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Etude

LES PARTIS DIRIGEANTS ALGÉRIENS (2e partie) Le Front de libération nationale : des origines au Congrès de la Soummam

Publié par Badr’Eddine Mili
le 31.10.2018 , 11h00
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De sa création, sous cette appellation œcuménique, à sa transformation en parti, au 4e congrès réuni, en 1979, le FLN muta, au moins, à quatre reprises. En vingt-cinq ans, il passa du statut de Front révolutionnaire, au faîte de sa gloire, qui fut le sien, entre 1954 et 1956, à celui de Front explosé, en 1962, entre groupe de Tlemcen et groupe de Tizi-Ouzou, puis de Front populiste de gauche, en 1964, redressé et réduit à la portion congrue d’Exécutif-Appareil, en 1965, pour  ressusciter, en 1979 , après le décès du Président Houari Boumediène, dans le costume de Parti-Etat contrôlé par l’armée et la Haute Administration qui n’hésiteront pas à décréter sa déchéance, une fois emporté par la débâcle d’Octobre 1988.
Il cumula, aussi bien pendant la Révolution qu’après l’indépendance, toutes les vicissitudes, des schismes et des mises à mort aux retours gagnants, préservé, quand
même, après 1962, en dépit de ses avanies, comme vitrine, miroir, fonds de commerce ou machine électorale  par les différentes directions du pouvoir d’Etat qui n’ont, à aucun moment, rechigné, au nom de leurs intérêts, à utiliser son Histoire, son mythe, sa culture politique et ses chevaux de Troie, toujours aussi fascinants, même dans les phases de reflux et de crucification les plus noires qu’il connut.
La séquence qui va de la Proclamation du 1er Novembre 1954 au Programme de Tripoli de juin 1962 fut, pour lui, aussi longue qu’éprouvante, à cause, d’abord, de la guerre fratricide que lui livra le MNA, à ses débuts, et dont il faudra, forcément, un jour, dresser l’effroyable bilan humain et politique et, dans une autre mesure, à cause de la terrible répression coloniale, avec son hécatombe de morts, de disparitions  et d’arrestations et, aussi, ses règlements de comptes internes qui ont, lourdement, impacté le fonctionnement, le rendement et la stabilité de ses effectifs et de son encadrement.
Il est possible de diviser cette séquence en deux temps forts :
• le premier correspond à la prédominance des civils, à sa tête, incarnée par les 6, une direction, partiellement, reconduite, avec des modifications, par le Congrès de la Soummam, congrès de l’élargissement et de la synthèse ;
• le second coïncide avec leur éviction du cercle de la décision par «les militants en uniforme» laquelle fut, entièrement, consommée, par leur mise sous tutelle, au congrès de Tripoli, congrès de la double option du parti unique et de la voie de développement socialiste.
A ces étapes succéderont, après l’indépendance, deux autres au contenu et aux implications organiques et institutionnelles tout à fait opposées : celle du gouvernement de l’Etat par le parti et celle, consécutive au «réajustement» du 19 Juin 1965, qui imposa le gouvernement du parti par l’Etat, en attendant les suivantes qui lui feront subir les misères de son immersion dans le multipartisme, magiquement, gommées par un retour en force, sous le mandat de Abdelaziz Bouteflika, son président d’honneur. 

Aux origines du Front de libération nationale
Le projet de fondation du FLN fut contemporain de la crise du MTLD qui divisa, au début des années 50, les rangs des militants en deux camps : «les centralistes», membres du comité central, entrés, sous la direction de Hocine Lahouel, secrétaire général, en sédition ouverte, contre leur président, et «les messalistes» conduits par un carré de fidèles s’appuyant sur une base inconditionnelle pour qui Messali Hadj devait rester  le prophète intouchable, auréolé d’un culte de la personnalité proche de la divination, un fait assez rare dans la courte Histoire des formations politiques de cette époque.

