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Etude

STRUCTURE DU POUVOIR D’ÉTAT Le statut et les fonctions des partis dirigeants algériens -(1re partie)

Publié par Badr’Eddine Mili
le 30.09.2018 , 11h00
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Par Badr’eddine Mili

2018 Avant-propos
Dans la violente offensive lancée, en 2013, par Amar Saâdani, le secrétaire général du parti du FLN, contre le chef du Département renseignement et sécurité (DRS), le général de corps d’armée Mohamed Mediène, suspecté d’être derrière les révélations sur les scandales de corruption qui éclaboussèrent le très proche entourage présidentiel et d’être plus que rétif à l’idée de voir le Président Abdelaziz Bouteflika briguer un 4e mandat, l’argument massue qui revenait, en boucle, dans le discours officiel justifiant cet affrontement était la nécessité «impérieuse » qu’il y avait à instaurer «enfin» un «Etat civil» en Algérie. Cet Etat était appelé, d’après les quelques projections suggérées par ses promoteurs, à rompre, définitivement, avec les restes de prépondérance conservés par les militaires dans les institutions dirigeantes, après leur retour à l’exercice direct du pouvoir en janvier 1992. Le débat ouvert, dans un climat d’extrême tension, autour de cet enjeu, très disputé, devait – à son terme – décider qui, du président de la République ou du chef du DRS, était le véritable détenteur de la prééminence suprême dans la direction des affaires du pays. Le conflit se termina par le limogeage de ce dernier sans que rien soit venu, ultérieurement, confirmer la volonté des vainqueurs de l’épreuve de force – le Président appuyé par le chef d’état-major de l’ANP – de réunir les conditions de l’émergence effective de l’Etat promis, la révision constitutionnelle de 2016 n’ayant apporté aucun élément de droit, abondant dans ce sens, qui lui eut conféré de la consistance et du crédit, à part, quelques réaménagements, de pure forme, relatifs à la justice, à la saisine du Conseil Constitutionnel et à la surveillance des élections. L’unique enseignement probant fourni par le dénouement de ce qui s’avéra, en réalité, comme une opération de recentrage de la source de décision qui profita, du reste, autant à la Présidence qu’à l’institution militaire – mise, davantage, en cohésion, au niveau de sa hiérarchie — fut de rappeler que ce clash ressemblait à tous ceux qui l’avaient précédé. Et comme eux, il n’allait rien changer – quant au fond — à la loi d’airain d’un rapport de forces vieux de plusieurs décennies, jalonnées par des crises à répétition qui mirent aux prises les civils et les militaires, la constante la plus indiscutable de l’Histoire contemporaine de l’Algérie pré et postindépendance.
Une histoire très ancienne
Les luttes entre ces deux ailes du pouvoir algérien ont des racines historiques profondes. Dans un enchaînement cyclique, fortement, déstabilisateur couvrant la période qui va de la préparation du soulèvement du 1er Novembre 1954 à l’épisode évoqué, ci-dessus, prolongé par le chamboulement, sans précédent, qui décapita, en été 2018, les sphères supérieures du ministère et de l’état-major des armées, avec, en toile de fond, des positions antagoniques sur des questions d’orientation idéologique, de choix stratégiques et d’hommes, ces luttes opposèrent :
• les révolutionnaires de l’OS (Organisation Spéciale) aux militants légalistes du MTLD entre 1952 et 1954 ;
• les principaux chefs de l’insurrection à la nouvelle direction cooptée par le Congrès de la Soummam en 1956 ;
• les «militants en uniforme» de l’EMG (état-major général de l’ALN) au GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne), en 1961-1962 ;
• le ministre de la Défense nationale, le colonel Houari Boumediène, au président de la République, Ahmed Ben Bella, en 1965 ;
• et, enfin, le Haut-Commandement de l’ANP au FIS (Front islamique du salut), après la suspension du processus électoral multipartite de 1991, un acte dénoncé par Abdelhamid Mehri, alors secrétaire général du parti du FLN, futur cosignataire de la plate-forme de Sant’ Egidio, qui transgressa, de façon spectaculaire, les protocoles en usage au sein de «la Maison de l’Obéissance ».
