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Hisoire

CHERCHELL Le commandant Bouregaâ évoque la Wilaya iv historique

Publié par Houari Larbi
le 10.07.2018 , 11h00
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Le commandant Bouregaâ, un officier supérieur de la Wilaya IV historique, a animé récemment une conférence au sein de la salle des convives de l’hôtel Césarée de Cherchell. 
Cet événement a regroupé les représentants des moudjahidine, à l’instar de Hadj Youcef Khodja, de l’Organisation nationale des moudjahidine, du moudjahid Berriche de Cherchell, de même que les veuves et les enfants de chouhada.
Les autorités locales étaient de la partie, ainsi que les imams et les notables de la région. Etaient également présents plusieurs docteurs universitaires, à l’instar de l’historienne Yamna Behiri, de l’université de Bouzaréah, du Dr Belhacène du CHU de Blida, du Dr Khellaf, du Dr Chennaoui, de M. Melhani, chercheur en histoire et auteur d’une œuvre collective sur les camps de regroupement ainsi qu’un panel de personnalités de la science, de la culture et de l’histoire, dont les interventions furent impressionnantes.
Le commandant Bouregaâ, lors de l’ouverture de sa conférence, précisa le thème et les contours de son intervention. Il s’agissait pour lui d’évoquer les troubles vécus par la Wilaya IV historique et ce qui est communément appelé «l’affaire si Salah » où de prestigieux moudjahidine officiers supérieurs et cadres de la Wilaya IV historique participèrent à l’examen des propositions et des conditions avancées par le général de Gaule, alors président de la République française, lors de la nuit du 10 au 11 juin 1960.
Dans ce cadre, le conférencier évoquera le rôle historique du colonel Si Salah Zamoum, le chef de la Wilaya IV historique tombé au champ d’honneur le 21 juillet 1961 dans le versant sud du Djurdjura, en précisant : «Nous rappelons son souvenir, ainsi que ceux de tous ces héros que nous avons laissés derrière nous, afin que nul n’oublie, chacun de nous devra témoigner pour entretenir la mémoire collective et contribuer ainsi à l’écriture de l’histoire de notre guerre de Libération.» Et de poursuivre «C’est toujours avec beaucoup d’émotion et de respect que nous évoquons la mémoire de ces valeureux chouhada.»
Le commandant  Bouregaâ rappela à l’assistance l’entretien qu’il avait eu en juin 1960 avec Si Salah, à propos de la mission que ce dernier avait effectuée à l’Elysée, en compagnie de ses deux adjoints, à savoir les commandants Si Mohamed (Djillali Bounaâma) et Si Lakhdar Bouchemaâ, en révélant : «J’ai cru comprendre que ces cadres de la Wilaya IV ont été reçus en audience par le général de Gaulle. C’est ainsi que l’on parlera pendant longtemps de ‘’l’affaire de l’Elysée’’, de ‘’l’affaire Si Salah’’ ou bien encore de ‘’l’affaire de Tilsit’’, car pour ma part, je n’ai jamais été associé à ces initiatives. Voulant en savoir plus, je me suis confié à un ami officier de la Wilaya IV, le moudjahid Moh Berrouaghia, où nous nous sommes concertés et avions dressé une stratégie, pour entretenir Djilali Bounaâma.»
Au cours des débats, des interrogations fusèrent de l’assistance : «Le général de Gaulle a-t-il sciemment ou non torpillé l'accord passé entre les officiers de la Wilaya IV, le colonel Si Salah Zamoum, chargé des renseignements puis chef en titre de la Wilaya IV, le commandant Si Lakhdar Bouchamaâ, chargé des liaisons, le commandant Si Mohamed Bounaâma, chargé des affaires militaires, et les représentants français, émissaires de l'Elysée, Bernard Tricot et le colonel Edouard Mathon après leur visite à l'Elysée dans la nuit du 10 au 11 juin 1960 ? Les membres du GPRA ont-ils été informés de cette négociation ? Et surtout par qui et comment ?»
Selon le conférencier, «pour l'ALN, tout était clair ; car Si Mohamed fut réticent dès le début, et aurait suspecté, lors de l'entrevue de l'Elysée, que la proposition française fût condamnable par le GPRA, et, partant condamnait l'initiative des officiers de la Wilaya IV. Il a donc agi comme un responsable en coupant court aux tergiversations des uns et à la suspicion des autres ; en procédant à  des mesures radicales à l’encontre des officiers incriminés.»
