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Etude

LES PARTIS DIRIGEANTS ALGÉRIENS Les limites historiques d’une gouvernance sous tutelle (9e partie et fin)

Publié par Badr’Eddine Mili
le 30.05.2019 , 11h00
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Par Badr’Eddine Mili
Arrivée, donc, à son terme, la présente étude sur le statut et les fonctions affectés aux partis dirigeants algériens dans la structure du gouvernement de l’Etat s’était, dès son introduction, fixé pour but, d’identifier et de reconstituer les véritables acteurs et processus de production de la décision politique et de cerner la part de réalité et la part de fiction du pouvoir dont ces formations sont supposées avoir été ou être détentrices sous l’autorité de l’institution militaire ou non.
L’analyse des parcours et des relations du FLN avec l’ALN puis avec l’ANP, menée sur une période de 65 années, a montré, en réponse à l’hypothèse de travail posée au départ, que la Révolution et l’Etat se sont, bel et bien, organisés et construits, dans le contexte d’une suite de luttes que «les militants civils» et «les militants en uniforme» de l’un et des autres se sont livrées de façon ininterrompue.
Il a, en même temps, été établi, en remontant le cours des décantations dans le mouvement national indépendantiste, que ces luttes portèrent la marque indélébile de la scission entre les légalistes du MTLD et les révolutionnaires de l’OS sur les voies et les moyens de libérer le pays du colonialisme.

Causes et conséquences de l’ascendant pris par l’armée sur le FLN
Ce n’est qu’après que le FLN se fut constitué en rassemblement des forces acquises à l’engagement militaire que ces luttes s’exacerbèrent sous l’effet de l’élargissement de la base sociale et politique de la Révolution posant le problème de savoir, face à la multiplication des prétendants à sa direction, quelle était la force la plus prédisposée à en assurer le commandement.
La paysannerie, principal réservoir de recrutement de l’ALN, fit, alors, valoir son leadership en arguant de sa position de classe qui a, le plus longtemps, résisté à la conquête coloniale et payé le plus lourd tribut à l’occupation, écartant de toute responsabilité centrale ses « compagnons de route » soumis, à partir de 1959, à un examen probatoire perpétuel.
L’ascendant pris par l’ALN sur les « militants civils » aussi bien fondateurs que ralliés, créera, à l’intérieur du mouvement insurrectionnel, un rapport de forces irréversible qui investira l’Armée dans le rôle de gardien de la Révolution et, après l’indépendance, de tuteur de l’Etat qu’elle dirigera, directement ou par délégation, après en avoir jeté les fondations, le dotant, à chaque étape de son développement, de référents idéologiques et politiques conformes à sa conception messianique du Pouvoir.
Attachées, ainsi qu’on l’a vu, à l’esprit de l’OS plus qu’à celui du FLN, l’ALN et l’ANP ont, constamment, tenu le Front, en suspicion, à cause de la disparité sociale et politique des ajouts agrégés à la souche irrédentiste du PPA-MTLD.
Aussi, le statut et les fonctions qui lui furent assignés dans les régimes post- indépendance ne devaient, en aucun cas, déborder des limites d’un appareil d’approbation et d’ampliation des directives politiques arrêtées par les décideurs de l’Armée.

Trois exceptions à la règle
La subordination totale du FLN à l’Armée ne fut pas facile à obtenir. Avant de devenir la règle du gouvernement de l’Etat, elle transita par plusieurs crises au cours desquelles le parti se révolta contre une tutelle jugée usurpatrice et s’attaqua, frontalement, à elle, à trois reprises, dans le même esprit que la résistance qu’il opposa à l’EMG, à travers le GPRA, avant et pendant le congrès de Tripoli.