Avant de commencer à charrier, dans leur prolongement, des rivalités claniques et régionalistes et des ambitions purement personnelles, ces luttes tournaient, durant la phase prérévolutionnaire, autour d’idées politiques exprimées, démocratiquement, et défendues, souvent, avec une grande force de conviction. De proclamation en révision et de contestation en redressement, elles prirent un autre sens, dans les phases qui suivirent, et eurent pour moteur la volonté des chefs politico-militaires de la Révolution de conserver la direction exclusive du FLN originel, au motif d’en préserver «la pureté», opposés aux «ralliés», leurs «compagnons de route» du Mouvement national – centralistes, udmistes, ulémistes et communistes – à chaque fois qu’ils les soupçonnaient d’ambitionner de partager le pouvoir, dans une position autrement que subalterne, ou de tenter de le «confisquer» à leur seul avantage pour le dévier de son sens initial. C’est, sans doute, la première signification qu’il conviendrait de donner à ces rapports conflictuels qui ont, durablement, marqué, dans un mouvement de balancier continu, l’ensemble des stations du mouvement révolutionnaire et de l’Etat algérien restauré : de la création de l’OS et du CRUA aux évènements qui caractérisèrent, dans les conditions que l’on sait, la reconquête de la souveraineté nationale, en 1962, en passant par le Congrès de la Soummam de 1956 – rectifié par la session du CNRA tenue au Caire en 1957 –, le conclave des colonels réuni dans la capitale égyptienne, en 1959, et le Congrès de Tripoli convoqué et suspendu, en 1962, dans la désunion et la confusion les plus totales.
Aux sources de la discorde
Afin de comprendre les ressorts de cette substitution – rampante puis brutale – du pouvoir des «militants en uniforme» au pouvoir des «militants civils» que certains acteurs-mémorialistes ont voulu expliquer par la prévalence de la logique du terrain et par la nécessité de rectifier les déviations, il faudrait la rattacher à l’évolution, en dents de scie, qui fut celle du FLN du 1er Novembre jusqu’au Congrès de Tripoli. Dès sa création, le 10 octobre 1954, suivie de celle de l’ALN, intervenue, sous son égide, quelques jours plus tard, et signée par les mêmes chefs, le FLN connut une évolution ascendante illustrée, durant trois années, par une parfaite osmose entre les révolutionnaires politiques et les moudjahidine, solidairement unis, dans ce qu’on avait appelé «le nidham», l’organisation fondée sur un consensus sans faille autour du contenu de la Proclamation. Le Front se distingua, au cours decette période faste, par une unité de pensée et d’action incontestée, malgré l’éparpillement territorial de ses forces et la faiblesse de ses moyens logistiques, avant de la voir s’étioler à l’amorce d’une courbe descendante qui donna, à la fin des années 1950, le coup d’envoi au dessaisissement d’une partie essentielle de ses prérogatives au profit d’une ALN transfigurée par son arrière – l’armée des frontières dérivée de la fusion des EMG – Est et Ouest – qui, une fois bien installée, en 1960, étala, ouvertement, ses prétentions politiques hégémoniques. L’équilibre entre les deux entités était rompu et les ingrédients explosifs d’une crise annonciatrice d’un nouvel ordre en marche réunis et mis en action au cours de l’été 1962. Les raisons qui expliquent cette évolution atypique sont à chercher, d’abord, dans les différences de vision entre les principaux segments composant le Front sur les questions de l’Etat à venir et de l’identité idéologique et patronymique des forces et des hommes candidatés pour le diriger. Il y en avait d’autres, sous-jacentes, dont il faut bien tenir compte dans une analyse des éléments de fond éclairant, a posteriori, la perte de vitesse enregistrée par le FLN, après le Congrès de la Soummam, imputable, à, au moins, deux données sociologiques et politiques déterminantes :
• la première a trait à la place minoritaire occupée dans la société et, donc, dans le FLN, par les élites qui n’ont pas pu dépasser les écarts objectifs existant entre leurs matrices sociales hétérogènes ainsi qu’entre leurs itinéraires politico-culturels formateurs – traditionnalistes/arabophones et modernistes/ francophones – un écueil qui leur fit accepter, avec quelque résignation, la prise du commandement de la Révolution par la paysannerie pauvre, colonne vertébrale de l’ALN et classe qui a le plus pâti de la politique coloniale, d’autant que ces élites se sont vu reprocher d’avoir rejoint, tardivement, l’insurrection ;
• le second élément qui joua dans l’enclenchement de ce processus est la forte mobilisation de ces élites dans la seule gestion diplomatique, doctrinale et administrative de la Révolution qui les éloigna, physiquement, du centre de l’action militaire, surtout, après la décision du CCE de quitter Alger pour siéger à Tunis.
