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Ici mieux que là-bas

Le foot et le je-m'en-foutisme politique

Publié par Arezki Metref
le 14.07.2019 , 11h00
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Ça va loin, vraiment loin ! Dans les quartiers populaires d’Alger et d’ailleurs, on n’en revient pas que, depuis que Bouteflika et sa camarilla ont débarrassé le plancher, l’équipe nationale de football, abonnée jusqu’alors à l’échec, n’arrête pas de gagner. Pourtant, pas grand-chose de changé. Effet du mouvement du 22 février boostant une équipe qui a recouvré la fierté de la gagne pour le drapeau ? Sans doute, en grande partie ! Mais… Un supporter de vieille souche commente ainsi ces victoires en Coupe d’Afrique : « Ce n’est pas possible autrement : il faut comprendre qu’avant, les autorités que nous avions vendaient tout. Possible qu’ils vendaient aussi les matchs de l’EN .» 
Une dispute byzantine se profile. La dernière victoire en date de l’équipe nationale, celle contre la Cote-d’Ivoire en Coupe d’Afrique, profite-t-elle au mouvement du 22 février, c’est-à-dire au peuple, ou, au contraire, au pouvoir qui considère classiquement que, d’un point de vue « patriotique », tout ce qui rentre fait ventre ? Question incongrue, spécieuse même quelque part. Et surtout vaste question qui a opposé un ami et votre serviteur, pendant plusieurs heures, atteignant parfois une grande véhémence. Et comme l’un et l’autre, nous n’avons pas cessé d’accumuler les impairs du hors-jeu et de l’envoi en touche, nous avons, contraints et forcés, dû conclure par ce qu’on appelle un compromis boiteux : eh bien, cette victoire appartient aux deux ! A qui veut ! A qui s’en réjouit, en fait ! Politiquement parlant, match nul ? Vraiment nul ! Des bulbes au pouvoir ont dû espérer que la trajectoire triomphale de l’EN 2019 en Coupe d’Afrique crée un tel engouement qui peut servir d’exutoire ? La victoire comme diversion et alternative au mouvement du 22 février ?
Un peu audacieux, mon ami proposa même que ce soit une base de discussion possible pour un  éventuel « début de dialogue ». Sauf qu’un dialogue suppose deux parties et qu’en l’occurrence, ce n’est pas simple à définir. Qui est qui donc ? Le dialogue ne peut être qu’une bonne chose. Mon interlocuteur du moment pense, oui, qu’à un moment ou un autre, il faut sortir d’un face-à- face indéfini et oser des solutions, fussent-elles brinquebalantes. Mais, personnellement, sans être opposé au dialogue, et à une solution à court ou moyen terme, je pense que le mouvement est suffisamment mur et déterminé, pacifique et constructif, pour mériter d’être écouté au lieu d’être considéré comme le réceptacle d’une solution unilatérale scellée.
A l’image de cette concertation menée, à son corps défendant, sous la houlette du très respectable Abdelaziz Rahabi. Cette concertation qui aurait, si elle avait été chimiquement pure, un moyen positif de sortie de crise, a, dans les conditions concrètes de l’Algérie mouvementée d’aujourd’hui, le défaut rédhibitoire de vouloir recycler toutes les vieilles lunes de l’islamisme honteux. Et avec ça, on veut nous vendre l’initiative comme susceptible d’apporter du nouveau.
Et avec ces victoires bienvenues de l’EN qui apportent du bon au moral de la Nation,  cette question du dialogue, de la concertation, fut l’autre controverse avec mon ami. Lui pense que cette réunion est un bon début, y compris avec sa cohorte d’islamistes exhumés du fond des âges et des ossuaires pour qu’ils reçoivent une nouvelle onction virginale. Sans doute a-t-il raison de ne concevoir que la sortie de crise ne se fasse que sur la base du dialogue. Mais on est tous d’accord qu’il y a dialogue et dialogue. Il y a dialogue avec des représentants de courants périmés, qui n’existent plus que comme moyens de pression du pouvoir et qu’on veut réhabiliter et promouvoir pour faire pièce aux autres. Et il y a dialogue avec les vrais représentants du mouvement, et, dans le même temps,  avec les femmes et les hommes de la véritable opposition dont les principes et l’action ont été toujours de la même tonalité que celle du mouvement du 22 février. Au 21 ème vendredi de protestation, les choses se précisent dans les revendications de la rue mais deviennent confuses dès qu’elles prennent les traits de propositions de sortie de crise émises par le pouvoir du moment. Ce n’est vraiment pas aux manifestants qu’on peut reprocher de ne pas être cohérents.
Entendu, entre autres, vendredi dernier à Alger : « On n’ira pas en vacances avant que vous ne dégagiez ! Pas de plage. Pas de baignade .» On a vu Place Audin, à Alger, des jeunes équipés pour le camping en bord de mer : « On campe ici aussi longtemps que vous camperez au pouvoir », disent-ils.
Revenons au foot. C’est toujours magnifique que nous gagnions. Ça nous redonne le goût de la victoire. Le règne interminable de Bouteflika, avec ses clones y compris dans les sphères de la gestion du football, a fini pour nous faire admettre comme une fatalité l’échec. En remettant en cause cette fatalité et en ouvrant le chemin de nouvelles espérances, le mouvement populaire du 22 février a remis les pendules à l’heure.
L’Algérie qui gagne, c’est aussi ça !
A.M.

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