• La première :
Après qu’une partie de sa direction eut conclu une alliance avec l’Armée, le FLN travailla, entre 1962 et 1965, à mettre en avant les militants survivants du PPA-MTLD autour du projet d’édification d’un Etat socialiste, en association avec la gauche marxiste, un objectif qui, de son point de vue, lui aurait permis, s’il avait été atteint, de récupérer le pouvoir réel, porté qu’il était par une dynamique internationale favorable.
Mais, organiquement, saigné par les purges et politiquement, miné par les insuccès d’une expérience socialiste qui n’avait pas pris, il échoua à s’émanciper d’un «Pouvoir révolutionnaire» qui n’eut, après le 19 juin 1965, aucune peine à l’évider de ce qui lui restait de substance et à le rabaisser au niveau d’un appendice administré par l’Etat.

• La deuxième :
Trente années, plus tard, en 1992, Abdelhamid Mehri adepte d’une démocratie sans les chars, entreprit, de nouveau, de sortir le FLN de la sphère de contrôle de l’Armée, en scellant à San’t Egidio, avec le FIS et le FFS, un pacte assimilé par les militaires à une trahison.
Redressé par un «coup d’Etat scientifique» le parti subira, en retour, une scission dont il ne se remettra, difficilement, que vingt ans plus tard.

• La troisième :
En prenant le FLN, sous sa protection, pour le réhabiliter, à des fins intéressées, alors qu’il le vouait aux gémonies pour le bannissement qu’il encourut, de son fait, Abdelaziz Bouteflika l’enrôla dans sa guerre contre l’Armée au nom de «l’Etat civil».
Alternant alliances tactiques et divorces fracassants, le Président du FLN parvint à diviser l’institution militaire en dressant, en 2004, le DRS contre l’état-major et, en 2013, le second contre le premier. La tentative d’instaurer un «Etat civil» avorta, comme les précédentes, au moment où tout était prêt pour entériner le 5e mandat monté par le cabinet parallèle.
La machine des tenants jusqu’aux-boutistes d’une option des plus improbables s’emballa et s’écrasa contre un mur que nul ne vit venir. Le peuple, acteur, longtemps ignoré, fit irruption sur la scène, le 22 février 2019, et rebattit toutes les cartes.
En cherchant à faire la part des déterminants qui dévaluèrent le FLN et privilégièrent l’Armée dans la course à la conquête et à la conservation du pouvoir, dans les deux périodes pré et postindépendance, il est apparu que plusieurs facteurs ont convergé pour favoriser la tendance à la disqualification du parti et, concurremment, à la consécration des militaires à la tête du pays avec, toutefois, faut-il le relever, l’émergence, en des conjonctures particulières, d’un équilibre fragile et inconstant entre les deux.

