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Ici mieux que là-bas

Le Hirak et le sang de la terre

Publié par Arezki Metref
le 20.10.2019 , 11h00
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Même Abdelaziz Bouteflika n’aurait pu plonger le pays dans cet abîme de corruption et de décomposition si le néolibéralisme qui fracasse les peuples et dynamite les nations n’avait fait régner sur le monde ses tentacules émollientes et son immoralité. La destruction à un stade avancé de l’Etat algérien est l’expression condensée et, disons, caricaturale des ravages d’une mondialisation financière poussée, de dérive en dérive, à son paroxysme.
Changer de système comme le demande le Hirak signifie aussi sortir des griffes du néolibéralisme et de celles de ses serviteurs compradores et rétablir les principes fondateurs de la Révolution algérienne, l’émancipation, la justice sociale et la solidarité. Car on y est encore jusqu’à la moelle et peut-être même dans des proportions plus importantes qu’auparavant puisque les gouvernants actuels sont en passe d’imposer, une fois de plus, pour une révision, la loi sur les hydrocarbures, ouvrant ainsi la porte à la prise en main de la souveraineté énergétique par de grosses sociétés multinationales. Ce projet de loi, conçu en 2002 par l’expert américain Robert W. Pleasant, rappelle Abdelaziz Rahabi, a été adopté en 2004. Et voilà qu’il réapparaît à un moment surprenant.
Ce qui montre que même un phénomène comme le Hirak, à la texture inédite, ne peut échapper à une analyse articulant les causes et les effets internes et externes, nationaux et mondiaux.
Dans un article paru dans le quotidien défunt Le Matin, le 28 octobre 2003, nous nous étions essayés à l’appréhension du phénomène de la prise de pouvoir par Abdelaziz Bouteflika comme une sorte de cheval de Troie de la mondialisation financière. L’intuition n’était pas trop mauvaise. Peut-être même faut-il reprendre mot à mot certains passages de cet article tant il semble éclairer rétrospectivement la mission de Bouteflika et de ses équipes de janissaires, dont le fameux Chekib Khelil.
Concernant, par exemple, la «réconciliation nationale», nous reprenions, à l’époque, l’information troublante qu’elle était financée par les pétromonarchies du Golfe avec la bénédiction du gouvernement américain : « Comme on le voit à travers cet exemple, les décisions ne se prennent pas à Alger, et l’articulation entre un problème apparemment interne, l’islamisme en Algérie, et le rapport de force économique dans le monde apparaît ici dans sa réalité. »
Il est tristement vrai que les pétromonarchies et les grandes sociétés américaines ou multinationales sont toujours à l’affût, ce qui expliquerait le dilettantisme traînard que mettent certains gouvernements occidentaux à dénoncer les atteintes aux libertés et la montée crescendo des détentions pour délit d’opinion, aussi spectaculaires soient-elles.
Le plus étonnant dans tout ça, c’est le fait d’avoir profité d’un mouvement populaire qui a poussé Bouteflika à la démission pour remettre sur la table une loi que le gouvernement de l’époque avait dû ravaler. On se trouve devant une situation dans laquelle un pouvoir de facto, ne pouvant se prévaloir ni d’une légitimité électorale, encore moins démocratique, essaye de réactualiser en catimini, croit-il, un texte de loi préjudiciable à l'avenir de l'Algérie.
Même un Ali Benflis, visiblement acquis davantage à la démarche du pouvoir consistant à faire montre de poigne pour tenir une élection présidentielle décriée qu’aux revendications du Hirak, tergiverse sur ce point : «Il est inconcevable dans cette situation particulière, caractérisée par l’illégitimité des institutions, en particulier du gouvernement et du Parlement, d’agir sur le sort des richesses de l’Algérie. »
En dépit des urgences, le fait n’est pas passé inaperçu. La réaction hautement patriotique du Hirak s’opposant à la déprise des hydrocarbures qui sont, comme l’aurait dit Boumediène, « le sang qui irrigue la terre algérienne », prouve bien que le mouvement n’est pas d’ordre bassement réactif d’allergie à un système prédateur, mais qu’il a du contenu stratégique et des principes. Le défilé du Hirak devant l’Assemblée nationale est l’expression d’un programme populaire de vigilance, de sauvegarde et d’opposition à la dénationalisation du pétrole et du gaz.
Cet empressement à faire passer cette loi quelques semaines avant l’élection présidentielle, présentée pourtant comme la priorité des priorités, est en soi éloquent. On voit bien que le but est de faire en sorte que le futur Président s’en trouve ligoté. C’est un passage en force, un de plus !
Même les partis de l’ex-Alliance présidentielle, le RND et le FLN, qui trouvent miraculeusement de la sagesse à toujours s’accommoder des nouveaux gouvernants, rechignent devant cette loi sur les hydrocarbures qu’ils ne situent pas dans la défense top niveau des intérêts nationaux.
Le plus étrange dans cette histoire est que c’est le Hirak, qui a montré son opposition à cette loi et à la méthode pour la faire passer, que des repentis du progressisme boumedieniste accusent sans vergogne d'agir dans un intérêt autre que celui du pays. Mais qui flétrit la souveraineté et comment ? Entre ceux qui veulent déposséder l’Algérie de ses hydrocarbures ou le peuple qui veut défendre ses richesses, qui est qui ?
A. M.

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