Le plus clair de l’encadrement supérieur du FLN fut versé dans l’action internationale et dans la rédaction des textes structurants du mouvement, des tâches qui l’accaparèrent, longtemps, sur les tribunes du non-alignement et de l’ONU et, aussi, dans les ministères du Gouvernement provisoire où il travailla à doter la cause nationale de vecteurs de communication – presse écrite et radiodiffusion – et à fournir, début 1962 — il faut l’avouer, dans une position de porteur d’eau au service du triumvirat plutôt que de décideur autonome — aussi bien les dossiers que les effectifs d’experts de la délégation dépêchée à Evian pour négocier la fin de la guerre. Acté au Congrès de Tripoli, l’isolement définitif des élites civiles s’explique en effet par la distance qu’elles ont prise avec la réalité du champ de bataille militaire, entièrement, contrôlé par les katibate de l’ALN dont les chefs décidaient de tout — recrutement, logistique, collecte de fonds – empiétant sur les territoires des commissaires politiques et des moussabiline de l’organisation civile du FLN placés, de facto, sous l’autorité des états-majors des wilayas, lesquels commençaient à se méfier de la délégation extérieure jugée laxiste, surtout, par rapport à ce qui allait devenir la pierre d’achoppement principale entre les deux parties : la difficulté des responsables installés au Caire et à Tunis à approvisionner le maquis en armes.
La marginalisation des politiques, à une étape aussi cruciale de l’insurrection, constitue, au regard de l’Histoire des révolutions, un cas assez singulier pour ne pas être souligné si l’on devait le comparer à ceux des révolutions bolchevique, chinoise, vietnamienne ou cubaine, dirigées — même si elles n’avaient pas été, toutes, anti-coloniales — par des partis qui avaient fait respecter le principe de la subordination des militaires à la hiérarchie civile jusqu’à la victoire finale, et plus loin encore.
Une règle et des exceptions
La ligne de démarcation entre les uns et les autres – faudrait-il, toutefois, relativiser – n’était pas nette. A force d’être floue et fluctuante, il se trouva que ceux qui détenaient, aujourd’hui, la puissance de feu pouvaient en être désarmés, le lendemain, sans préavis, victimes des règles excommunicatrices qu’ils avaient eux-mêmes conçues et appliquées à leurs adversaires. Il en fut, ainsi, de Krim Belkacem, Abdelhafid Boussouf et Lakhdar Bentobbal qui, après leur victoire sur Abane Ramdane — par élimination physique – devinrent, au grand désappointement du Président Ferhat Abbas, les véritables chefs du GPRA, maîtres du puissant appareil formé du ministère de la Guerre, du ministère de l’Intérieur et du ministère de l’Armement et des Liaisons générales, matrice de l’arme du renseignement et des transmissions, une position omnipotente qui ne les empêcha pas, au lendemain d’Evian — malgré une résistance de dernière minute — d’être coiffés, sur la ligne d’arrivée, par l’inattendu Houari Boumediène, leur ancien subordonné. La même mésaventure fut vécue par des chefs de l’OS et du groupe des 22 – Mohamed Boudiaf, Hocine Aït Ahmed et, en 1965, par Ahmed Ben Bella – quand, de leur côté, des chefs de Wilaya – les colonels Salah Boubnider et Youcef Khatib – prirent le contrepied de leur hiérarchie — l’EMG — en défendant la légitimité du CNRA et du GPRA, les armes à la main, dans le Titteri et le Constantinois, face à l’avancée de l’armée des frontières ; les mêmes qui troquèrent, après l’indépendance, leur statut de militaires contre celui de militants politiques. Une autre illustration de ces retournements de situation paradoxaux est incarnée par le Président Chadli Bendjedid, militaire de «carrière», ancien colonel, chef du groupe dit du «Bec de Canard» de l’extrême Est algérien, qui se découvrit une vocation de «démocrate» en promulguant la Constitution de 1989 par laquelle il souhaita entrer dans l’Histoire en «père du multipartisme», la porte ouverte au retrait des militaires de la gestion des affaires politiques ; un répit de courte durée car le deal, durement, négocié avec les autres pôles du pouvoir d’Etat qui fit rentrer l’armée dans les casernes, confinée aux tâches de «la défense de l’unité et de l’intégrité du territoire », vola en éclats, lorsque, menacés par les leaders du FIS triomphant, les officiers supérieurs de l’ANP choisirent de donner congé au président de la République, de suspendre la Constitution et de créer, ex nihilo, aux lieu et place, une institution paraétatique – le HCE (Haut-Comité d’Etat) – investie de l’autorité de gouverner le pays en leur nom. Les militaires revenus à la gestion directe expérimentèrent plusieurs formules – «Présidence de l’Etat», «gouvernement d’union nationale» à plusieurs étiquettes (FLN, dissidents du FIS dissous, Hamas, FFS, RCD…) dans le but d’asseoir, sur une base politique civile, la lutte antiterroriste et de desserrer l’étau international dans lequel se débattait l’Etat algérien, accusé par les puissances occidentales de «massacrer le peuple» et de «refuser de reconnaître le verdict des urnes».