La disqualification du FLN
Le FLN s’est rendu à la fatalité de son déclassement au sein de la hiérarchie dirigeante, avant et après 1962, sous le coup d’une série d’évènements et de décisions, les uns indépendants de sa volonté, les autres relevant de sa responsabilité propre.
1- La distanciation qu’il observa par rapport à l’action militaire, aux premières années de la lutte armée, en se confinant dans l’exécution de tâches doctrinales, administratives et diplomatiques, le priva des moyens d’influer sur le terrain opérationnel où se gagnaient les dividendes politiques les plus qualifiants.
La décision prise par le CCE de quitter le pays, en pleine bataille d’Alger, eut, à cet égard, des conséquences négatives, en ce sens qu’elle rompit la chaîne du commandement et accéléra l’insubordination latente des wilayas vis-à-vis de la Direction civile.
2- L’intégration, lors du congrès de la Soummam, des centralistes, des udmistes et des ulémistes, au CCE et au CNRA, sur des positions surclassant celles attribuées aux pionniers de Novembre, provoqua des réactions de frustration à l’origine de la remise en cause des mesures adoptées, même si, dans l’absolu, elle procédait de l’intérêt qu’il y avait à fédérer, institutionnellement, les forces de la Nation autour de l’objectif prioritaire de l’indépendance.
3- Sa désertion, en 1962, par ses «alliés» qui, poussés vers la sortie, choisirent de réactiver leurs partis d’avant 1954, le déposséda de militants de valeur qui auraient pu, s’ils avaient continué à y émarger, contribuer à le maintenir en condition, grâce à leur compétence et à leur aptitude à mobiliser.
Ce manque à gagner qui prolongea les pratiques réductrices dont furent victimes les élites, avant l’indépendance, fut aggravé lorsqu’il leur appliqua, dans les années 80, l’article 120 interdisant aux non- militants l’accès aux fonctions supérieures de l’Etat.
4- Cependant, les deux coups mortels qui le mirent hors course, il se les porta, lui-même :
- d’abord, en sabordant, en 1962, ce qui restait de sa Direction historique emportée par la spirale des ambitions personnelles, le sectarisme politique et les réflexes régionalistes supposés, pourtant, avoir été abolis par la Révolution ;
- ensuite, en virant de bord, détourné de ses fondamentaux par l’invasion des clientèles corrompues secrétées par plusieurs règnes dont celui du Président Bouteflika qui le métamorphosèrent en une masse informe utilisée par les têtes de ponts de l’affairisme pour s’engouffrer dans les centres de commandement de l’Etat.
La consécration de l’armée
L’armée algérienne a, souvent, été présentée par certains partis et médias locaux ainsi que par des puissances étrangères et les propagandistes du « qui tue qui ? » sous les traits « d’une armée putschiste, faiseuse de Présidents et répressive ».
L’Armée ne saurait, naturellement, être réduite à ces clichés, quelle qu’aient pu être son comportement et ses erreurs passés.
Elle peut être tenue pour responsable de certains tournants pris par l’Histoire de l’Algérie sur laquelle elle laissa de profondes empreintes mais il serait très difficile de nier qu’elle fut et reste une Armée patriotique d’extraction populaire, la colonne vertébrale de l’Etat national républicain sans laquelle le pays aurait été livré à toutes sortes d’aventures et de convoitises intérieures et extérieures.

Elle surclassa le FLN parce que :
1- Pendant la Révolution armée, elle avait été, contrairement à lui, au contact direct avec le terrain qu’elle apprit à maîtriser, ce qu’elle démontra lors de l’offensive du Nord Constantinois d’août 1955.
La guerre de guerilla qu’elle y mena s’est avérée, néanmoins, insuffisante à forcer la décision, faute d’armement et d’expériences d’un niveau égal à celui des troupes françaises.
La levée, aux frontières, d’une Armée puissamment équipée et formée aux techniques de la guerre moderne, rectifia le déséquilibre et dota la Révolution d’une institution qui voulait avoir son mot à dire sur l’avenir de l’Algérie indépendante.
2- Soudée autour d’un état-major commandé par le colonel Houari Boumediène, elle mit, rapidement, un terme au développement du wilayisme accusé de «congoliser» l’Algérie et fit exploser le FLN au congrès de Tripoli.
3-La parenthèse benbelliste du «parti d’avant-garde» fermée, le Conseil de la Révolution s’attela à bâtir, au pas de charge, un Etat central fort.
Le pari fut gagné avec, à l’intérieur, l’obtention d’une relative cohésion sociale et, à l’extérieur, la reconnaissance internationale, entaché, cependant, par la série de crises politiques et économiques qui précédèrent et suivirent le décès du Président Boumediène.
4- Le rapport dominant entretenu par l’Armée avec le pouvoir n’a cependant pas été linéaire, car bien qu’elle ait joué un rôle prépondérant dans la désignation des Directions politiques de l’Etat, elle n’en a pas moins été obligée, en des périodes sensibles, d’y associer le FLN, puis le RND, en leur déléguant des prérogatives exécutives.