1- De l’Organisation Spéciale au 1er Novembre 1954
Plus tôt, en février 1947, fut réuni à Zeddine, près de Rouina, dans la vallée de Chlef, dans une ambiance plus légaliste que révolutionnaire, le congrès extraordinaire du parti qui décida, dans la discrédition la plus totale, de créer, à l’instigation insistante de Mohamed Belouizdad, Ahmed Ben Bella, Hocine Aït Ahmed et Mohamed Boudiaf, en dehors de ses structures, une organisation paramilitaire clandestine — l’OS (Organisation Spéciale) — composée, en majorité, de soldats démobilisés choisis en raison de leur expérience au combat acquise au cours de la Seconde Guerre mondiale, ainsi que de leur engagement tranché en faveur de l’action radicale contre la puissance occupante.
Ce fut à ces assises que Hocine Aït Ahmed présenta son fameux exposé de polémologie sur la guerre de guérilla, un texte d’une acuité prospective saisissante, inspiré par la prise de conscience aiguë du peuple et des militants face à l’horreur des massacres du 8 Mai 1945.
Emmenés – dans sa première direction – par Mohamed Belouizdad secondé par un responsable militaire, Abdelkader Belhadj Djilali — une répartition des tâches reconduite dans l’organigramme du FLN de 1954 —, les membres de l’Organisation furent, pour des motifs de sécurité évidents, séparés des militants civils qui continuaient, eux, à activer, dans le cadre des statuts et du règlement intérieur en vigueur, à travers les canaux de la vie partisane normale, pour tout ce qui touchait à la discipline, au vote et à l’investiture dans les postes de responsabilité.
Le démantèlement de l’Organisation par la police française, le 18 mars 1950, sur dénonciation de l’un des siens, Khiari Abdelkader, se plaignant d’avoir fait l’objet de sévices de la part de ses responsables, changea la donne du tout au tout.
La direction du parti, fidèle à sa ligne électoraliste et tenant à demeurer en règle avec l’administration coloniale, la dissout, en 1951, en invitant ses membres à réintégrer les rangs, un appel auquel ces derniers – unitaires – répondront, positivement, en dehors de ceux qui étaient poursuivis par la police ou sous le coup d’une condamnation par contumace.
Il faut remarquer que l’OS — plus sourcée à l’esprit du PPA de 1937, du temps de la direction du Dr  Mohamed Lamine Debaghine, qu’à celui du MTLD, mené par des dirigeants de moindre envergure — était restée, avant et après son échec, à l’écart des dissensions entre les factions concurrentes, plutôt focalisée sur l’intérêt qu’il y avait à rétablir, en priorité, l’unité du parti même si ses responsables étaient pressés d’aller au feu, de peur que le train des évènements d’Indochine, de Tunisie et du Maroc ne les relègue, à l’arrière, et ne les abandonne sur le quai du combat anti-colonial qui avait pris une longueur d’avance, à l’échelle internationale.
Le Crua (Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action) qui vit le jour le 23 mars 1954, fut pensé, ainsi que son nom l’indique, comme un cadre rassembleur de toutes les forces du parti susceptibles d’être engagées dans la lutte sur une position offensive commune. 
Les deux tendances qui le composaient – deux représentants de l’OS (Mohamed Boudiaf et Mostefa Ben Boulaïd) et deux représentants des centralistes (Bachir Dekhli et Ramdane Bouchebouba) – n’étant pas parvenues à s’entendre sur une sortie de crise allant dans ce sens, l’aile révolutionnaire du Crua, mise sous la pression des nouvelles en provenance du front indochinois, fut astreinte à passer à une vitesse supérieure.
La chute de Dien Bien Phu, le 6 mai 1954, lui offrit l’opportunité d’accélérer le processus de préparation, en multipliant les contacts pris au Caire et à Berne, entre Boudiaf, Ben Bella, Ben M’hidi, Didouche, Aït Ahmed, Khider, Lahouel et même – parce que l’espoir de partir unis dans l’action n’était pas, définitivement, perdu – avec Mezghana, un des proches de Messali Hadj et beau-frère de Mourad et Madjid Boukechoura, activistes de l’OS, visant à mettre en place une structure dirigeante chargée de coordonner la mise en œuvre de l’insurrection armée.
