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Ici mieux que là-bas

Les danseurs aux chaussures rouges

Publié par Arezki Metref
le 19.08.2018 , 11h00
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Comme c’est l’été, allez hop, on fait léger ! On ne va tout de même pas se perforer le bulbe avec ces histoires compliquées d’hémoglobine ou de simagrées politiques. Cool, gus ! Mieux, ou pire : je te la fais live. Me voilà donc à la terrasse d’un café de Belleville, à Paris, à siroter un succulent ness-ness. J’en profite pour regarder déambuler les passants, tout en essayant de surprendre, sur la  chaussée, au fil des flots d’estivants ordinaires consignés in situ, un sujet de chronique. Ces bêtes-là, je te l’assure, comme les Pokémons go, peuvent se nicher n’importe où. Oh, je vois d’ici les rictus goguenards de mes contempteurs préférés qui ne manqueront pas de fustiger ma géolocalisation bellevilloise !
 Ils ne relèvent jamais quand j’envoie mes cogitations depuis Aïn Turck, Tablat, M’daourouch, Tiferdoud ou quelque autre trou d’Algérie. Mais dès qu’il s’agit de Fafa ou, d’une manière générale, d’un pays d’Occident, alors là… Note bien qu’en soi, cela pourrait faire le sujet d’une chronique. Titre possible : chronique d’une aliénation chronique…
Ness-Ness, passants, l’été, mais rien ne vient ! Et cette lumière ! Frédéric Dard n’a-t-il pas raison : «La lumière de l’été est plus rasante qu’un discours électoral» ? Je me suis évidemment dissuadé d’aborder un sujet «lourd». Genre : pourquoi Ouyahia ne sera jamais grand imam de la Mosquée de la République ? Ou encore : les sept clichés capitaux chez Ould-Abbès. Ou, enfin : «L’usage d'un concept freudien, le surmoi, dans la démarche de Makri».
En prévision de cette impasse programmée, j’ai glissé dans ma besace en peau de chameau arabisé deux bouquins sur des intellectuels kabyles avec la velléité d’en parler. Kabyles ? Comme on dirait oranais, constantinois ou soufi.
Je ne veux pas courir le risque de provoquer la surchauffe de tes neurones, comme ce fut le cas pour les danseurs aux chaussures rouges de Strasbourg, en abordant le destin âpre de ces deux intellectuels par une telle cruelle canicule.
Mais je te promets d’y revenir dès que la présentatrice de la météo nous prédira un retour à la normale. Pour autant, à tout hasard, je te refile gratis le titre des ouvrages en question. C’est pour le cas où tu voudrais, tout seul comme un grand, t’auto-surchauffer les synapses. Les titres ? Mohand Tazerout, la vie et l’œuvre d’un intellectuel algérien, ouvrage collectif sous la direction de Jacques Fournier aux éditions Frantz Fanon. L’autre livre est consacré à Belaïd Aït Ali, errance et génie littéraire de Mohand Ibrahim, paru chez Dar Khettab.
A cause de l’acuité de la lumière mal filtrée par mon binocle fumé comme la moquette, je ne parviens plus à retrouver, dans ce dernier bouquin, le passage où il est question de l’un des parents de Belaïd Aït Ali qui s’installe à Belleville au début du 20e siècle. Sacrée coïncidence !
Restons dans le live… J’ai aussi songé à consacrer ce propos à cette méthode rétro qui fait fureur. Je lis et entends partout que c’était mieux avant. Sans doute… Encore que ! Lorsqu’on regarde les photos de nos plages dans les années 1970, quand les Algériennes se baignaient en maillot deux pièces sans que la foudre ne les frappe, et qu’on les compare au tableau chaotique de nos rivages enhidjabés au poil d’aujourd’hui, il est évident que c’était mieux avant… Tu n'as pas meilleure évidence ? C’est valable à propos de différents sujets qui affluent d’un même tronc. Ce qui fait que c’était mieux avant, c’est que, aujourd’hui, l’Etat part en vrille. Le pays a perdu sa colonne vertébrale, il ne peut plus se tenir droit. C’est le règne des danseurs à l’échine souple !
Mode rétro, donc !... J’étais parti bille en tête là-dessus mais, comme le savent tous ceux qui sont tenus de fournir de la copie avec une régularité implacable, quand on n’a pas de sujet ferme, on se laisse prendre par la diversion. C’est comme ça que j’ai résolu en partie le problème, en picorant moins dans l’actualité… brûlante que dans les pages froides des journaux.
D’abord, l’actualité. Elle est consacrée aux… grands-mères. Ou plutôt à une grand-mère. Ça se passe aux Etats-Unis, plus précisément en Géorgie. Une mammy de 87 ans se trouvait sur un sentier rural, à la main un couteau destiné à cueillir des pissenlits. Surgissent trois policiers armés, eux, de pistolets à impulsion électrique. Ils lui intiment l’ordre de poser au sol le couteau. Ne parlant pas anglais, Martha Al Bishara poursuit son chemin comme si de rien n’était. Alors, l’un des policiers sort son taser et l’immobilise avant de la menotter. Puis, on l’embarque au poste où elle passera plusieurs heures en cellule. Elle a manqué manger les pissenlits par la racine.
Exemple typique de surchauffe de neurones. En me documentant sur ce fait divers qui paraît malheureusement ordinaire, je suis tombé sur cet autre fait divers qui a eu lieu en France, il y a deux ans. Une grand-mère qui manifestait pacifiquement contre l’abattage de platanes dans sa ville a été brutalement plaquée au sol par plusieurs policiers colosses. En rattachant ces deux faits divers à d’autres, on s’aperçoit que les interventions policières en Europe et aux Etats-Unis sont de plus en plus brutales et objets de bavures.
Mais venons-en, à présent, aux danseurs aux chaussures rouges de Strasbourg. Ce fait divers survenu à une époque où la notion elle-même de faits divers n’était pas théorisée, ne pouvait avoir lieu que par temps de canicule. C’est The Guardian, le quotidien londonien, qui y revient dans un article repris par Courrier International (16/8). Cela se passait il y a 500 ans, en 1518. Pendant trois mois, sous une chaleur infernale, des centaines de Strasbourgeois (hommes, femmes, vieillards, enfants), furent pris d’une mystérieuse et irrépressible envie de danser. Les autorités bourgeoises qui dirigeaient la Cité, ne comprenant rien à la folie qui s’était emparée de la rue, firent appel aux médecins qui diagnostiquèrent un «afflux de sang trop chaud au cerveau». Remède : encore plus de danse pour virer la cuti.
Magnanimes, les édiles dégagèrent un espace, près du marché aux chevaux, un espace dédié aux danseurs possédés qui, jour et nuit, virevoltaient jusqu’à la mort. On a compté jusqu’à 15 morts par jour. Oui, comme dirait l’autre, «On achève bien les chevaux».
L’énigme n’a jamais été élucidée. On s’interroge aujourd’hui encore sur les raisons qui ont poussé des milliers de gens à s’adonner à une danse effrénée jusqu’aux confins de la mort. On s’interroge aussi — interrogation plus fascinante encore — sur le port de chaussures rouges par les danseurs.
A. M.

 

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