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Hommage

Mohamed Rafaâ Babaghayou Un homme d’exception

Publié par LSA
le 04.03.2018 , 12h03
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«Les lions ne meurent pas, ils disparaissent.»
(Proverbe amazigh)

Mohamed Rafaâ Babaghayou a été rappelé à Dieu alors que rien ne le présageait. L’Algérie à travers la famille du pétrole et du gaz perd un de ses enfants, un de plus dirons-nous mais chaque ami est, en fait, un frère de combat dans toutes les luttes que nous avons menées sur le front du développement avec, pour seul récompense, le feu sacré de voir l’Algérie réussir.
Il m’est échu le difficile privilège de recueillir les témoignages nombreux et francs. On aura tout dit de ce digne fils de l’Algérie profonde. La perte de Mohamed Rafaâ est, à bien des égards, un condensé de ce que chacun d’entre nous a traversé dans son parcours. Il aura connu la gloire, il aura connu la souffrance digne, il aura connu l’ingratitude des hommes qui fait que l’on mette à la retraite un jeune homme de 57 ans alors qu’il était dans la plénitude de ses moyens. Il aura connu tout cela mais il a toujours su rester digne. De cette dignité de l’Algérie profonde, en l’occurrence sa terre nourricière que fut Laghouat cette porte du désert qui paya le prix de la dignité en 1852 lors de l’invasion coloniale. Ce pays de longue peine, pays du flanc de la dune où glissent les fennecs, pays aurait dit Lacheraf.
Mohamed Rafaâ Babaghayou n’a pas jailli du néant, il a fait le parcours complet du combattant du développement pétrolier en en gravissant toutes les échelles. Il est né un 24 février, date prémonitoire s’il en est pour témoigner d’un destin hors du commun. Il rendit l’âme à deux jours près du 24 février. Il démarra toute sa carrière à partir d’un 24 février qui fut, à bien des égards, un marqueur identitaire. Qui se souvient du fameux coup d'éclair dans un ciel serein que fut la décision de Houari Boumediène qui annonçait à la face du monde par son mémorable «Kararna ta'emime el mahroukate» «Nous avons décidé souverainement de nationaliser les hydrocarbures». La réussite de l'Algérie donna le la pour tous les autres pays pétroliers pour le recouvrement de leur souveraineté économique. Ayant fait partie de cette génération de pionniers des années 1970 qui avaient le feu sacré. A l’instar d’Obélix qui est tombé dans la marmite de potion magique quand il était petit, nous sommes tombés dans le chaudron du pétrole potion aussi magique que stimulante ce qui nous a permis de décupler nos forces. Comme Mohamed Rafaâ, nous avons cru et donné le meilleur de nous-mêmes car il y avait une utopie mobilisatrice. 1971 la force de frappe de toute l’Algérie (environ un millier de diplômés se trouvaient à Cherchell). Après le discours, toute cette intelligence était répartie sur les différents challenges du pays (hydrocarbures, Trans-saharienne, Barrage vert, les 1 000 Villages agricoles, l’éducation, l’université, la santé militaire). Tout était à construire, tout était à inventer. Les nombreux témoignages que je résume convergent tous à la fois sur la personnalité de l’homme et sur ce qu’il a donné au pays d’un autre pétrolier actuel dirigeant de Sonatrach mérite d’être rapporté. Je suis sorti après lui de l’Ecole polytechnique. C’était un visionnaire, avec toujours le meilleur pour sa compagnie. Ainsi, quand on a commencé à imaginer la nécessité d’engineering Condor, il m’a vivement encouragé car pour lui une grande société pétrolière devait nécessairement avoir une référence dans le domaine de l’engineering.
Après le lycée où il fut brillant, ce sera l’Ecole polytechnique qui fut l’alma mater de la technologie du pays, il avait comme amis des condisciples qui furent des cadres émérites de la promotion 1969-1970. J’étais leur aîné, et leur enseignant de TP de raffinage et de pétrochimie. Je garde de lui le sentiment d’un boute-en-train toujours avec le bon mot, pétillant d’intelligence. Il fera ensuite l’IAP en raffinage en 1971 avant de se retrouver en caserne. Accueilli en 1971 à Hassi Messaoud puis à Hassi R'mel durant la période difficile de son développement en tant que chef de région et enfin celle non moins difficile en tant que DGA hydrocarbures. La suite est connue, il sera vice-président de l’amont. Il fallait tenir tête à toutes les entreprises étrangères et notamment françaises. Bien plus tard, dans une carrière qui ne fut pas de tout repos, Mohamed Rafaâ eut aussi à affronter, comme le rapporte un des amis, avec lequel il a galéré, l’hydre terroriste du début des années 90 alors qu'il résidait à Dergana, où, par un beau matin, il s'est fait braquer par un groupe de terroristes qui lui ont laissé la vie sauve par miracle après lui avoir volé son véhicule. Dans les années 1990 difficiles : beaucoup de compagnies pétrolières nous rendaient la vie difficile sachant combien nous tenions alors à les garder actives en Algérie. Mohamed Rafaâ acceptait de négocier jusqu'à une certaine limite, mais quand cela devenait inacceptable avec du chantage presque, il disait alors non, avec les termes du terroir suivant : «Tebki mou, matebkich ma.» (Que sa mère pleure mais pas la mienne). On aura compris sa mère, c’était l’Algérie.
Pour un autre compagnon, c’était un patriote d'une intégrité exemplaire. Il a quitté Sonatrach trop tôt, il nous quitte trop tôt. Il pouvait donner encore beaucoup à Sonatrach et au pays. Ce pays si injuste et ingrat avec ses enfants qui l'aiment sincèrement et se sacrifient pour lui. Mohamed Rafaâ Babaghayou était à l'avant-garde du combat. Il apportait toutes les ressources de sa compétence et de son intelligence avec passion. Toujours souriant avec cette sérénité propre aux gens du Sud et sa grande générosité, l'attention qu'il portait aux plus faibles.
Un homme dans tous les sens du terme, un pionnier des années 1970 au cours desquelles il faisait partie d'une poignée de jeunes cadres appelés à assurer la continuité de la production pétrolière et gazière au lendemain des nationalisations. Un homme dont l'honnêteté, la foi, la droiture, la sincérité, les compétences, le patriotisme et l'ouverture d'esprit durant toute sa carrière jusqu'au départ de sa retraite en 2005, sont reconnus de tous.