Décision est prise de réunir, le 25 juillet 1954, au domicile de Lyès Derriche, au Clos-Salembier (El-Madania), le groupe des 22.
Constitué, en grande partie, d’anciens de l’OS et originaires (16 sur 21) de l’Est parce qu’approchés par Mohamed Boudiaf qu’il connaissait personnellement, ou qui relevaient de son autorité, lorsqu’il était responsable de l’Organisation pour le Constantinois, le groupe désigna, à sa tête, le même Boudiaf assisté par Ben Boulaïd et Bitat. Ce choix et cette méthode de désignation furent critiqués par Abderrahmane Gherras, vieux routier du PPA-MTLD, non convoqué à la réunion, mais soutenu par son fidèle ancien adjoint, chef de l’OS du Sud-Oranais, Mohamed Mechati présent à la rencontre qu’il qualifia dans ses mémoires de «premier coup d’Etat du militaire contre le politique».
Après quoi, le bureau délégua Ben Boulaïd pour entreprendre une ultime médiation auprès de Messali Hadj.
Cette tentative de la dernière chance s’étant soldée par un résultat infructueux, plus aucun obstacle ne se dressait sur la voie de l’engagement armé, d’autant que le MTLD venait de se scinder en deux, après la tenue — séparément — des Congrès d’Hornu en Belgique (juin 1954) par les messalistes et d’Alger (août 1954) par les centralistes.
L’heure n’était plus aux atermoiements : le territoire national est divisé en 5 zones d’opérations : Aurès, Nord-Constantinois, Kabylie, Algérois et Oranie et rendez-vous est pris chez les frères Boukechoura, le 23 octobre 1954, dans leur maison du 24, rue Comte-Guillot, à la Pointe Pescade, où se retrouvèrent les 5, Boudiaf, coordinateur, Ben Boulaïd, Ben M’Hidi, Didouche et Bitat, chefs des zones militaires, rejoints par Krim Belkacem, en rupture avec Messali, et envoyé par la Kabylie pour la représenter dans la nouvelle direction.
C’est ce jour-là et dans cette demeure historique que la date du 1er Novembre fut retenue pour déclencher l’insurrection. La proclamation qui devait l’annoncer fut rédigée par Didouche et Boudiaf et confiée à ce dernier chargé de la remettre – en même temps qu’un tract de l’ALN et la liste des objectifs à attaquer dans la nuit du 31 octobre – à Ahmed Ben Bella, au Caire.
Le Crua, arrivé en fin de mission, transmit, alors, le flambeau au FLN, après avoir œuvré à la constitution d’une direction révolutionnaire dont son périodique Le Patriote se fit l’écho amplificateur, pendant sa brève existence, dans un contexte difficile vécu dans l’attente du feu vert par le peuple et les militants résolus à se battre.
Le succès des actions militaires programmées à l’insu de la police et de l’administration françaises, par les 6, dans les Aurès, en Kabylie et dans le Constantinois, attestèrent du bien-fondé de l’option militaire et signèrent les débuts réussis d’une guerre qui conduira, dans un long martyrologue, le peuple algérien à son indépendance et au rétablissement de son Etat éclipsé pendant 132 ans d’occupation et de déni.
De ce survol de la phase prérévolutionnaire du mouvement national indépendantiste, on retiendra trois éléments d’appréciation très instructifs quant à la signification que les fondateurs avaient voulu donner à leur projet et, à travers lui, au Front et à l’Armée de libération nationale.
a- Le FLN, bien qu’ayant résulté d’une concertation entre militants du MTLD, ne constituait, nullement, dans la perspective qu’ils s’étaient tracée, la continuation de leur ancien parti sous un autre sigle.
