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Ici mieux que là-bas

Comment continuer sans Fouad ?

Publié par Arezki Metref
le 09.06.2019 , 11h00
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Fouad, par quoi commencer ? Toi, certainement, tu l'aurais su. Tu as toujours su, particulièrement dans les situations délicates, quoi faire, et comment le faire. Dans un mot d'hommage qu'il t'adressait, notre ami fraternel commun, Abdelmadjid Kaouah disait  qu'il t'avait toujours vu plutôt comme un « grand frère », même si tu étais plus jeune que lui.
Je partage totalement ce sentiment concernant ta maturité et ton sens de la décision. Depuis L'Unité, que tu as contribué à fonder alors que tu avais à peine 20 ans, tu ne t'es jamais départi de la robustesse des principes qui faisaient de toi tout à la fois un roc, un lion quasi-indestructible, et un homme débordant d'humanité et de générosité.

Fouad, par quoi commencer ?
Peut-être évoquer ce jeune homme que tu étais, étudiant en droit aux cheveux dans le vent de rock-star dont l'éloquence et le charisme étaient tels que, quand tu prenais la parole dans les réunions de rédaction de ce journal qui était le nôtre, tu forçais le silence. Pas moyen de faire autrement : on t’écoutait !
Peut-être aussi dire que cette intelligence bien au-dessus de la moyenne qu'on te reconnaissait unanimement faisait que les idées de progrès, convictions que tu défendais, devenaient à ton contact des évidences qui s'imposaient naturellement. Peut-être reconnaître aussi en toi l'un des rares étudiants volontaires de cette période qui lisait Lénine en écoutant le plus simplement du monde non pas Jean Ferrat mais les Beatles ou les Who, un acte pleinement assumé contre les dogmes. Peut-être encore évoquer, pour montrer à quel point tu étais aimé par ton entourage, ce fait singulier. Un collègue qui s'était marié sur le tard avait donné à son enfant le prénom de Fouad, par admiration pour toi.

Fouad, par quoi commencer ?
Une fois – encore – par cette rare intelligence et cette clairvoyance qui faisaient que tu comprenais très vite les vrais enjeux d'un conflit, et par le courage de prendre position. Ta rationalité, ta culture, la noblesse de ton appréhension du monde et des hommes, ta simplicité, ton humilité ont fait de toi un ami irremplaçable et un soutien aux tiens. Je ne t'ai jamais vu chercher la bagarre, comme on dit, tout au contraire, tu n'as cessé d'être un homme conciliant et tolérant. Mais malheur à qui voulait t’imposer la force. Dans l'adversité, tu avais la puissance et la magnanimité du héros.

Fouad, par quoi commencer ?
Par le souvenir de cette année 1981 où l'application de l'article 120 des statuts du FLN avait chassé Madjid de la direction de L'Unité, nous poussant à nous solidariser avec lui en quittant le journal, mettant fin pour nous à une merveilleuse expérience de journalisme, de militantisme pour le progrès, et d'amitié fraternelle. Heureusement que l’amitié s'est prolongée ! Contraints chacun de notre côté à occuper des postes en dehors de la presse, nous n'avions plus l'opportunité de ces rencontres quotidiennes que nous offrait un lieu de travail en commun. Mais nos liens étaient déjà suffisamment forts pour que notre amitié continue à se consolider. Puis, nous avons les uns et les autres retrouvé la presse dans des journaux différents, toi à Horizons , Madjid à Révolution Africaine  et moi à Algérie Actualité , mais ce lien invisible dont L'Unité avait été la matrice, survivait comme complicité  fraternelle et comme connivence intellectuelle et politique.

Fouad, par quoi commencer ?
Par ces interviews-scoops d'Ali Benhadj pour le FIS et de Djelloul Nacer pour le PAGS que tu avais réalisées pour Horizons , juste après les événements d'Octobre 1988. J'avais lu beaucoup d'articles de toi, toujours subtils et bien écrits, mais ces interviews révélaient un débatteur brillant, ferme et respectueux des différences.
Puis, vint le temps de la création de journaux privés où avec tes amis – dont Mâamar Farah –, vous avez fondé, avec Le Soir d'Algérie , le premier titre de la presse indépendante. A partir de 1999, tu en devins le directeur-gérant. Tu en feras une voix singulière dans le concert de la presse algérienne, échappant à la maladie du ralliement et de l'assujettissement au pouvoir politique et aux forces de l'argent. Sous ta direction, Le Soir d'Algérie s'est affiché comme un journal à la ligne républicaine limpide, et un lieu de débats très recherché sur des questions de fond. Faut-il rappeler que Le Soir d'Algérie est un journal qui, depuis des années, en phase avec la société algérienne dont il connaît  les maux,  consacre un supplément régulier à la lutte contre la corruption reprise aujourd'hui comme un acte nécessaire par le mouvement du 22 février ?
Pendant toutes ces années où des amis  ont quitté l’Algérie, tu es  resté celui qui nous aidait à comprendre les évolutions sans jamais nous culpabiliser du fait de notre départ. Jamais un mot déplacé ou blessant! Toujours élégant, racé ! Toujours tirant les gens vers le haut !
Puis, un jour de l'automne 2004, je suis entré dans ton bureau et tu m'as demandé à brûle-pourpoint : « Quand commences-tu une chronique chez nous ?» Comment hésiter à travailler de nouveau avec toi ? J'ai répondu : « Quand tu veux .» Et depuis novembre 2004, j'ai tant écrit pour Le Soir d’Algérie que je suis identifié au journal de Fouad Boughanem. Et j'en suis fier.

Fouad, par quoi commencer ? 
On ne dira jamais assez ta bonté, ton intelligence de cœur. Partout où tu es passé, encore au Soir d'Algérie que tu diriges depuis 20 ans, tout le monde peut en témoigner. Avec toi, on n'avait presque pas besoin de parler, tu captais les gens au creux de leurs silences.

Fouad, par quoi finir ?
Par ces mots : réconfort et sécurité. Avec toi tout le monde se sentait en sécurité, car ton sang-froid, ton immense créativité et le respect des autres te faisaient toujours trouver une issue  et un réconfort. Et ce réconfort, comment allons-nous maintenant  le  connaître  sans toi ?
A. M.

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