L’homme pétri d’humanité
Peu connaissent sa finesse, sa connaissance de la culture algérienne du Sud. Cet enfant des Hauts-Plateaux avait hérité d’une longue tradition de savoir-être et d’hospitalité. A chaque situation, il citait le proverbe qui convenait. Sa rigueur avait peu d'égale ; il était intraitable quand il le fallait, mais il pouvait être capable d'une grande empathie quand il voyait quelqu'un en difficulté ; bien plus, sa compassion se traduisait toujours par des actes concrets, ne serait-ce que par les mots qu'il fallait pour adoucir la situation.
Mohamed Rafaâ était profondément religieux, pas de cette religion de l’ostentation du m’as-tu vu, celle de l’Islam lumineux, tolérant. C’était aussi un exemple d’intégrité, un exemple par tant d’autres qualités, il remettait systématiquement les clés des multiples appartements qu’il a occupés au cours de sa carrière. Il avait enfin une capacité de travail remarquable en termes de rigueur. Pour un autre de ses nombreux amis, «c’était un météore, une valeur élevée, il a prêté ses vertes années au développement de Hassi R’Mel, moi je dirai qu’il avait sacrifié sa jeunesse, son énergie et, plus encore, son bonheur familial au service d’un honorable idéal : l’algérianisation à outrance de l’encadrement de l’amont des activités hydrocarbures. Je garde l’image d’un homme accompli, modeste et d’une correction qui frise la manie. Mohamed est un homme qui a «le cœur sur la main». Une vertu qui lui a valu déférence et affection de la part de ses proches collaborateurs et des plus humbles hommes de tâche.
Encore cette conclusion pour l’homme d’exception que fut Mohamed Rafaâ, c’était un être entier, mêlant rigueur, intelligence, clairvoyance et esprit, tout en finesse. Technicien hors pair et honnête homme au sens premier du terme. Si nous devions encore nous souvenir du 24 février 1971, ce serait pour magnifier le souvenir d’êtres comme Mohamed Rafaâ, un acteur incontournable de la réussite de l'immédiat après le 24 février.
Repose en paix, Mohamed Rafaâ. Tu as fait ton devoir dans toute la noblesse du terme. Nous n’oublierons pas ton combat pour une Algérie fascinée par l’avenir et qui doit garder son rang dans un monde de plus en plus difficile.

Ses amis :
Daoud... Nordine, Mustapha, Abdelmoumen, Abdelmadjid, Tewfick, Mourad, Nazim,… Mohamed, Chawki, Nacerdine, Chems Eddine et les nombreux autres...

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