Le Crua et le groupe des 22 n’étaient, dans la programmation qu’ils avaient arrêtée, que des étapes nécessaires sur la voie du processus prérévolutionnaire et non une fin en soi et, encore moins, un artifice politicien sans lendemain.
De ce point de vue, le Front devait être perçu comme le dépassement, voire le surclassement, de toutes les enseignes qui l’avaient précédé dans le champ du mouvement national, des enseignes dont il s’empressa, dès le 1er Novembre, de se déclarer «totalement, indépendant».
b- La dénomination de «Front» avait été choisie, comme de bien entendu, pour affirmer son caractère rassembleur.
«Le Front, est-il écrit dans la Proclamation, offre la possibilité à tous les patriotes algériens de s’intégrer dans la lutte de libération sans aucune autre considération», une indication claire pour dire à l’intention du peuple, des militants et de l’opinion étrangère, que le Front était une entité transpartisane et non une addition de partis liés par un accord d’appareils révisable au gré des intérêts étroits de ceux qui y auraient adhéré.
c- Ce qui apparaît, dans cet acte fondateur, plus significatif encore, de l’essence politique de la préoccupation des initiateurs du 1er Novembre, réside dans le statut de dirigeants civils qu’ils s’étaient octroyé dans l’organigramme du mouvement, même s’ils avaient été amenés, pour les besoins de la cause, à coiffer des zones militaires.  
Ils étaient dans la même situation que Ho Chi Minh, l’ex-étudiant vietnamien de Paris, fondateur du Vietminh.
Fidel Castro, Che Guevara, Nelson Mandela, Agosthino Neto, Amilcar Cabral, Samora Machel engagés dans le combat mondial contre le colonialisme et la dictature leur emboîtèrent le pas, plus tard, dans le même état d’esprit.
Boudiaf, Ben M’hidi, Didouche, Bitat, Ben Boulaïd, Krim Belkacem s’étaient présentés devant l’Histoire  en révolutionnaires venus reprendre, par le moyen d’une guerre juste, ce que  la colonisation avait ravi à leur peuple par le moyen d’une violence sans limites.
Du fait des responsabilités politico-militaires qui leur échurent, à la tête des wilayas du nouveau découpage territorial décidé, le Congrès de la Soummam éleva  Krim, Ben M’hidi, Zighoud et Ben Boulaïd (à titre posthume), au grade de colonel, suivis de Boussouf, Bentobal, Benaouda, Ouamrane, mais Boudiaf, Ben Bella, Aït Ahmed, Khider restèrent responsables civils avec Abane, pourtant successeur de Rabah Bitat à la tête de la zone 4 (Algérois) après l’affectation de Ouamrane à la zone 3.
d- A partir des principes posés, le 10 octobre 1954, il coulait de source que, bien que couplés dans un binôme soudé, l’ALN n’était que le bras armé du FLN qui devait demeurer maître de l’initiative, tendu, par-dessus ses différences, vers un seul objectif : la libération ; une ambition qui ne vivra que le temps de l’euphorie de l’engagement, contrariée, dès la fin de 1956, par d’autres visées nourries, précisément, des disparités que le mouvement a voulu dépasser à la Soummam, dans un essai, volontariste, de synthèse, et que les redresseurs de 1957 et de 1959  ont ramenées à la surface pour les faire éclater, au grand jour, avec les conséquences que l’on sait.
e- Les 6 membres de la Direction avaient, avant de se séparer, le 23 octobre 1954, à la sortie du studio de photographie de Bab El-Oued où ils posèrent, avec une incroyable prémonition, pour la postérité, convenu de se retrouver, une fois le mouvement bien ancré au sein du peuple, dans le but d’évaluer ses effets et de définir les étapes qui devaient en assurer le prolongement et l’extension.

2- L’étape antérieure au Congrès de la Soummam
Quelques observations liminaires gagneraient, à ce stade, à être notées pour cerner, aussi bien l’environnement politique et militaire des préparatifs du congrès, que les facteurs qui ont concouru à ses conclusions.
