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Ici mieux que là-bas

Lina, schiste, Trump et l’écologie décoloniale

Publié par Arezki Metref
le 02.02.2020 , 11h00
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L’actualité ? Chacun, au fond, a la sienne. La mienne ? Elle s’est un peu perdue dans les entrelacs des balises. J’ai demandé à ma voisine de me dire quel est son « tiercé de l’information », c’est-à-dire les trois faits d’actualité qui l’ont marquée cette semaine.
Elle se prête au jeu, pour la bonne cause.

Un : des femmes ont porté Lina Ben M’henni en terre
C’est un fait sans précédent dans le monde… musulman. Le décès de la blogueuse tunisienne défenseure des droits de l’Homme, Lina Ben M’henni, à 36 ans d’une maladie auto-immune, a créé un choc. Icône de la révolution et symbole de la cyber-dissidence, elle s’est fait connaître par son ferme engagement contre le régime de Ben Ali.
Sa disparition à la fleur de l’âge, comme on dit si banalement, est un signe que rien ne peut arrêter cette jeunesse protestataire qui ne veut plus des systèmes despotiques vermoulus. Rien ne les arrête, sauf la mort. La détermination de Lina Ben M’henni, sa présence à toutes les manifestations, le travail colossal et courageux d’éveil qu’elle menait à travers son blog, tout cela a rendu son image emblématique et présente. Des centaines de personnes ont montré leur attachement à cette jeune femme à la silhouette frêle et au regard déterminé en assistant à son enterrement. Le président de la République nouvellement élu, Kaïs Saïed, a rendu hommage à cette combattante qui était sur tous les fronts des droits et de la liberté : « Il y a des femmes en Tunisie qui ont écrit l’Histoire, et qui ont milité avec sincérité .»
Le plus impressionnant est que ce sont des femmes qui ont porté le cercueil de Lina Ben M’henni. Une première. Et aussi que c’est une femme qui a prononcé l’oraison funèbre.

Gaz de schiste : comment recycle-t-on un vieux démon ?
Encore un sujet qui fâche ! Le gaz de schiste est à l’ordre du jour de nouveau. Ma voisine, qui a de l’esprit, dit que plutôt qu’à l’ordre du jour, il est au « désordre du jour ». Donc, pas besoin d’ajouter du désordre au désordre. On est depuis un moment dans la polémique à gigogne, qui occulte parfois les sujets essentiels et qui sert aussi à d’antiques règlements de comptes. Mais enfin, c’est la vie ! Donc, pas la peine d’aborder ni les aspects techniques de l’exploitation du gaz de schiste, car c’est vraiment une affaire de spécialistes, ni les aspects plus généralement politiques, car ce n’est plus une option de développement à laquelle les citoyens devraient être associés, mais une ligne de clivage. On nous dit qu’être patriote, c’est accepter que des multinationales viennent tirer du gaz de notre schiste. Voilà la nouvelle définition !
En fait, le plus terrible dans tout ça, c’est les éventuelles pollutions de la nappe albienne. L’eau, c’est quelque chose de sacré, au sens symbolique et économique du terme !

Plan de « paix » américain : comment Netanyahu Trump la Palestine
Un coup de Trafalgar que tente Trump avec Netanyahu. Et leur truc ose s’appeler plan de paix. Ils ont vraiment le sens de l’humour involontaire, ce duo. Donner le nom de paix à un projet d’un Etat palestinien en confettis et qui est démilitarisé pour faire face à une puissance, elle, nucléaire, c’est une farce funeste. Simplement, cette farce est payée en vies humaines et en liberté par tout un peuple, soumis au plus grand et plus durable déni de l’Histoire contemporaine. Par un de ces pieds-de-nez des faits, ce sont des pays arabes qui ont toujours fait de la question palestinienne un fonds de commerce, qu’on attend une solidarité qui ne viendra pas. Les pays du Golfe ont la réaction prompte : ils comptent promouvoir le plan américain. Dieu préserve moi de mes... frères….
Les Palestiniens ? Bof ! Ça restera toujours des « frères »… Mais en quoi ? Mystère !
Trump et Natanyahu ne s’arrêteront pas en si bon chemin. A l’encontre du droit international et des tas de résolutions de l’ONU, ils comptent mettre la main sur Jérusalem-Est. Un équilibre, déjà amplement précaire, va culbuter.
C’est le moment pour les gus qui, chez nous, appellent dans de beaux poèmes sonores au soutien à la cause palestinienne chaque fois qu’il faut occulter des problèmes internes de montrer qu’ils sont capables d’aller au-delà de l’incantation et de  la poudre aux yeux.
Et un nota bene qui n’est pas de ma voisine :  deux attitudes tranchées concernant le colonialisme, sans compter toutes celles qui sont dans l’intermède. Première attitude, néocoloniale : c’est de considérer le colonialisme comme une corne d’abondance, qui n’a apporté  que  des bienfaits. Tintin, ouais !
La thèse est non seulement dangereuse, mais aussi ridicule. Tout dans l’histoire du colonialisme et de ses traumatismes montre que le viol de la souveraineté d’un peuple ne peut apporter rien de bon.
La thèse inverse est que tout est de la faute du colonialisme, y compris la crise écologique d’aujourd’hui. Eh bien, le plus sérieusement du monde, cette thèse a des fondements. C’est ce que s’échine à prouver un dossier publié par le quotidien Le Monde sous le titre solennel de « Aux origines coloniales de la crise écologique .»
Le propos est loin d’être farfelu ou anachronique. Il s’appuie sur « un des arguments avancés par l’écologie décoloniale selon laquelle le dérèglement climatique serait lié à l’histoire esclavagiste et coloniale précisant que « le capitalisme s’est structuré sur une économie extractive et des monocultures intensives qui ont détruit la biodiversité». 
La thèse est excitante. On y reviendra la semaine prochaine. Comme quoi, on peut parler d’autre chose que du Hirak !
A. M.

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