Haltes Estivales / Haltes Estivales

Le dernier bal ou la seconde mort d'Aïssat Idir

Par Maâmar Farah
farahmadaure@gmail.com
«Les conditions minimales requises, qui constituent un préalable
indispensable au lancement du PPP, ne sont pas réunies en Algérie.
Il n'y a pas de transparence, ni de bonne gouvernance, ni d'Etat de droit.»
(Mohamed Chérif Belmihoub)
N'importe quel pouvoir au monde proposant ses solutions au marasme économique et au désastre financier aurait cherché à comprendre avant d'agir. Comprendre d'abord et avant tout pourquoi nous en sommes là, pourquoi, avec l'incroyable manne financière qui a multiplié les ressources du pays, nous avons été incapables de relancer la machine économique ? Pourquoi ces chauds partisans de l'économie de marché n'ont-ils rien fait pour dynamiser la Bourse d'Alger alors que des sociétés publiques de nombreux pays capitalistes jouent les premiers rôles dans les marchés financiers ? Pourquoi, au lieu de véritables plans de développement, nous nous sommes fourvoyés dans les petits sentiers sans issue, quittant la grande route de l'investissement, de l'emploi et du progrès ? Face aux immenses attentes d'une jeunesse formée par les universités et les instituts spécialisés, nous n'avions que ces «épiceries » à leur offrir, que ces locaux souvent mal finis, abandonnés, en ruine ! Immense gaspillage et ratage monumental ! C'est par là qu'il aurait fallu commencer : le mal est dans ces décisions à l'emporte-pièce, le bradage, la gestion administrative de l'économie, le choix de partenaires étrangers pour des opérations largement à la portée de nos entreprises publiques, la gabegie, la destruction du tissu industriel hérité de l'ère Boumediène, les changements d'humeur accompagnant chaque changement de ministre, allant parfois carrément dans le sens opposé des décisions prises par le précédent, les dilapidations de terres agricoles, les crédits bancaires pleuvant sur les faux agriculteurs, etc. Avant de prendre n'importe quelle décision concernant l'avenir de ce pays, nous aurions voulu entendre ces apôtres de l'économie de marché nous dire pourquoi ils n'ont pas réussi à aller vers le capitalisme, le vrai, connu par tous, au lieu de tourner autour du pot ? En fait, la réponse à toutes ces questions est simple : ils n'ont aucune intention sérieuse de mettre en place un système économique donné, transparent et contrôlable. Leur seule envie, leur unique chemin est de prendre chaque jour un peu plus. Le Partenariat public-privé n'a aucun sens si ce n'est de leur permettre de rentrer dans le capital des sociétés publiques, avant de les absorber. Faut-il rappeler qu'ils se sont déjà bien sucrés lors de précédentes privatisations toujours teintées du sceau du secret, de la magouille et de la corruption ? Ce n'est pas le socialisme qui a causé la faillite actuelle puisqu'il n'existe plus depuis les années 1980 ! Ce ne sont pas les entreprises publiques qui sont à l'origine du marasme puisque la composante de notre économie est majoritairement de nature privée ! Il y a une seule cause à l'échec : ce sont les mauvaises politiques menées par les différents gouvernements qui se sont succédé depuis les fameuses restructurations et découpe en règle des mastodontes publics par M. Abdelhamid La Science. Ces grands stratèges qui n'ont que le mot «Privatisation» à la bouche seraient bien inspirés de nous présenter les résultats des précédentes opérations qu'ils ont menées presque manu militari, sans tenir compte de la situation réelle des entités privatisées, ni des craintes des travailleurs, ni des avertissements des experts. Il y eut, d'abord, les privatisations anarchiques de M. Temmar and co. Une véritable razzia qui a mis à plat toutes les unités communales et de wilayas ainsi que plusieurs entreprises étatiques. Lors des élections du 23 novembre, il a été demandé aux élus locaux de ne plus compter sur les financements publics et de rechercher des solutions locales en vue de faire rentrer de l'argent dans les caisses. Le problème est que ces privatisations n'ont rien laissé aux communes ! Les hangars ont été rapidement rasés et les terrains vendus à prix d'or ou transformés en projets inutiles pour la communauté mais très rentables pour les heureux bénéficiaires. Des hôtels ont été privatisés sans aucune étude sérieuse et des merveilles de l'ex-Sonatour se sont retrouvées aux mains d'analphabètes trilingues qui ne possèdent aucune notion de l'art du tourisme, ni même le moindre goût esthétique. Ces hôtels sont devenus du n'importe-quoi, gérés comme des hammams. J'en ai vu un avec une réception décorée de mauvaises photos d'El-Qods collées avec du scotch et une fille habillée comme une extraterrestre : c'est la fille du patron ! A la cuisine, j'ai vu madame derrière une batterie de lessiveuses... de quoi vous donner envie de rayer l'Algérie de vos destinations touristiques. Et d'abord, pourquoi privatiser les hôtels étatiques. On peut très bien laisser la propriété à la communauté publique et chercher des partenariats avec des sociétés internationales huppées. Enfin, et concernant toujours le tourisme, il serait malheureux de «vendre» les trésors architecturaux signés Pouillon, un domaine public qu'il faut protéger en empêchant toute opération visant à les dénaturer. La privatisation ne règle pas les problèmes de fond de notre économie. A-t-elle déjà amélioré nos performances ? A-t-elle baissé la facture d'importation ? Bien au contraire, la courbe de nos importations suit curieusement celle des privatisations ! Certaines expériences resteront comme des plaies aux cicatrices difficilement guérissables ; celle du bradage d'El-Hadjar, par exemple. Pour beaucoup de sociétés étrangères monopolistiques, la privatisation n'est ni plus ni moins qu'une tentative de s'approprier le domaine public et collectif par des subterfuges politiques et des artifices juridiques soit au profit d’intérêts étrangers, soit pour enrichir des milieux d’affairistes ; l’objectif majeur des uns et des autres est l’arrêt de la production et le recours à l’importation. Heureusement qu'il existe des exceptions : la meilleure lessive algérienne reste Isis revue et corrigée par le géant allemand Henkel. Les tracteurs Deutz et Cirta, des merveilles qui ont très bien marché à l'export, sont devenus des Massey Fergusson et c'est une réussite ! La coopération de l'ANP avec Mercedes et un groupe émirati donne des satisfactions à tout le monde ! Voilà des partenariats exemplaires qui sont le contraire du bradage aux cousins analphabètes ! Enfin, il n'appartient à personne de disposer des biens publics sans être mandaté par le peuple. L'aval de l'UGTA, monstrueux en soit, ne doit pas nous faire oublier qu'il ne s'agit, ni plus, ni moins, que d'un honteux partage du gâteau. Si l'économie se porte mal, la solution ne réside nullement dans les privatisations. Que ceux qui, malgré des ressources incroyables et un contrôle total du Parlement et du gouvernement, ont mené le pays à cette impasse économique, cèdent leurs places à plus compétent ! Ce sont vos recettes qui ont mené le pays à l'impasse. Sortez de la cuisine et laissez d'autres chefs proposer de nouvelles créations. Assez de fuite en avant !
M. F.