Elle sont en nombre de trois : 
a- Ce n’était pas chose aisée que de tenir un rassemblement aussi important dans une des zones de guerre les plus exposées et les plus surveillées. Prévu d’abord, par une lettre de Abane à Ben Bella, dans le Nord-Constantinois, près d’El-Milia, à l’invitation de Zighoud Youcef, le rendez-vous fut déplacé vers le territoire de la zone 3, dans un premier temps à la Qalaâ des Béni Abbès, puis sur les hauteurs d’Ouzalaguen surplombant la vallée de la Soummam où étaient stationnées de nombreuses garnisons et unités militaires françaises, fixes ou en mouvement.
La tâche ne s’annonçait guère facile, mais c’était compter sans ces hommes habitués, depuis le PPA, à participer à des congrès et à rédiger des textes doctrinaux, pièces maîtresses témoignant de la pertinence des travaux de réflexion effectués par le mouvement national indépendantiste.
Il suffit, aussi, d’avoir à l’esprit la fréquence et la célérité avec lesquelles ils se déplaçaient pour maintenir le contact entre eux et avec la base en empruntant tous les moyens disponibles, de l’avion et du bateau lorsqu’ils devaient se rendre en Europe ou au Moyen-Orient jusqu’aux cars et aux bêtes de somme qui les acheminaient, clandestinement, vers les innombrables points de chute et les refuges disséminés sur tout le territoire national, du Tell au Sahara, ainsi que Mohamed Mechati le raconta dans Parcours d’un militant. 
En fin de compte, ils y parvinrent  grâce à un travail organisationnel et sécuritaire méticuleux auquel veillèrent les hôtes de l’évènement : Amirouche, Dehilès, Mira, H’mimi, Mohammedi Saïd, membres du comité qui accueillit et accompagna, à travers la zone 4, jusqu’à la Petite Kabylie, Krim, Ben M’hidi, Zighoud, Bentobbal, Abane, Ouamrane et Benaouda, les dirigeants de l’extérieur ayant fait faux bond, Ben Boulaïd et Didouche tombés au champ d’honneur, Rabah Bitat arrêté et Ali Mellah, commandant la zone du Sud, absent pour une raison indéterminée.
b- Le congrès se réunit, une année, jour pour jour, après que le face-à-face FLN-armée d’occupation eut pris une autre tournure avec l’offensive, lancée par Zighoud Youcef, dans le Nord-Constantinois, qui transforma l’insurrection en guerre totale, un évènement d’une grande résonance nationale et internationale.
Les opérations combinées par l’ALN contre les positions de l’armée française et de ses relais ultras fut la première et la plus grande des batailles de la Révolution, celle qui poussa les gouvernements de la IVe République à faire voter les pouvoirs spéciaux et à battre le rappel des réservistes et du contingent pour venir à bout de ce qu’ils désignaient par l’euphémisme réducteur «d’évènements».
L’effet désintégration ne toucha pas, seulement, le dispositif politico-militaire français désarçonné et obligé d’engager les grands moyens ­— associés à ceux de l’OTAN – pour limiter les dégâts et prévenir une contagion plus étendue.
Le 20 Août 1955 eut une conséquence plus magistrale qui déjoua les pronostics de l’administration coloniale en réussissant à avoir raison de l’entre-deux des centralistes, des réformistes et des communistes.