Les équilibres entre le FLN, le RND et l’armée dans la répartition des pouvoirs
Un décompte statistique, valable pour la période 1962-2019, rappelle que les Présidents issus directement de l’armée furent au nombre de trois : Houari Boumediène, Chadli Bendjedid et Liamine Zeroual et que ceux choisis parmi les civils furent d’un nombre égal : Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf et Abdelaziz Bouteflika.
Les militaires nommés, à partir de 1979, à la chefferie du gouvernement furent : Mohamed Benahmed Abdelghani, Abdelhamid Brahimi, Kasdi Merbah et Mouloud Hamrouche, les trois premiers, membres du Bureau politique du FLN, après 1979, et le quatrième, du Comité central, tandis que les civils désignés à ce poste furent : Redha Malek, Belaïd Abdeslam, Mokdad Sifi, Sid Ahmed Ghozali, Ahmed Ouyahia, Smaïl Hamdani, Ahmed Benbitour, Ali Benflis, Abdelaziz Belkhadem, Abdelmalek Sellal, Abdelmadjid Tebboune et Noureddine Bedoui, deux, membres du FLN historique, deux, Secrétaires généraux du parti, un, du RND et le reste sans étiquette.
Ces chiffres renseignent sur l’existence de ces équilibres que l’Armée concéda, en certaines périodes, sans que l’on sache, avec exactitude, les mobiles réels qui l’y poussèrent.

Il convient, à cet égard, de souligner que :
1- Ce furent «les militants civils» qui négocièrent les Accords d’Evian et gérèrent, en 1962, de concert avec «les militants en uniforme» les opérations de résorption des séquelles de la guerre et la reconstruction. Ils furent, néanmoins, les seuls à avoir rédigé la Plateforme de la Soummam, le Programme de Tripoli, la Charte d’Alger et la Charte nationale.
2- Sous le mandat du Président Chadli Bendjedid ce fut le FLN qui dirigea l’Exécutif et le Parlement tandis que sous celui du Président Houari Boumediène ce fut une task-force composée de technocrates non apparentés qui supporta la charge de la conception et de la mise en œuvre de la stratégie de développement économique de l’Algérie avant que le Président ne se ravise, à l’apparition d’une opposition à sa droite, et ne responsabilise le FLN en appelant à sa tête Mohamed Salah Yahiaoui et Mohamed Chérif Messaâdia.
Avec le Président Zeroual, c’est le RND qui trusta la direction des institutions à l’échelon national et local, une carte de distribution des rôles révisée par le Président Bouteflika qui donna une seconde vie au FLN en contrepartie d’un embrigadement au service d’une politique à l’opposé des orientations qu’on lui connaissait auparavant.
Par un jeu de bascule, entré dans les mœurs politiques après la scission de l’ex-parti unique , il se trouva, donc, que même nanti d’une majorité électorale, le FLN se verra, pendant plusieurs mandatures, supplanté par le RND et les sans-étiquette, à la tête du gouvernement.
La règle respectée à l’Assemblée populaire nationale était, par contre, de réserver la Présidence, uniquement, au Front, quand celle du Senat devait revenir au RND sauf, une seule fois, en 1997, lorsque le Président Zeroual y nomma Bachir Boumaza, démis, peu après, par le Président Bouteflika.
3- Fonctionnant sur la base des quotas claniques et régionaux, le propre de ce système, parfois monopolisateur, parfois délégataire, est réglé par des codes immuables.
Plusieurs générations de dirigeants se succédèrent à son sommet sans que, pour autant, ces codes aient changé d’un iota …
C’est ainsi, par exemple, que ceux qui ont sacré Chadli Bendjedid Président ne sont pas ceux qui le poussèrent à la démission pas plus que ceux qui firent appel à Abdelaziz Bouteflika n’ont été à l’origine de son départ, les chefs passaient mais les procédés utilisés demeuraient .
La Révolution du 22 février a enrayé ce logiciel qui ne servira, probablement, plus à délivrer les visas du pouvoir dans les conditions qui ont été décrites tout au long de cette étude, laquelle a, finalement, montré que les partis dirigeants ont fonctionné selon les règles d’une gouvernance sous tutelle qu’ils ont accepté d’appliquer, à la lettre, sauf lorsqu’ils ont tenté, sans succès, d’y déroger dans les circonstances spéciales analysées ci-dessus. Ce mode de gouvernement a atteint ses limites historiques et doit, maintenant, laisser place à un autre fondé sur le respect de la liberté de choisir et l’alternance au pouvoir.

