citoyens, en ajustant ses mots d'ordre aux enjeux politiques du moment et en mettant le doigt sur l'essentiel. D’aucuns pensaient que le mouvement allait baisser le régime de la mobilisation, voire à faire une pause pendant le mois de Ramadhan. L’adhésion aux marches renvoie un cinglant démenti aux défaitistes et montre que le mouvement a mis la barre de ses ambitions à un niveau très élevé. Il est prêt à s’investir dans la longueur pour atteindre ses objectifs. C’est pourquoi, les manœuvres politiciennes du pouvoir sont vouées à l’échec.

L’attachement du pouvoir à une solution strictement constitutionnelle, à travers l’article 102, a mené le pays vers l’impasse. L’Algérie se trouve face à une situation inédite avec une élection présidentielle rejetée massivement par le peuple et pratiquement sans candidats.  Comment analysez-vous cette situation ?
L’application de l’article 102 n’a pas été négative. Cet article a eu une incidence positive sur le déroulement des événements. Il a permis, dans une première étape, au peuple d’arracher ses premières victoires : le retrait du 5e mandat et le lâchage de Bouteflika et de sa clique rapprochée. Ce qui est loin d’être négligeable. Galvanisé par ce succès, le mouvement est passé à une étape qualitativement supérieure : maintenir la pression populaire tous azimuts pour pousser au rejet de l’« élection » présidentielle du 4 juillet prochain qui n’est qu’un des moyens détournés du système de consacrer sa pérennité. Le système a de tout temps truqué les élections et falsifié ses résultats pour perdurer. De ce point de vue, le mouvement pense à juste titre que le système n’est plus éligible à les organiser et que seul le peuple a pour vocation d’être un « faiseur de rois ». Autrement dit, le mouvement bat le pavé depuis 15 vendredis pour obtenir la chute immédiate du système. Aujourd’hui, l’organisation du scrutin du 4 juillet n’est plus d’actualité. Il y a là aussi le parfum d’une nouvelle victoire !

Pourquoi, à votre avis, le pouvoir ne veut pas lâcher ? 
Il est évident qu’il est difficile à ceux qui se sont accordé pendant des décennies des passe-droits, mis le doigt dans le pot de miel, se sont taillé indûment des privilèges exorbitants, de renoncer à leurs prébendes du jour au lendemain. Par ailleurs, ils se rendent bien compte qu’ils doivent répondre de leurs actes, de l’impasse dans laquelle ils ont fourvoyé le pays. L’ère de l’impunité a cessé et, désormais, ils sont justiciables au même titre que le commun des mortels. Pour avoir mis le pays en coupe réglée et s’être vautrés dans la fange de la corruption, ils risquent de cocher la case de la prison. Ce qui les attend, c’est non seulement la justice nationale mais aussi celle éventuellement des tribunaux internationaux. Malheureusement, nous vivons encore dans l'arbitraire d'un système injuste et d'une cruauté sans nom. Des patriotes à l'instar de l'entrepreneur Rebrab, de la secrétaire générale du PT, Louisa Hanoune, du général-major à la retraite, Hocine Benhadid, du citoyen Hadj Ghermoul et bien d'autres croupissent toujours dans les geôles de l'Etat tandis que le militant des droits de l'Homme, le Mozabite Fekhar Kamel-Eddine, chantre du combat amazigh, vient de décéder après une longue grève de la faim, fait d'autant plus grave que ce décès intervient après celui du journaliste Mohamed Tamalt arrêté pour délit d'opinion.
Ce sont toutes ces incertitudes au-dessus de leurs têtes qui font que le pouvoir freine des quatre fers avant de capituler et faire place nette. Mais il n’y a pas que ces menaces qui les traquent. Contre toute attente, le système est dans une posture inédite. De toute son existence, c’est la première fois qu’il se retrouve confronté à des questions posées par un peuple lucide, déterminé au combat, prêt aux sacrifices et auxquelles il est sommé d’apporter des réponses solides, loin de toute démagogie et dans l’urgence ! Le peuple veut des réponses cash, ici et maintenant ! Pour un système qui a passé toute sa vie dans le mensonge, la cabale et les promesses non tenues, la situation actuelle est un véritable cauchemar.

L’article 7 de la Constitution stipule que le peuple est la source de tout pouvoir. A travers ses manifestations, le peuple a exprimé clairement ses revendications. Ne pas appliquer cet article est-il une violation de la Constitution ?
L’Algérie vit une situation unique au monde : mobilisé massivement et pacifiquement depuis plus de trois mois, le peuple, de la façon la plus noble, a mis en demeure le pouvoir de dénouer une crise extrêmement profonde qui frappe de plein fouet le pays depuis des décennies. Les exigences populaires sont claires : fonder une nouvelle République en instaurant toutes les libertés démocratiques. Or, sans le transfert du pouvoir au peuple, autrement dit sans la disqualification de toutes ses institutions et ses symboles, y compris celle de la classe politique actuelle, concrétiser une telle perspective est impossible. C’est pourquoi l’article 7, dans le contexte actuel où tout un peuple revendique son droit à l’expression, a toute sa pertinence et le bafouer est tout simplement attentatoire au principe de souveraineté du peuple. En toute rigueur, le peuple s’exprime à travers des représentants élus mais à l’heure d’aujourd’hui, le mouvement citoyen n’a ni représentants, ni porte-parole. C’est la raison pour laquelle, une transition s’impose pour donner au peuple le temps nécessaire de faire ses choix politiques.

