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CÉLÉBRATION DU 19 MARS À AMMAL (BOUMERDÈS)

Se souvient-on du gazage de 200 personnes à Djerah et de l’acte héroïque du commando Ali Khodja ?

Les autorités de la wilaya de Boumerdès ont choisi la petite commune rurale de Ammal dans le sud-est de la wilaya de Boumerdès pour fêter le jour (19 Mars) de la Victoire pour les uns et jour du Cessez-le-feu pour les autres. En tout état de cause, pour plusieurs raisons, ce choix est une bonne chose.
On rend à César ce qui appartient à César. On rend hommage à la région qui a vécu pleinement la guerre de Libération. Les montagnes de Ammal sont, en effet, témoins des faits les plus marquants de la wilaya de Boumerdès durant la glorieuse guerre de Libération notamment ceux liés à la Wilaya IV historique. En fait, les anonymes et les responsables qui accompagnaient le wali savent-ils quelque chose de cette région martyre ? Savent-ils combien de martyrs sont tombés sur cette terre, le nombre et les noms de batailles menées par les troupes de l’ALN ou les noms des grands chefs militaires qui s’y sont battus ? Savent-ils, enfin, qu’entre 125 et 200 personnes, peut-être plus, ont été gazées un jour de mai 1956 par l’armée française dans les grottes de Djerah à quelques courtes encablures du lieu de cette célébration ?
Nous tenons le témoignage d’un miraculé de ce génocide (le Soir d’Algérie du 4 juillet 2009). Il s’agit de Saïd Boubehri, Abehri pour l’état civil, âgé à l’époque de 87 ans mais qui se souvenait de tout. Il était le second survivant de ce massacre. D’ailleurs, l’Echo d’Alger de 1956 rapportait que «80 fellagas ont été éliminés». La réalité, ce n’était pas que des combattants de l’ALN mais 90% des personnes qui se sont réfugiées dans les grottes de Djerah, croyant échapper aux représailles de l’armée française, étaient des civils.
Ce massacre au gaz contre les civils également enterrés vivants était mené en représailles d’un acte de guerre accompli, le 18 mai 1956, avec un grand succès par le commando Ali Khodja. Ce fameux groupe d’élite de la Wilaya IV historique venait de décimer tout un peloton de l’armée française lequel était en opération de reconnaissance sur les hauteurs de Djerah.
Le groupe de Ali Khodja a, en outre, capturé 4 soldats vivants et récupéré l’armement et les équipements de transmission de ce peloton. Ce succès a rendu les généraux français enragés. Ils ont déclenché au sud de l’axe Souk-el-Had, Aït-Amrane et Ammal une gigantesque opération de ratissage faite de tortures et d’exécutions sommaires clôturée par ce génocide.
Le coup du commando Ali Khodja avait, rappelons-le, lourdement ébranlé les certitudes politiques et militaires de l’Etat français. A l’époque, un vif débat s’était déroulé dans l’enceinte de l’Assemblée française. Le commandement de l’armée française était montré du doigt.

Le silence de la famille «révolutionnaire» et l’acharnement de la chaîne Arte
Etrangement, ces deux faits historiques, singulièrement le massacre des civils, sont passés sous silence par la famille dite «révolutionnaire». Nous n’avons jamais entendu un moudjahid de la région dénoncer ce massacre ou même l’évoquer publiquement. Pourtant, c’est un argument lourd qui mettra à nu «l’aspect positif de la colonisation». A l’époque de la publication de notre reportage, un cinéaste de Mostaganem nous avait appelés pour se renseigner puis, rien. Ce n’est pas le cas de l’autre côté de la Méditerranée. A ce jour, on tente de ternir l’exploit du groupe de Ali Khodja en évoquant un massacre pour cacher le gazage des centaines de civils.
Les médias français ne disent jamais que le peloton a été décimé par un détachement d’une armée algérienne (ALN) dont tous les éléments qui le composent étaient vêtus de tenues militaires et commandé par un officier lequel était secondé par des sous-officiers. Ils ne disent pas que les djounoud de l’ALN n’ont pas touché un cheveu des quatre soldats qu’ils ont capturés. Par contre, il y a quelques mois, la chaîne Arte a diffusé un reportage partial sur cette bataille. Le reporter a fait témoigner des jeunes individus (nés après l’indépendance) qui, visiblement, ne savaient pas de quoi ils parlaient. Le reporter avait, par ailleurs, tenté de noyer l’acte militaire en remontant jusqu’à la période ottomane. Il n’a à aucun moment évoqué le massacre de civils. En clair, c’était une autre tentative de faire passer cette réussite militaire pour un massacre. Malheureusement, c’est l’Etat algérien qui délaisse un pan d’une Histoire glorieuse comme il a délaissé le corps d’un de ses héros. Où est le corps du colonel Si M’hamed Bougarra, le chef, justement, de la Wilaya IV ?
Abachi L.