La révolution du 22 février : le peuple, l’armée et la nouvelle république
La Révolution du 22 février née de l’élan vital d’un peuple lancé à la reconquête de sa dignité et de son Histoire confisquées, a, en quelques semaines, complètement, bouleversé l’équation du pouvoir d’Etat en défaisant la coalition politico-financière qui l’avait asservi, occupant la scène accompagné par l’Armée nationale populaire, le seul partenaire possible avec lequel il pourrait, à l’exclusion de toute autre partie, nouer une alliance historique qui donnerait naissance à une nouvelle République fidèle à Novembre et à l’Etat national.
Devant une situation extrêmement difficile, l’un et l’autre sont, aujourd’hui, mis dans l’obligation de relever le défi de trouver, ensemble, une solution à la crise constitutionnelle et politique qui secoue le pays en conjuguant leurs forces et en dépassant leurs faiblesses, l’objectif étant de réunir toutes les conditions indispensables au passage vers un régime démocratique qui répondrait aux aspirations de toute la Nation.

Le peuple
Grâce à son pacifisme c’est, désormais, le peuple qui occupe le sommet de la pyramide politique. Il a cessé d’être cette quantité négligeable soumis à la gouvernance sous tutelle où n’étaient concernés que les institutions et les partis du pouvoir d’Etat et, accessoirement, l’opposition. En l’espace de trois mois, sa révolution qui a refusé d’être baptisée des noms de couleurs et des fleurs des «Printemps» arabes et européens, a abattu plusieurs pans de la forteresse du régime finissant, déchu son chef, déclaré ses partis hors-la-loi et envoyé en prison ses intouchables.
Inattendu par ses adversaires qui pensaient l’avoir chloroformé, pour longtemps, le peuple est revenu à la politique avec une force d’une amplitude qui dépasse, de loin, celle de ses précédentes irruptions dans l’Histoire.
L’idée qui voulait que le pouvoir fut conçu, organisé et réparti selon le bon vouloir des forces qui le concentraient entre leurs mains est en train de reculer. C’en est fini de la pièce jouée dans les coulisses d’un théâtre d’ombres où les rôles des personnages s’écrivaient et se distribuaient au gré des caprices du prince régnant et de son cabinet fantôme.
Parallèlement à ces points forts , le mouvement charrie plusieurs faiblesses qui menacent de le handicaper et de réduire sa marge du manœuvre.
Il ne dispose ni d’une organisation ni d’une direction qui le représenteraient auprès de ses interlocuteurs.
Les mots d’ordre qu’il décline, chaque semaine, dans ses marches ne peuvent tenir lieu de programme. Le mouvement est arrivé à un niveau de maturation qui exige la rédaction d’un texte d’orientation qui balise son action. En se dotant d’une structure et d’une charte, il se prémunirait du risque d’infiltration et de détournement par les partis qui tentent de le canaliser en lui faisant endosser leurs programmes..
Un prompt rappel à l’ordre à tous ceux-là lui assureront l’indépendance requise, condition de sa continuité et de son aboutissement.