L’émergence des partis dirigeants
L’intermède du Président Liamine Zeroual élu, à la régulière, à la magistrature suprême, en novembre 1995, dans un scrutin qui montra de quel côté le fléau de la balance de la société penchait, fut mis à profit pour étrenner, en 1996, dans une Constitution rééquilibrée, un gouvernement appuyé, à partir de 1997, sur une coalition dite de «l’Alliance présidentielle». Formée du FLN – déclassé en raison de son positionnement de 1992 – et du MSP – passé maître dans l’infiltration des centres de décision –, cette coalition fut coordonnée par le RND (Rassemblement national démocratique), «parti de l’Administration», majoritaire à l’Assemblée populaire nationale, six mois après sa naissance sur les décombres de l’ex-parti unique vidé d’une grande partie de sa base et de ses cadres. L’entrée de la notion de «partis dirigeants » dans le lexique politique national date de la formation de cette coalition qui prit le nom de «Majorité présidentielle» élargie par le Président Abdelaziz Bouteflika, à l’entrée en vigueur de la loi sur la réconciliation nationale. Celle-ci aggloméra d’autres partis moins importants – ANR, MPA, TAJ … — ainsi que des organisations patronales – le FCE –, l’expression des nouvelles clientèles produites par les changements socio-économiques post-terrorisme : ouverture, plus grande, de l’Algérie au capitalisme national et international ainsi qu’aux nouvelles tendances de l’islamisme exportées par les pays du Golfe. Le régime ne put reprendre la main qu’au bout de plusieurs compromis d’étapes entre les protagonistes des crises passées, inaugurant un cycle de gouvernance rythmé – à l’orée des années 2000 – par une providentielle embellie financière conjuguée à des réformes drastiques auxquelles il dut se plier sous la charge d’une mondialisation conquérante. Tout en injectant dans la nouvelle recomposition politique des clones des formations du Mouvement national d’avant 1954 – dans des versions dégénérées ou apostasiques, il n’en rénova pas moins le tableau du paysage politique en lui apportant, ne serait-ce qu’au plan de la forme, une touche «pluraliste», corrigée par des arrière-pensées caporalisatrices ou récupératrices parce que menée sous un étroit contrôle politico-sécuritaire. Les Présidents algériens à l’épreuve du pouvoir et L’opposition politique en Algérie, nos deux précédentes études parues, entre 2015 et 2017, dans la collection «Essais» de Casbah-Edition, ont, abondamment, décrit et analysé les grands moments de cette période mouvementée de la vie politique nationale. La présente recherche se propose, elle, d’explorer les territoires méconnus du pouvoir d’Etat algérien et de faire remonter à la surface les dessous de ceux qui furent, insuffisamment, mis en relief, en essayant d’éviter les interprétations schématisées ou manichéennes, abusives, qui en biaisèrent la compréhension correcte. Parmi ces interprétations, il y en eut qui sous-estimèrent l’aptitude politique des civils à peser sur les orientations et les décisions de la direction du pays, fût-elle à dominance militaire, et d’autres qui ont surévalué les capacités démiurgiques des messianiques de l’armée, faiseurs solitaires de présidents. Les lecteurs suivront, ainsi, durant les sept mois qui nous séparent de l’élection présidentielle d’avril 2019, un exposé et une analyse détaillés des origines et des mutations des «partis dirigeants» — essentiellement le FLN et le RND – aux facettes moins conventionnelles qu’il n’y paraît, à première vue, subissant «les coups d’Etat scientifiques » et les scénarios «venus d’en haut» ou réactifs à la chape de plomb de l’autorité suprême avec un certain volontarisme, comme ce fut le cas en 1992.
