Rubrique
Evocation

Ali la Pointe, l’enfant de Miliana

Publié par Kamel Bouchama
le 07.05.2018 , 11h00
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En marge de notre «Café littéraire» à Miliana, le vendredi 27 avril 2018, où nous avons animé, Mme Amhis et moi, une importante conférence sur notre académicienne Assia Djebar, un jeune Milianais, cousin du héros de la «Bataille d’Alger», Ali La Pointe, a engagé avec moi un échange en aparté, me priant avec insistance de parler un peu de cet enfant, natif de la ville de Bologhine, Ibnou Ziri es-Sanhadji, cette cité d’art, de culture et d’Histoire que protège le saint patron Sidi Ahmed Benyoucef. Pouvais-je décliner cette sollicitation que j’ai acceptée immédiatement et appréciée à sa juste valeur, puisqu’il s’agissait de remémorer un héros de notre glorieuse révolution de Novembre et le présenter aux jeunes qui ne connaissent pas ou peu l’Histoire de leur pays ? En effet, j’ai accepté ce souhait de ce jeune Milianais, parce qu’au fond de moi-même je me dis, constamment, que lui et ses pareils — par notre faute— ne connaissent pas l’épopée glorieuse de ces milliers de combattants qui ont créé la rupture avec les pratiques anciennes et abordé une phase plus concrète qui nous a permis de recouvrer notre souveraineté nationale. Ils ne connaissent pas l’histoire de ces jeunes, qui avaient leur âge à l’époque, et qui ne voulaient point être vaincus et jetés dans le statut colonial. Il faut donc leur dire que ces jeunes n’ont pas hésité pour marquer, avec ostentation, leur réprobation devant un système qui n’avait rien d’humain, parce que trop humiliant, sans aucune morale…, et qu’ils ont rejoint les rangs de la révolution où s’exprimait la volonté du peuple.
Parmi ces jeunes, ces nombreux jeunes, nous parlerons de Ali la Pointe, avec une certaine fierté car, de par sa participation effective à la lutte armée, de par ses exploits, il manifestait un enthousiasme sans précédent, en entretenant la flamme du patriotisme ardent, lucide et résolu. Ces valeurs l’ont amené à lutter héroïquement pendant la «Bataille d’Alger», aux côtés des non moins valeureux Yacef Saâdi — leur chef — et autres Omar Hammadi, Ahmed Chaïb, Arbadji, Abaza, Moh Seghir… Ali la Pointe était comme tous ces jeunes qui avaient un point commun : «la volonté avérée de leur constante hostilité à l’égard du code colonial» et qui «brûlaient du feu sacré de la flamme du patriotisme». Il incarnait comme tous les autres jeunes de son âge, en cette époque, «le pur produit des convulsions sociales que le régime colonial n’avait jamais cessé de sécréter».

