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Haltes Estivales

Le jour où l'hôtel St-George a failli être offert à un «beggar» !

Publié par Maâmar Farah
le 20.08.2020 , 11h00
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En 2016, au beau milieu de ce maudit 4e mandat, les intentions de l'oligarchie se précisent en l'absence de toute réaction du président de la République tenu à l'écart de l'activité officielle et exhibé dans des montages vidéo «acrobatiques» pour montrer que tout va bien. C'est durant cette année-là, puis en 2017, que l'oligarchie renforce son pouvoir. Fin 2017 : l'épisode Tebboune est vite oublié. Le pouvoir fantoche, soutenu par des élus de la «chkara» — qui sont malheureusement toujours là ce 20 août 2020 ! —, va faire cause commune avec l'oligarchie pour tout vendre à une poignée d'hommes d'affaires délestés de sommes importantes lors des élections présidentielles. Cette campagne de privatisations culmine avec le fameux Partenariat Public-Privé conclu lors d'une tripartite tenue entre Ouyahia, Ali Haddad et Sidi Saïd.
Nous crions au scandale ! Notre petite voix s'élève contre la plus grande opération d'escroquerie et de filouterie économique et financière depuis l'indépendance. Nous lançons : «La résistance est notre destin...» À ceux qui l'auront oublié, nous rappelions que la Révolution de 1954 n'était pas du tout destinée à installer l'ordre des bourgeois, des frères musulmans et des «chkaristes» !
Mais grande surprise le 18 janvier 2018. Le Président Bouteflika annule tout. Fut-il réellement à l'origine de la décision ? Et si ce n'était pas lui, cela ne pouvait être son frère, le chef de ce trio nuisible qui venait de signer le partenariat de la honte. Alors qui d'assez puissant pour casser le projet de Saïd et ses copains ? En ce jeudi estival caniculaire, je n'ai toujours pas de réponse. Mais, connaissant la nature du pouvoir algérien, j'avais émis quelques hypothèses dans la chronique du 18 janvier 2018 qui reflétait ma joie et mon immense bonheur de voir un patrimoine historique et des richesses publiques échapper de peu aux mains des bandits. Voici des extraits de cette chronique :
«C’est autour de ce fameux PPP que s'est polarisée l'attention cette semaine.(...) Nous étions sur le point d'assister — passivement pour la majorité — à un véritable transfert de propriété de biens colossaux, d'hôtels prestigieux, de minoteries disposant de terrains plantés au cœur des villes ; bref, d'une fortune colossale appartenant au peuple, bâtie avec hargne et moult sacrifices, vers des poches privées. Quand nous évoquons ces sujets, on nous reproche d'être les ennemis de la privatisation. Oui, c'est certain, mais de cette privatisation-là. Et nous avons mille raisons de la refuser car les précédentes expériences n'ont apporté que ruine et désolation là où il y avait un minimum d'activité, tout en enrichissant des hommes issus des mêmes milieux qui tournoient autour des centres de décision. Une question est revenue dans les débats facebookiens : pourquoi tout ce retard dans la réaction de la présidence ? Tout en rappelant que je ne suis pas dans le secret des dieux, je dois préciser que ce genre de situations durant le règne de M. Bouteflika n'est pas une nouveauté. L'homme ne prend pas les décisions sur un coup de tête. (...) La mise à l'écart brutale de Tebboune a été le résultat de contradictions affirmées entre l'oligarchie et les forces patriotiques qui existent toujours, quoi qu'en disent certains. Match gagné par l'oligarchie qui s'est sentie rassurée et tellement forte qu'elle a voulu agir vite, prendre tout ce qu'il y a à prendre, après avoir endormi une Assemblée populaire vendue au capital privé. (...) Les biens visés figuraient parfois comme des symboles, pas seulement de l'histoire algérienne mais des annales mondiales. L'hôtel St-George, avec son jardin botanique unique, fut le lieu où se joua, en grande partie, l'issue de la Seconde Guerre mondiale. Le livrer à un «gonfleur de pneus» l'aurait achevé ! Cette précipitation et le butin qui allait changer de mains furent d'une telle ampleur que le Président a dû user de son autorité pour arrêter net la prédation en cours. Dès lors, fallait-il saluer la décision attendue par tous les patriotes ou se perdre dans les interprétations politiciennes des uns et les délires fantaisistes des autres ? (...)
«Cette pause est-elle due à la maladie de M. Bouteflika, comme l'avancent certains ? Personnellement, je ne le pense pas. Je crois plutôt à un phénomène dû à la complexité du pouvoir. C'est un concentré de forces contradictoires où l'arrivée impromptue de l'oligarchie et la puissance qu'elle a eue ont fait dangereusement pencher la balance dans le mauvais sens. Ce n'est pas le sens voulu par la Révolution algérienne, ni celui qui va avec ses objectifs suprêmes, ni celui qui reflète les idées de ses hommes valeureux ! (...) Quand M. Tebboune a été promu au poste tant désiré, tout le monde pensa que c'était l'heure de régler ses comptes à une oligarchie devenue encombrante. Mais, coup de théâtre, elle renaît de ses cendres sous M. Ouyahia jusqu'à ce jeudi 11 janvier 2018 ! Il semble bien que les forces patriotiques et saines viennent de remporter une victoire qui doit être consolidée par l'arrêt définitif du bradage.» (fin de citation)
Je reviens à la charge le 25 janvier 2018, dans une chronique intitulée : «Montrez-nous votre ‘’chtara’’ !» où je commentais l'entêtement de l'oligarchie à minimiser son échec : «Ainsi donc, la décision du président de la République ne serait qu’un simple rappel de prérogatives et n’a rien à voir avec une volonté clairement affichée, en haut de la pyramide, de stopper la prédation ! Gagner du temps, se défaire des dossiers provisoirement, faire oublier la question… puis y revenir pour tout brader !
Ce qu’il faut maintenant, c’est une décision politique nette et claire. Il faut stopper les privatisations sauvages. Il faut abolir le CPE. Sans tarder. Arrêter ce processus mortel tout en offrant aux entreprises publiques en difficulté des solutions managériales et un environnement favorable pour qu’elles puissent se développer et atteindre leur vitesse de croisière. L’arrêt de l'importation d’un certain nombre de produits va permettre à de nombreuses unités publiques et privées de respirer et de retrouver les chemins d’un marché qui leur échappait.
Quant au reste des entreprises publiques, il serait temps de les pousser à entrer en Bourse, en veillant à les accompagner et à créer les conditions favorables à une recapitalisation qui se ferait, cette fois-ci, en dehors du financement public. (...)
Un dernier mot : je m’excuse auprès des lecteurs pour l’expression – que j’ai été l’un des premiers à utiliser — de «gonfleurs de pneus». On vient de m’informer que les pneus arrivent gonflés dans les cartons. Il serait plus approprié de parler de «poseurs de pneus» ! (fin de citation)
M. F.

 

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