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Haltes Estivales

2017 : ce que nous disions du Premier ministre Tebboune

Publié par Maâmar Farah
le 23.07.2020 , 11h00
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Voilà ce que j’écrivais dans mon billet du 10 mai 2015 : «S'il n'y a pas une réaction saine de tous les patriotes contre ces dérives, adieu l'Algérie ! (…) Car les “débats” stériles qui s'éloignent de la question centrale de la moralisation de la vie politique et du danger mortel de l'accaparement du pouvoir par les forces de l'argent ne servent qu'à détourner l'opinion de ce qui est fondamental, pour n'être qu'une coquetterie de plus dans les salons des beaux parleurs qui n'ont, pour tout auditoire, qu'un mur de miroirs où ils aiment s'admirer...»
Cet été 2017, à nul autre pareil, nous replonge au cœur de cette réalité. Et, sans se nourrir d’illusions quant à l’implication totale des intellectuels et de cette société civile tant marginalisée, il y a des signaux qui indiquent clairement que quelque chose est en train de changer au niveau de la gouvernance Algérie. Évidemment, échaudés par tant de coups d’épée dans l’eau, épuisés par les faux espoirs et les promesses déçues, beaucoup d’amis ne croient plus en ces opérations qu’ils identifient à des campagnes sans lendemain. D’autres voient en cette agitation les conséquences du limogeage de l’ancien Premier ministre. Ils connaissent trop les mœurs du système pour croire qu’il ne s’agit pas d’un largage de tout ce qui a un lien direct ou indirect avec M. Sellal. Ce n’est pas nouveau et ça ne changera pas. Des analyses nous mènent vers ces luttes de sérail qui seraient les prémices de positionnements entrant dans le cadre d’une future succession qui s’annonce particulièrement complexe en l’absence d’un consensus…
Quoi qu’il en soit, le style Tebboune ne laisse pas indifférent. S’agit-il justement d’un simple style, une autre facette du long règne de M. Bouteflika, ou de quelque chose de plus profond ? Pour l’observateur qui aura suivi toutes les péripéties de ces mandats successifs, ce nouveau système, celui de Bouteflika, a la particularité de toujours se retourner contre ceux qui le soutiennent d’une manière soutenue. Les départs de ces fidèles serviteurs se font toujours dans l’humiliation, comme s’il y avait un malin plaisir, une espèce de sadisme, à les dégrader publiquement. Dans cette longue série de disgrâces, peu de personnalités et peu de partis ont échappé à ce traitement qu’il faudrait peut-être soumettre aux psychologues pour analyse… Certes, l’honneur est parfois sauf avec une démission, comme ce fut le cas pour M. Benbitour, les ministres RCD ou ceux de Benflis… De tous les Présidents, M. Bouteflika est celui qui a utilisé le plus de personnalités puisées dans tous les milieux et les mouvements les plus divers. Mais, en dehors d’un cercle restreint, ce véritable carré du pouvoir, qui épouse une configuration géographique bien précise, nul n’est à l’abri d’un soudain limogeage. Alors, et en tenant compte de ce qui précède, cette énième halte du train de débarquement intempestif ne serait-elle qu’une manifestation de plus de l’esprit de largage qui hante ces hauts lieux, un «dégagisme» à l’envers où le peuple est réduit au poste de simple observateur ?
Personnellement, je ne crois pas qu’il s’agit d’une réédition de ce que nous avions vécu dans les années précédentes. D’abord par le profil de cet homme qui a bouleversé tous les pronostics et montré une volonté qui ne cède devant aucune pression. Ceux qui connaissent M. Tebboune disent qu’il leur rappelle un certain Kasdi Merbah par le style sobre de gouvernement et la fermeté avec laquelle il mène ses combats politiques. Sur une question qui a longtemps intrigué les observateurs de la scène politico-économique, il a agi avec une célérité et une efficacité inédites. S’attaquer frontalement aux lobbies de l’importation n’est pas une sinécure et nous le découvrons quotidiennement sur certains sites. Les grands importateurs sont des proches de ceux qui gouvernaient et gouvernent toujours ce pays. Nous avons, là, la réponse à toutes nos interrogations : pourquoi on n’a jamais sévi contre cette véritable maffia ? Tebboune a pris des mesures salutaires et va certainement en prendre d’autres.
Autre action salutaire : la riposte aux tentaculaires prétentions de l’oligarchie qui n’arrête pas d’utiliser les moyens de l’État, saigner le secteur public et envahir les espaces de représentativité du peuple, etc. Certes, cette oligarchie a une couverture politique et la crise économique légitime parfois ses opérations douteuses. La question qui s’est toujours posée est le lien entre le pouvoir politique et ces nouveaux hommes d’affaires devenus archi-milliardaires en l’espace de quelques années. Ils ne le seraient jamais devenus sans l’aide de ce même pouvoir qu’ils servent à chaque fois, et notamment lors des élections. À plusieurs reprises, nous avions dénoncé cette proximité qui donnait à certains affairistes des prérogatives qui dépassaient largement leurs statuts. Le patron du FCE avait les allures d’un super-chef de gouvernement et un certain Tliba, bombardé vice-président de l’APN, décidait de tout à Annaba, ville complètement défigurée par ses ambitions et celles de ses copains ! On est certain que sa disgrâce sera le prochain épisode de la mise au pas de l’oligarchie entamée par M. Tebboune.
Ce qui nous surprend et fait les choux gras dans les réseaux sociaux est la célérité avec laquelle le chef de l’UGTA vole au secours de cette oligarchie, lui qui n’a pas bronché le jour où un ministre fut dégommé pour avoir critiqué la lenteur d’un chantier du puissant Haddad ! Ni soutenu tant d’ouvriers réduits à l’esclavage ou chassés par ses amis !
Entre une force nouvelle qui lutte contre le mal, cible courageusement des puissants à la tête de véritables empires bâtis sur le favoritisme et la corruption et les combats d’arrière-garde d’un quarteron d’affairistes impliqués jusqu’au cou dans le détroussement de la République, il n’y a pas une seconde d’hésitation. Passer des années à souhaiter que ces jus de Dubaï, ces mayonnaises, ces biscuits invendables, ces quincailleries soient interdits d’entrée en Algérie et se taire lorsque cela arrive au nom d’une liberté de pensée ou de peur d’être taxé de pro-pouvoir, est une attitude indigne de ceux qui avancent toujours dans la lumière. Nos plumes sont trop propres pour avoir peur de quelques quolibets insignifiants. Lutter contre l’oligarchie de toutes nos forces sans résultat, au point de croire que l’on gueule pour rien, et ne pas saluer ceux qui, un beau jour, le font courageusement, serait le signe d’un jeu puéril qui n’a aucun lien avec le journalisme…
Alors, que ce soit le prélude au bal des prochaines présidentielles ou un coup calculé, moi, je dis à M. Tebboune : «Continuez ! Vous nous trouverez à vos côtés dans vos prochains combats !» Nous n’avons plus rien à perdre et tout à gagner. Dans nos cœurs, une vieille flamme brûle toujours. Souvent, nous avons peur qu’elle s’éteigne. Merci de lui donner l’occasion de se rallumer…
M. F.

PS : Cet article a été publié dans cette même page 24 le jeudi 20 juillet 2017.

 

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