Ainsi, selon le commandant Bouregaâ, après la rencontre de l'Elysée, les choses ne traînèrent pas. «Une nouvelle entrevue eut lieu le 18 juin à Médéa entre les mêmes protagonistes ; Si Salah, fidèle à sa parole, rencontra Mohand-Ould-Hadj, le chef de la Wilaya de la Kabylie. Si Mohamed pour sa part, déjà réticent, prit des mesures draconiennes à l’encontre du commandant Lakhdar le 20 juin et les capitaines Abdellatif et Halim quelque temps plus tard. Quant à Si Mohammed, il fut tué en août 1961, à Blida, par un commando colonial spécial du 11e Choc. La notoriété dont jouissait Si Salah lui permit de conserver son arme, mais il fut destitué et jamais plus laissé seul. Malheureusement, il fut abattu accidentellement le 18 juillet 1961 dans un accrochage mettant aux prises l'escorte qui était chargée de le conduire en Tunisie auprès des membres du 
GPRA.»
Le commandant Bouregaâ révéla, par ailleurs, que «les rencontres entre les responsables de la Wilaya IV et les représentants de l'Elysée avaient permis des premiers contacts destinés à tester les motivations des uns et des autres ; c’est à ce titre que les commandants Si Salah, Si Lakhdar, Halim et le capitaine Abdellatif rencontrèrent secrètement les émissaires de l'Elysée et de Matignon, Bernard Tricot et le colonel Edouard Mathon, à Médéa les 28 et 31 mars, le 31 mai et le 2 juin toujours à Médéa.»
Selon l’orateur, «les faits sont maintenant relativement bien connus  : dans la nuit du 10 au 11 juin 1960, le général de Gaulle reçut clandestinement à l'Elysée les trois plus hauts responsables de la Wilaya IV, Si Salah, responsable politico-militaire, Si Mohammed, responsable militaire, et Si Lakhdar, chef de la Zone 4» poursuivit le conférencier qui ajouta que «des entretiens préliminaires avaient eu lieu à Médéa entre les responsables de la Wilaya IV et les représentants du gouvernement français Bernard Tricot, le colonel Mathon et le colonel Jacquin».
Le commandant Bouregaâ s’insurgea contre le fait que certains observateurs méconnaissent le rôle majeur joué par Lakhdar Bouchema. «Ce fut un héros de la Révolution algérienne ! Quel est le moudjahid aujourd’hui qui ne s’incline pas respectueusement devant la mémoire du chahid Lakhdar Bouchema, ce prodigieux commandant de la Wilaya IV de l’ALN ?» s’interroge le commandant Bouregaâ en révélant : «Notre frère et ami Lakhdar Bouchema fut un combattant acharné, qui avait mené contre la soldatesque coloniale d’âpres combats dans les montagnes cherchelloises de Tatouilt et du Djebel Bissa à Ténès. Il sut allier la plume au fusil, pour décrire les combats de l’intérieur des champs de bataille. Il fut l’un des piliers de l’organisation de la Wilaya IV. C’est un immense honneur pour nous d’évoquer sa majestueuse stature de combattant et de prodigieux commandant, mort pour que vive l’Algérie», martela, avec émotion et fièrement, l’orateur.
D’autres moudjahidine contemporains du chahid Lakhdar Bouchema révélèrent à l’assistance : «Ce chef militaire fut d’une intelligence et d’une culture exceptionnelles. Il était la tête pensante de la Wilaya IV. Il était doté d’un humanisme exceptionnel. Doublé d’un grand stratège, c’était un véritable héros, que ce jeune Cherchellois. Postier de père en fils, ce valeureux combattant de la guerre de Libération nationale était intelligent et communicatif, il avait su gravir tous les échelons de l’organisation militaire de la Wilaya IV. L’Histoire retiendra les hauts faits d’armes et le dévouement de ce chahid afin que vive l’Algérie», témoignera M. Mohammed N., en marge de cette manifestation.
Un autre moudjahid, M. Y. Mohammed, témoin vivant des combats, mais aussi l’ami et l’allié des héros de la Wilaya IV-ALN, et du chahid Lakhdar Bouchemaâ, nous révélera, en marge de cette conférence : «Lakhdar lisait beaucoup. Il nous dépassait par son haut degré de culture. Il était le meneur de notre groupe et c’était avec raison. Il fut l’intellectuel cherchellois qui avait toujours un livre en poche. Lors des rencontres amicales, au port, il évoquait des anecdotes très intéressantes. Quand Lakhdar parlait, nous on se taisait. C’était l’érudit, l’intellectuel. Il savait tout. Il avait réponse à tout», nous révéla ce témoin qui semblait détenir aussi le secret de la fulgurante ascension au sommet de la hiérarchie militaire de la Wilaya IV, du commandant Lakhdar Bouchemaâ.
Houari Larbi

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