Si le mouvement populaire a réduit à presque rien les partis au pouvoir, dont les chefs sont convoqués par la justice dans des affaires de corruption, qu’est-ce qui empêche les partis de l’opposition de se réunir et de proposer un projet consensuel de sortie de crise ?
Depuis des lustres, le PLD appelle à la convergence des forces démocratiques mais nos appels n’ont eu aucun écho auprès des démocrates. L’effervescence politique qui caractérise la situation actuelle ne semble pas avoir réveillé la fibre unitaire dans le camp des démocrates. Ce qui est dommageable à une situation politique particulièrement favorable à la démocratie et où tous les courants démocrates ont intérêt à se ressouder. Evidemment, nous ne voulons pas d’un rassemblement à tout prix. Nous recherchons l’échange et le rapprochement avec tous les démocrates sans parti-pris mais nous sommes définitivement contre toute tentative de rallier des islamistes ou des représentants du système à notre cause commune car il est impossible de construire la démocratie avec les ennemis de la démocratie. A l’image de notre peuple, nous sommes dans l’exigence de ruptures. C’est pourquoi, le PLD dénoncera toute alliance contre-nature accréditant l’idée que les représentants du système ou ceux de l’islamisme sont des partenaires fréquentables. Une alliance de démocrates, toutes tendances confondues, à l’exclusion des islamistes et des « systémistes » permettra de mettre en forme non seulement un SMIG républicain mais de cristalliser un front unitaire porté par un mouvement citoyen en attente d’initiatives politiques crédibles. Les premiers balbutiements commencent à se faire jour.

Pourtant, en la matière, la société civile montre la voie et donne la leçon. Près de 60 organisations nationales sont en concertation pour une feuille de route commune…
En effet, le PLD apporte tout son soutien à ces collectifs de réflexion. Dans tous les cas, c’est dans ces cercles constitués à la base que le mouvement pourra puiser la sève de ses propositions et qu’émergeront les hommes et les femmes qui auront demain la charge et la responsabilité du pays. La classe politique, quant à elle, est paralysée et engluée dans ses contradictions. Elle traîne un passé lourd, sali par des compromissions et des trahisons avec le système et l’islamisme politique. A contrario, les associations nées du mouvement citoyen semblent avoir tiré quelques leçons de l’histoire du pays et sont en train de s’exercer à l’apprentissage démocratique. Du ventre de ce mouvement est née la stratégie de la rupture. Tout laisse croire que celle-ci porte en elle les germes de l’espérance.

Pour sortir de la crise, plusieurs partis, dont le vôtre, plaident pour une transition. Comment vous la concevez au PLD ?
Nos propositions de sortie de crise remontent au 5 février 2011 et à la lumière du contexte actuel marqué par le mouvement du 22 février, nous les avons déclinées en 8 points. L’ANP décrète une période politique nouvelle baptisée « Transition nationale ». Elle est garante du caractère pacifique de cette transition de son issue démocratique. Il faut dissoudre toute la classe politique, toutes les institutions élues ou désignées ainsi que tous les syndicats et associations « maison ». En concertation avec les forces vives du pays, l’ANP installe un Conseil de transition (CT) appelé à présider aux destinées du pays pendant la transition. Ce conseil nomme un gouvernement de combat républicain pour gérer cette période.  
En concertation avec les forces vives du pays, le Conseil de transition travaille à la présentation d'une nouvelle Constitution consacrant l'Algérie, République, démocratique, moderne, sociale et laïque. Le Conseil de transition travaille à la présentation d'un projet de loi sur les partis politiques et leur financement, en vue de refonder la classe politique sur les bases de la démocratie et de la transparence.
Le Conseil de transition en concertation avec le gouvernement de combat républicain organise les premières élections libres et démocratiques pour adopter le projet de Constitution et la loi sur les partis.

Concrètement, quel sera le rôle de l’armée dans ce processus ?
L'armée doit annoncer de la façon la plus solennelle la mise en place de la transition nationale, et non se lancer dans un dialogue abstrait et sans issue. 
L'ANP doit se porter garante du caractère démocratique et pacifique de cette transition. Elle ne doit s'ingérer ni dans les débats, ni dans la nomination des responsables appelés à gérer cette transition. Pour plus de crédibilité et ne pas abuser de la confiance du peuple, les personnalités qui participeront à la mise en route de la transition, qu’il s’agisse de celles qui constitueront le Conseil de transition ou de celles qui seront membres du gouvernement de combat républicain, doivent s'engager solennellement à ne briguer aucun poste de responsabilité équivalent à celui qu’elles ont occupé durant la transition.
K. A.

 

 

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