L’armée
L’armée qui détient, toujours, le pouvoir réel, tout en se déclarant éloignée de la politique, n’est plus ce qu’elle était.
Elle n’a plus rien à voir avec l’armée des années 80 dirigée par les DAF ni avec celle dont la hiérarchie était, outrageusement, dominée par le DRS.
Bien que travaillée, encore, par l’esprit messianique, elle ne compte plus de «militants en uniforme» et ne s’identifie à aucun chef au profil césariste du type de celui incarné, dans le passé, par Houari Boumediène.
Tout en restant un haut lieu de brassage des jeunes Algériens de toutes les conditions et de toutes les régions, à travers le Service national et les Ecoles des cadets de la Nation, elle a fait un grand bond en avant en devenant un corps hautement performant, internationalement apprécié pour sa lutte efficace contre le terrorisme.
A côté de ce titre reconnu par ses homologues étrangères, elle est en train d’en briguer un autre, celui d’entrepreneur actif dans les industries de l’armement, de l’automobile et de l’aéronautique où elle produit une valeur ajoutée qui profite à l’économie nationale.Avec un potentiel aussi riche en compétences scientifiques, techniques et entrepreneuriales, elle a, en principe, de quoi opérer, en son sein, une Révolution culturelle qui la libérerait de sa principale faiblesse, l’autoritarisme, qui la fait encore hésiter et tarder à faciliter l’instauration dans le pays d’une démocratie réelle.
Le peuple est conscient de cette faiblesse mais sait, en même temps, qu’il lui est impossible de s’aliéner l’accompagnement de l’armée dans la réalisation de cette ambition tracée par la proclamation du 1er Novembre 1954, ce pourquoi, il fait tout – par son pacifisme et ses appels au dialogue – pour l’aider à être plus réceptive et à muter ainsi que beaucoup d’autres institutions militaires l’ont fait, avant elles, en Europe, en Asie et en Amérique Latine.
Il contribuera, peut-être, de cette manière, à l’amener à lever cette hypothèque qui l’empêche, jusqu’à aujourd’hui, d’admettre que le pouvoir d’Etat puisse, ultérieurement, prendre de la distance avec elle, une perspective qui lui paraît difficilement envisageable, habité qu’elle est par cette hantise de voir l’Etat, cédé au gouvernement de ses adversaires de toujours, les extrémistes et les minorités agissantes de droite et de gauche qu’elle accuse, régulièrement, de collusion avec les puissance étrangères.

La nouvelle République
La nouvelle République – et non la Seconde ainsi que les «admirateurs» de l’Histoire de France essayent de le suggérer – est une œuvre de longue haleine. Ce n’est pas en quelques mois ni en quelques années qu’elle prendra une forme et revêtira un contenu achevés et satisfaisants. De nombreux préalables politiques, juridiques, institutionnels et culturels nécessaires à sa mise en route doivent être réunis.
Dans l’immédiat, il est indispensable que le mouvement populaire et l’armée rapprochent leurs points de vue et arrivent à donner corps à un compromis qui économiserait au pays des épisodes tragiques dont l’issue prévisible ne serait rien d’autre que l’internationalisation de la crise comme en 1997 où l’ONU avait dépêché à Alger le panel de Mario Soarès venu enquêter sur les massacres de Bentalha et de Raïs.
L’idéal serait que l’un et l’autre acceptent de dégager une formule qui emprunterait, à la fois, à la Constitution ainsi que l’Armée le veut et au dialogue politique ainsi que le souhaite le mouvement.
S’ils s’entendent sur le principe, les choses iront très vite : Dans une transition de courte durée – l’armée en a bien instauré trois par le passé — il sera procédé à la convocation d’une conférence nationale regroupant les délégués élus du mouvement, les représentants des partis de l’opposition, ceux de l’Etat et des élites qui statueront sur le dispositif, les modalités et le calendrier de la transition, en fonction desquels sera installée une commission d’organisation et de surveillance des élections présidentielles qui, de l’assainissement des listes électorales jusqu’à la proclamation des résultats, sera présente à toutes les stations du processus en l’absence du ministère de l’Intérieur et de toute autre représentation gouvernementale exclus d’office.
La vacance de la présidence de la République comblée, il reviendra au nouveau chef de l’Etat légitimé par le suffrage démocratique d’ouvrir les chantiers de la construction de la nouvelle République qui passent, évidemment, par la révision de la Constitution et de la loi sur les partis, la dissolution du Parlement et l’organisation des élections législatives et locales : un premier pas sur une route qui sera longue mais tellement enthousiasmante pour la jeunesse algérienne qui, sans jeunisme ni complexe d’Œdipe, montrera à la Nation et au monde ce dont elle est capable...
B. E. M.

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