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Ici mieux que là-bas

Corona du pauvre, corona du riche

Publié par Arezki Metref
le 05.04.2020 , 06h00
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Confinement, jour X…
1. Quel jour sommes-nous ? On le sait à peine, on ne cherche même plus à le savoir. Le calendrier — ce sprint keynésien des jours, effeuillant ses feuilles transformables en profit et dividendes — est frappé au portefeuille. Le temps n’est plus de l’argent. On ne sait même plus ce que c’est. Une sorte de fluide viral informe que le quartz des montres ne sait plus capter et débiter en unités consommables.
On le scrute, malgré tout, dans le détail du détail, ce temps qui n’est plus le temps qu’on connaissait, chaque seconde, chaque fraction de seconde, pouvant receler la bête un peu comme la petite pierre sans importance sait cacher la vipère ou le scorpion. Il n’y a pas que le diable qui se niche dans les détails. Parfois, le bon Dieu aussi sait y faire.
Elle attend aux aguets, sûre de sa supériorité, la couronne infinitésimale, comme en suspension dans le carré de ciel de nos angoisses collectives. Pas un ne rattrape l’autre, ceux qui sont censés nous protéger et rassurer.
Tu quittes ton confinement, tu sors, et elle te met le grappin dessus.
Quand, avec l’éclat des médias publics, un ministre reçoit un charlatan, comment veux-tu que le jeune de Bachdjarrah ou de Blida fasse gaffe aux paroles de prudence d’un médecin ?
2. C’est pourquoi tu consens à ton incarcération volontaire comme en un sacrifice qui précède et conditionne la liberté. Quand les prétendus mastodontes se terrent et se tirent devant la bête, c’est aux nains que nous sommes de trouver à se protéger par eux-mêmes.
C’est la leçon du Covid-19. C’est le test pour débusquer ces géants au pied d’argile qui nous gouvernent sans compétence et sans compassion.
Tu fais quoi, dans ce confinement délétère ? Tu cogites ? Mais quoi… Sur la vanité du monde et sur le fragile fil de souffle qui nous rattache à l’ancienne cohue des vivants. Tu tirebouchonnes le truisme mielleux comme du nougat qui n’en finit pas de se contorsionner sous tes mains gantées.
Tu revois Quand passent les cigognes (1957) et tu le trouves aussi mélancolique que la première fois, lorsque tu l’as vu sur le mur de ton quartier grâce au ciné-pop de René Vautier. Le film soviétique de Mikhaeil Kalatozov a décroché la Palme d’or au festival de Cannes en 1958. Un monde, qui ne paraît pas anachronique !
Tu revois aussi avec la même délectation Luke la main froide de Stuart Rosenberg (1967) avec un Paul Newman explosant de talent.
Quoi encore ? Tu as ta musique, et tes bouquins, et tu ne vas pas lire La Peste de Camus que tous les confinés cultivés recommandent. Pas envie, tout simplement.
Préfère tenter de lire un ouvrage consacré à Ahmed Ouyahia. Mais pas la force d’aller jusqu’au bout.
Sinon, comme toi, on reste hypnotisés par l’écran du privilégié, télé, ordi, tablette, smartphone. On regarde corona, on lit corona, on a peur corona, on nourrit l’espérance que cette sale bête s’en aille sans trop de casse dans nos landerneaux.
4. Mais tu confirmes qu’il y a de sacrés différences face au corona. Des inégalités. Déjà dans la façon de recevoir l’information. Cette anecdote. Sorti harnaché comme un cosmonaute (masque doublé d’un chech, bonnet enfoncé sur les oreilles, gants), je me fais alpaguer par un jeune de 22 ans :
- Ouach aâmou, tu as l’air d’avoir peur du virus !
- Je suis mort de peur ! Pas toi ?
- Non, parce que je crois qu’il n’existe pas !
- Comment ça !
- On nous dit qu’il y a des morts, on ne les voit pas. On nous dit que des gens guérissent, on ne nous les montre pas à la télé.
-  Quand tu es malade, qu’est-ce que tu fais ?
- Je vais voir le médecin.
- Pourquoi ?
- Parce qu’il sait, ce qu’est une maladie.
- Eh bien, ce sont les médecins qui disent qu’il faut prendre des précautions.
5. Il y a le corona des riches et celui des pauvres, le Covid-19 est un révélateur de l’ampleur des inégalités tant à l’échelle sociétale que mondiale. Si le virus touche sans distinction les gouvernants et les gouvernés, les puissants et les faibles, les personnalités éminentes et les anonymes, les moyens de s’en protéger diffèrent selon qu’on soit riche ou pauvre. L’égalité est mise à mal entre ceux qui ont les moyens de rester chez eux confinés  et ceux qui s’exposent par nécessité économique. Une évidence dans les sociétés développées mais plus encore dans les pays pauvres où les disparités sont accentuées.
Par exemple l’Inde, 1,3 milliard d’habitants confinés. La classe moyenne comme partout ailleurs s’est ruée dans les supermarchés avant de s’isoler dans des habitats climatisés, tandis que des millions de travailleurs pauvres, sans ressources du jour au lendemain, se sont précipités dans les gares pour regagner leurs villages au risque de propager l’épidémie,   contraints de devoir choisir entre la faim et la maladie. Près du tiers de la population des mégalopoles s’entasse dans des bidonvilles. Sans eau et sans hygiène, comment se protéger de la propagation du mal ?
Le problème est le même dans beaucoup de mégalopoles de pays émergents. Lagos au Nigeria, la ville la plus peuplée d’Afrique où les deux tiers de la population vit au-dessous du seuil de pauvreté et ne survit que par l’économie informelle. Le Zimbabwe déjà menacé de famine. La RDC laminée par deux décennies de conflits. Et comment appliquer les mesures de distanciation sociale préconisées dans les pays riches ?
A Tunis  dans les protestations de travailleurs précaires contre le confinement, en l’absence de toute aide de l’État, surgit ce cri : «Laissez-moi ramener du pain à mes enfants.»
On a évidemment les mêmes inégalités chez nous. Une partie de la population, se croyant abandonnée,  estime  plus efficace de s’en remettre à la force divine. C’est là où la politique intervient.
A. M.

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