Il poussa les forces attentistes à se déterminer et à prendre fait et cause pour la Révolution en la rejoignant, débarrassées de leurs étiquettes partisanes, la condition posée par les insurgés.
c- Ces avancées militaires et politiques qui ont conforté les bases de la Révolution et rendu le Congrès de la Soummam possible ne sauraient, cependant, faire oublier qu’elles furent obtenues en payant le prix fort. Les morts au champ d’honneur, les arrestations, l’expatriation  de plusieurs dirigeants, ouvrirent de nombreuses brèches dans la chaîne du commandement : la disparition de Benabdelmalek Ramdane, le premier martyr tombé les armes à la main, le 1er Novembre même, à Cassaigne, suivi, le 18 janvier 1956 de Didouche Mourad, chef de la zone 2 (Nord- Constantinois) non loin de Philippeville (Skikda) ; l’arrestation, à La Casbah, de Rabah Bitat, chef de la zone 4 (Algérois), peu de temps après le début de la guerre, puis de Mostefa Ben Boulaïd, chef de la zone 1 (Aurès-Nememchas), incarcéré à la prison de Constantine d’où il s’évada, en compagnie de Tahar Z’biri, avant d’être victime de l’explosion d’un poste radio piégé parachuté d’un hélicoptère en mars 1956 ; des pertes considérables ayant atteint, de plein fouet, la direction historique du FLN, complétées par la mise en détention de plusieurs ex-membres du groupe des 22 – Lamoudi, Merzougui, Bouarroudj, Bouchaïb –, le départ de Mohamed Boudiaf et de plusieurs ex-membres de l’OS missionnés pour structurer la Fédération de France, précédés du décès prématuré, en 1952, de Mohamed Belouizdad et les assassinats de Mohamed Bouras, Rédha Houhou,  Cheikh Larbi Tebessi et Aïssat Idir, perpétrés dans le continuum des décapitations, de l’emprisonnement et des déportations des tribus de la résistance et de leurs chefs, de Cheikh El-Mokrani et Boubaghla à Cheikh Bouamama, Cheikh El-Haddad, Boumaza, Benchohra et Cheikh Amoud.
C’est dire le poids immense de la responsabilité qui allait peser sur les épaules des congressistes auxquels revenait la tâche de doter la Révolution d’une vision à long terme et d’un Etat à la hauteur de sa nouvelle stature.
B. E. M.

N. B. : Pour les lecteurs intéressés à approfondir les points traités dans ce compte rendu sur les origines et les mutations du FLN, il est recommandé de consulter les mémoires, les témoignages et les travaux effectués, sur le sujet, par Mohamed Boudiaf, Rabah Bitat, Hocine Aït Ahmed, Abdeslam Habachi, Mohamed Mechati, Amar Benaouda, Abdelkader Lamoudi, Ahmed Doum, Ali Mahsas, Bachir Boumaza, Tahar Z’biri, Ferhat Abbas, Benyoucef Benkhedda, Mohamed Said Mazouzi, Rédha Malek, Lamine Khane, Belaïd Abdeslam, Saâd Dahleb, Tewfik El-Madani, Cheikh Bachir El-Ibrahimi, Chadli Bendjedid, Mostefa Lacheraf, Aïssa Kechida, Pierre et Claudine Chaulet, Mabrouk Belhocine, Yacef Saâdi, Djamila Bouhired, Zohra Drif, Meriem Belmihoub, Isa Abane, Louisette Ighil Ahriz, Fatima Ouzegane, Lotfi Boudeghane, Amar Ouzegane, Mohamed Lebdjaoui, Abdelhafid Amokrane, Youcef Khatib, Ahmed Taleb El-Ibrahimi, Commandant Azzeddine, Laroussi Khelifa, Abdelkrim Hassani El Ghaouti, Hocine Ben Maâlam, Omar Oussedik, Omar Boudaoud, Ali Haroun, Mohamed Akli Benyounes, Boualem Bourouiba, Mohamed Chérif Sahli, Mohamed Harbi, Bachir Hadj Ali, Sadek Hadjerès, Henri Alleg, Germaine Tillon, Francis Jeanson, Alice Cherki, Mohamed Teguia, Belkacem Saâdallah, Mahfoud Keddache, Mahfoud Bennoune, Zoheir Ihaddaden , Slimane Chikh, Daho Djerbal, Ali El-Kenz… 

Prochainement : «Les partis dirigeants algériens» (3e Partie) «FLN : de la synthèse de la Soummam au schisme de Tripoli».

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