Rubrique
Ici mieux que là-bas

Djamila et Fatima

Publié par Arezki Metref
le 29.07.2018 , 11h00
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Retour (quasi ?) obligatoire sur Raconte-Arts, sur l’ébullition citoyenne et culturelle qui l’a animé à Tiferdoud. Parmi les nombreux événements dans l’événement qui méritent d’être enregistrés, il y a indubitablement la visite surprise de Djamila Bouhired qui se déplace, comme on le sait, avec parcimonie. C’est grâce à l’aimable persuasion d’Arezki Aït Larbi que l’héroïne de la guerre de Libération est venue manifester son amitié et sa sympathie à une rencontre citoyenne dont le but ultime reste semblable aux motivations essentielles des combattants pour l’indépendance de l’Algérie, c'est-à-dire la libération et l’émancipation des masses, et surtout la vérité.
Et voilà que je retombe dans la langue de bois, dans ces mots pompeux et ronflants avec lesquels les ministres ouvrent des colloques sur la mémoire (frelatée) et les walis inaugurent la fête de la Fraise ! C’est justement à ce niveau que des combattants comme Djamila Bouhired mènent, si l’on ose dire, le deuxième combat de leur vie. Ils redonnent du sens à des mots et à des moments de l’histoire du peuple algérien complètement démagnétisés par la falsification et la manipulation. En écoutant Djamila parler simplement, humblement du combat et des luttes de ses camarades — jamais des siens — des martyrs qui ne sont pas dans son évocation comme dans son cœur que des noms, on est saisi par l’émotion qui l’habite. Et qu’elle nous transmet. L’adulte vieillissant dans la désillusion que l’on est aujourd’hui, retrouve cette ferveur du gamin qui a savouré l’indépendance comme un premier matin du monde, et que les vicissitudes  des pouvoirs nous ont fait passer comme un cachet amer.
Il y a chez Djamila Bouhired une sorte d’idéalisme libérateur qui vient de sa jeunesse et qui est tellement puissant qu’il continue à agir encore aujourd’hui.
Hacen Ouali a rapporté, dans un excellent article publié dans El Watan, cette visite  de Djamila Bouhired à Tiferdoud, la rencontre avec Fariza et Amrane, les enfants d’Abdelhafid Yaha, ses échanges empreints de très forte émotion avec de vieux militants indépendantistes du village.
Ce qui frappe chez elle, c’est sa décontraction, son sens du contact avec les gens, et une sorte d’irradiation qui émane d’elle. J’avais entendu dire qu’il y avait des personnes dont il se dégage de la lumière. J’aurais attendu longtemps pour vérifier la véracité de cette assertion.
Cette petite anecdote qui mériterait peut-être d’être racontée. Arezki Aït Larbi me présente à Djamila Bouhired.
 Je lui dis : bonjour Madame. Elle éclate de rire et rétorque : «Pourquoi bonjour madame ?»
- Heu ! Je ne sais pas comment vous appeler ?
Silence. Puis j’aventure un évasif :
- Bonjour, maman.
Elle éclate de rire puis acquiesce :
- Je préfère, dit-elle.
L’ami Benmohamed, présent à cet échange, a tout de suite trouvé le nom qu’il fallait. Il lui dit :
- Bonjour, Djamila.
Une fugue de Raconte-Arts pour At Yani et la fête du Bijou. En cours de route, on décide d’un arrêt à Darna pour saluer l’ami Messaoud Babadji venu d’Oran, où il vit depuis très longtemps, pour quelques jours dans le village des ancêtres. Encore une histoire de migration de Zwawa (Igawawen, les habitants du mont Agawa) vers l’Ouest algérien.
 Mais avec ces consonances turques, jamais on n’aurait imaginé que le patronyme donné d’autorité par le colonisateur français à l’établissement de l’état civil est une altération de deux mots tout ce qu’il y a de plus kabyle. Babadji viendrait de vava-jeddi (père-grand-père).
Quand Fatima Babadji, une tante de Messaoud, s’encadre dans l’embrasure de la porte de cette pièce sombre, c’est comme si une madone entrait. Elle a le visage beau et noble des héroïnes. Un peu intimidée au début, elle finit par nous raconter le quotidien du village pendant la guerre de Libération. Elle avait à peine la vingtaine à l’époque et son époux était l’un des responsables FLN du village.  Toute l’organisation civile de soutien aux maquisards passait par lui. Quelle émotion de l’entendre raconter les visites de Krim Belkacem puis d’Amirouche. Puis l’arrestation de son époux, la torture subie par son entourage, tous ces jours, ces semaines, ces mois, ces années de misère noire,  de répression par l’armée coloniale, d’ostracisme de la part des harkis, d’humiliations. Et le souvenir de tous ces jeunes du village qui sont morts. Et tout cela pour quoi ? Pour l’indépendance de l’Algérie.
Et elle qui a souffert du colonialisme français, qui a perdu des siens pour l’indépendance de l’Algérie, répète la même idée que Bachir Hadj Ali mais avec d’autres mots. Elle jure qu’elle n’a rien contre le peuple français. Mais elle n’oubliera pas les exactions du colonialisme.
Et voilà que pour la deuxième fois en deux jours, je retrouve la fraîcheur et la véracité des mots du combat et de la douleur. Dans sa bouche comme dans celle de Djamila, les mots combat, liberté, lutte ont un sens profond, fondateur même. Puissent ces femmes nous renouer avec le sens de la liberté contre les chaînes d’aujourd’hui comme elles l’ont fait contre les chaînes d’hier.
A. M.

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