Qui est Ali la Pointe ?
Un solide garçon, en 1955, un peu casse-cou, comme le décrivait son chef et non moins ami, Yacef Saâdi, qui explose et inscrit son nom en lettres indélébiles dans l’Histoire de la guerre d’Algérie et, plus particulièrement, dans celle de la «Bataille d’Alger».
De son vrai nom Ali Ammar, cet enfant du versant sud du majestueux Zaccar, de la ville historique de Miliana, ce creuset de nationalistes, s’est vite forgé un destin, celui de justicier. Encore adolescent, il défend les faibles et s’empresse de faire réparer le préjudice dont ils sont victimes. Cela se passait bien avant le déclenchement de la lutte de Libération nationale, quand il s’évertuait à monter sur le ring, du temps où l’idée de devenir champion de boxe le hantait.
Arrêté deux fois et condamné pour avoir exhibé ses muscles, joué au «redresseur de torts» et disputé le spectre de la notoriété aux «caïds de la place», Ali la Pointe n’est pas indifférent, dans sa prison de Serkadji, au vent qui souffle depuis quelques mois. En effet, parce qu’il est bien pris en charge et «travaillé» par les militants qui séjournaient déjà, en cette année 1955, dans cet effroyable pénitencier. Ainsi, il prend le train dans cette lugubre demeure carcérale..., il prend le train de la révolution et s’évade de la prison de Damiette, après son transfert pour rejoindre, via Blida, le quartier chaud de Zghara, au pied du mont de la Bouzaréah.
On le présente à Yacef Saâdi dans une demeure au cœur de la Casbah. Cette rencontre eut lieu peu de temps après son évasion. Ahmed Chaïb, dit le «Corbeau», est l’organisateur de cette historique et bien heureuse rencontre.
Le justicier d’hier ne tarde pas à montrer sa témérité et son engagement total aux côtés des autres combattants de la liberté. Le soir même de sa présentation à Yacef Saâdi, et après la mission que lui a confiée ce dernier, il liquide, dans un geste de bravoure, un traître au boulevard de la Victoire. Bien belle prémonition, que cet endroit où il exécute sa première mission, sans hésiter !
A partir de là, il s’engage corps et âme dans le combat. La rue des Abdérames, que le sourire espiègle et la bonhomie de «Petit Omar» ou de Bouhamidi rendaient encore plus accueillante, devient le premier endroit de La Casbah où des hauts faits vont faire parler l’Histoire que des hommes de la trempe de Ali la Pointe écriront par leur courage, leur sacrifice et leur détermination.
Ali la Pointe, que rien n’arrête, souple et agile comme un trappeur, s’enfonce dans des situations les plus dangereuses et fait parler sa mitraillette pour stopper les élans des traîtres et des «indics». La rue Marengo, «Djamaâ Lihoud», Soustara, Bab-El-Oued et autres quartiers d’Alger connaissent désormais fort bien le justicier transformé en fidaï, un combattant de la liberté. Le préfet Colavéri, malgré le bouclage de La Casbah, en fermant les principaux accès et sorties avec des obstacles barbelés militaires, ces chevaux de frise qui ceinturaient tous les quartiers, n’a pu venir à bout de ce qu’il considérait comme des incursions «insolentes» de ce jeune «terroriste» – dans le langage de la colonisation –, et de ses semblables et n’était pas de taille à réfréner leur ardeur. Le corps de sécurité colonial, à travers ses états-majors, ne savait où donner de la tête car Ali la Pointe, le téméraire, frappe à Saint-Eugène (Bologhine), au cœur même de la ville européenne, une heure après ou moins d’une heure, il frappe à Maison-Carrée (El Harrach) où un autre ponte — considéré ainsi par les colons — tombe comme un pantin désarticulé. Décontenancés, ces stratèges du commandement français, dans Alger, se demandaient à qui ils avaient affaire.
Ils avaient affaire tout simplement à un brave combattant qui, lancé dans la bataille, pour la survie d’un peuple, ne savait reculer devant aucun danger. Ils avaient affaire à tous ces jeunes, qui étaient nombreux et qui, libérés de la peur et surtout de ce sentiment de terreur après les représailles, entre autres celle de la rue de Thèbes qui aurait fait 73 morts, se bousculaient pour pénétrer profondément dans la bataille et accomplir leur devoir sacré contre un occupant qui n’avait toujours pas compris que le peuple était résolument tourné vers son indépendance. Ils avaient affaire également à toutes ces jeunes filles, les Hassiba Ben Bouali, Djamila Bouazza, Djamila Bouhired, Zohra Drif, Djaouher Akrour, Baya Hocine, Samia Lakhdari, Zahia Kherfallah, Danièle Minne, Annie Steiner, etc. qui luttaient contre la machine de guerre infernale des généraux et colonels français qui broyait, sans distinction, de pauvres malheureux : des hommes, des femmes et même des enfants. Ils avaient affaire à tous ceux-là, sans oublier le «Petit Omar» — il faut remémorer son souvenir à l’occasion de cette évocation de Ali la Pointe —, «ce gamin de douze ans dont le destin surnaturel était né et allait s’éteindre à l’intérieur même de La Casbah, le temps d’une guerre particulièrement sanglante, qui a su saisir l’impérieuse nécessité de se mettre aux côtés de la juste cause de son peuple, en déployant tout son potentiel de courage, d’abnégation et de sacrifice».
Ils avaient affaire à tous les braves de la «Bataille d’Alger», cette bataille qui signifiait le passage à un autre visage de l’Algérie en guerre et une réponse cinglante au mépris du colonialisme qui redoublait de violence et qui ne voulait pas essayer de pénétrer les voies de la paix.
Ainsi, Ali la Pointe, qui fut l’un des héros de cette épopée, a contribué à créer ce tournant décisif dans l’Histoire de la révolution, un tournant qui a fait «avancer le problème sur le triple plan, algérien, international et français». Ali la pointe, dont le souvenir restera dans la mémoire des vivants, est tombé après maints exploits, en automne 1957 et le 8 octobre. Ce jour-là, les parachutistes du 1er régiment étranger (REP), sous la conduite du capitaine Allaire, agissant sur renseignements, encerclent la maison sise à la Casbah où se cachaient Ali la Pointe et ses compagnons.
Repérés, les forces coloniales procèdent alors volontairement à une déflagration qui entraîne l’effondrement de trois maisons, faisant une vingtaine de morts, parmi lesquels Ali la Pointe et ses camarades, dont le Petit Omar, Yacef, âgé à peine de 13 ans.
Ali la Pointe est allé rejoindre dans le Paradis d’Allah les chouhada Zabana, Ferradj Abdelkader, les premiers guillotinés de «Barberousse», les Arezki Louni, Kebaïli, Debbih Chérif, Ramel, Ahmed Chicha, Khelifa Boukhalfa et des centaines d’autres, voire des centaines de milliers à travers toute l’Algérie, qui sont tombés, les armes à la main, où lâchement assassinés après d’atroces tortures. Son souvenir restera dans la mémoire des vivants comme resteront les noms de différentes opérations et de lieux qui ont marqué l’Histoire de la «Bataille d’Alger» et de la lutte de libération nationale. Son souvenir restera dans la mémoire des vivants car, lui et les autres jeunes, ont contredit les ambitions de grands chefs de la colonisation, parmi eux d’éminents idéologues, qui souhaitaient fonder, autour de la Méditerranée, un empire qu’ils devaient équilibrer avec «cette troisième nation-continent autour de la métropole». Ainsi, Ali la Pointe, que nous célébrons aujourd’hui dans cette évocation, restera le symbole de la glorieuse épopée de la jeunesse algérienne afin que son combat puisse être constamment célébré comme un exemple de courage, d’abnégation et de foi, et permettre cette jonction entre les différentes forces sociales par la mobilisation des hommes et des moyens, capables de réaliser les changements visés pour assurer progrès et bien-être dans le pays.
K. B.

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