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Ici mieux que là-bas

Coup de tête d'Umtiti et paix sociale

Publié par Arezki Metref
le 15.07.2018 , 11h00
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A la 51’ du match en demi-finale de la Coupe du monde de foot, Samuel Umtiti marque d’un coup de tête le but qui renvoie la Belgique aux vestiaires et hausse l’équipe de France au rang de finaliste.
De cet exploit, il se dégage comme un air de liesse de la France black-blanc-beur de 1998. Pour avoir grandi et fait ses premiers pas de footballeur à Lyon, Samuel Umtiti n’en est pas moins africain d’origine et noir de peau, arrivé en France à l’âge de 2 ans.
Avec Mbappé, Pogba, Matuidi, Kanté et les autres, ils forment une équipe qui induit la sympathie, voire un phénomène identificatoire de la part des jeunes des banlieues.
Quand elle gagne, surtout à ce niveau de compétition, une équipe de foot produit un effet instantané de ravaudage du tissu social déchiré, d’apaisement des tensions communautaires. Ça crée aussi de l’insolite qui ne peut se comprendre en dehors de l’ivresse de la victoire. Il en est ainsi de ce spectacle de drapeaux français accrochés de guingois sur les parois en tôle des bidonvilles longeant le boulevard périphérique parisien. Ces baraquements sont squattés par les nouveaux réfugiés majoritairement subsahariens, jetés sur les trottoirs de l’Europe verrouillée par les manœuvres des grandes puissances en Afrique et par la mièvre gouvernance de pouvoirs locaux  protégés par le centre occidental.
On est porté à croire, en contemplant ces drapeaux, que ces réfugiés sans papiers, traqués par la police, occupant à leur corps défendant le cœur polémique du débat politique français, s’extasient de la victoire de la France.
Qu’est-ce qui peut bien les motiver à se réjouir du succès d’un pays qui les rejette et leur dédie un discours politique parfois haineux ? Cette joie est-elle sincère ou n’est-elle qu’un signal pathétique, il faut le dire, censé attester d’une pseudo-intégration qui justifierait l’obtention de papiers de séjour ? A moins que, sans avenir et sans rêves, ils s’accrochent encore à des lambeaux de désir de renaître dans l’exil et l’adversité en s’identifiant à ces jeunes gens qui leur ressemblent et qui, eux, mènent la France au triomphe.
Ça rappelle cette image de Nino Garofalo, ce personnage d’immigré italien clandestin en Suisse, campé par Nino Manfredi dans le film de Franco Brusati, Pain et chocolat (1974). Le voilà, dans un café, suivant un match de foot retransmis à la télé entre l’Angleterre et l’Italie. Son enthousiasme pour la Squadra Azura le trahit. Il sera débusqué et expulsé.
L’effet magique basé sur une émotion forte de la victoire opère presque partout. En Belgique, la carrière impressionnante des Diables rouges, l’équipe nationale consensuelle, lors de cette Coupe du monde 2018, a apaisé au moins le temps d’une embellie, la vieille rivalité Wallons-Flamands qui a déjà fait courir le risque de la partition de ce plat pays de Jacques Brel.
L’exploit des Belges, qui les a amenés jusqu'à la demi-finale, a inspiré un patron belge de pompes funèbres qui a promis qu'en cas de victoire, rapporte Le Canard enchaîné, «il offrirait au premier défunt venu l'intégralité du service funéraire. Seule condition : se faire inhumer dans un cercueil aux couleurs de l'équipe nationale».
Jean-Michel de Wiele, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles, ne s’y trompe pas en estimant que «le foot est le seul facteur d’unité nationale en Belgique». D’où la remarque corollaire : «Un pays dont l’aspect fédérateur dépendrait de l’échec ou de la réussite d’un penalty révèle une très grande fragilité.»
 Et sitôt évaporées les émanations euphoriques de la victoire, se dressent les réalités du chômage, des inégalités sociales, de l’exclusion et même du racisme.
L’expérience de 1998 en France a montré qu’une victoire sur un stade de football ne saurait régler les dérives dans l’arène sociale. La chronologie des événements est parlante. Après la flamboyante finale de la France black-blanc-beur en 1998 aux cris de «Zidane Président», et l’illusion de la pérennité de l’esprit de cette France réconciliée, les Français ont eu Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle de 2002 puis les émeutes dans les quartiers en 2005.
La Coupe du monde est aussi, lorsque les équipes considérées sont dans une dynamique positive de gagne, le moment propice à l’élaboration de mythologies individuelles de joueurs aptes à exacerber cette propension identificatoire des supporteurs et des spectateurs.
Parce qu’il est d’origine algéro-camerounaise, le nouvel héros de l’équipe de France, Kylian Mbappé, qui a grandi à Bondy, une banlieue populaire de Paris, il réunit tous les ingrédients d'une belle histoire d’intégration et de réussite. Ceci réconcilie les jeunes exclus des quartiers avec l’espoir de s’insérer un jour dans le mouvement collectif où ils pourraient trouver leur place.
En outre, dans l’élaboration de cette mythologie personnelle, nécessaire à l’illusion ou à la réalité de l’intégration, l’engagement du jeune Mbappé de verser le montant de ses primes de match à des associations sublime ce phénomène identificatoire auquel il octroie un supplément de justice. Par une telle promesse, Mbappé nous dit que la réussite par le football, qui est un canal d’intégration par l’argent, peut aussi comporter une dimension de générosité perçue comme de la grandeur d’âme.
Au fond, on se surprend à rêver que la société se mette soudain à ressembler à une équipe de foot qui gagne tout le temps.
A. M.

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