Constances et métamorphoses du FLN et du RND
L’idée qui sera développée, à l’appui de cette démarche, est qu’il y eut plusieurs FLN dans le FLN et plusieurs RND dans le RND. Chacun de ces deux partis fut, à certains moments de son Histoire, rétrogradé et humilié ou, à l’opposé, dopé par les faveurs du prince, tant il est vrai qu’ils furent dépendants des parrainages ou des reniements sanctionnant des convergences ou des déphasages intervenus dans leurs rapports avec les forces du pouvoir réel, partenaires ou rivales, dans le déroulement d’un parcours historique, loin d’être uniforme. Le FLN de Tripoli de 1962 n’était, déjà, plus, celui de la Proclamation de 1954, pas plus que celui de la Soummam de 1956 auquel ne ressemblera ni le parti de la Charte d’Alger de 1964 du Président Ahmed Ben Bella, ni l’Exécutif – Appareil du Président Houari Boumediène, subordonné, en 1965, à un Etat appelé «à survivre aux évènements et aux hommes», encore moins, à celui du président-secrétaire général Chadli Bendjedid qui s’en servit pour tenter de réaliser, en 1979, une osmose armée-administration- parti, réglée par l’article 120. Celle-ci finira dans le divorce d’octobre 1988 et la destitution de Mohamed Cherif Messaâdia, responsable du Secrétariat Permanent du Comité central, l’homme qui fit siéger la direction du parti au Palais du gouvernement, haut lieu du pouvoir exécutif ; un emménagement destiné à afficher, ostensiblement, sur fond de déchirements entre «socialistes» et «libéraux», un leadership de façade resté dans les annales. Enfin, le Président Mohamed Boudiaf avait eu l’intention déclarée de lui assener le coup de grâce, en 1992, en recommandant de le « remiser au musée » et de le remplacer par le RPN (Rassemblement populaire national). Le RND dont l’un des motifs de création fut de procéder au ravalement de la façade du pouvoir d’Etat et, par là même, punir le parti du FLN pour sa collusion avec l’opposition, en 1992, n’a pas, non plus, obéi à une linéarité qui l’aurait exempté de divisions et de mises au pas. Le RND, considéré par Abdelhak Benhamouda, son principal inspirateur, comme «un rempart contre l’intégrisme et le fer de lance du patriotisme et de la démocratie», fut, après l’assassinat de ce dernier, récupéré et dévitalisé par celui de Tahar Benbaïbèche et Abdelkader Bensalah pour donner le RND d’Ahmed Ouyahia, une formation passée, sans transition, de l’éradication de l’islamisme à la réconciliation avec lui et du social-libéralisme au néo-capitalisme expansionniste. Toutes ces évolutions et involutions seront passées en revue et mesurées à l’aune des rapports que ces partis ont entretenus et continuent d’entretenir — via les autres institutions de la République — avec l’ANP ; le but étant de reconstituer les processus réels de production de la décision et, par conséquent, de cerner la part de réalité et la part de fiction du pouvoir dont ces formations sont supposées être porteuses, ou non, face ou sous la houlette de l’institution militaire.
B. E. M.
Prochainement : «Les partis dirigeants algériens» (2e partie) : «Le front de libération nationale : Des origines au Congrès de la Soummam»
P.S. : Mes pensées, très fortes, vont, en ces jours de victoire — toute relative —sur une infime partie du déni colonial français, à tous les intellectuels, historiens, auteurs, militants et citoyens algériens qui ont porté haut, par l’action, la parole ou la plume, pendant des décennies, le combat pour la vérité historique et la préservation de l’honneur et de la dignité de la mémoire du peuple algérien.
Ce combat se poursuivra jusqu’à ce que l’état français aura reconnu et assumé, au-delà du cas de Maurice Audin, sa responsabilité, pleine et entière, dans les crimes contre l’humanité qu’il a commis dans notre pays, de la conquête génocidaire de 1830 à la sale guerre livrée, sept années durant, par une armée sans foi ni loi contre des populations sans défense.

 

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