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Ici mieux que là-bas

Mots d’hiver

Publié par Arezki Metref
le 16.12.2018 , 11h00
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«Quelle flamme pourrait égaler le rayon de soleil d’un jour d’hiver ?»
(Henri-David Thoreau)

Les mots du temps. Temps glacial. Et pourtant, quelle belle lumière d’hiver ! C’est comme ça, l’éternelle consomption du doute et de la certitude, l’inversion des contraires, la connivence des extrêmes. Dans les moments de bifurcation, le radar est souvent la philosophie, et parfois la sagesse. Tu vas où comme ça, camarade ? Laisse tourner la machine !
Spleen hivernal ? Perhaps, comme dirait l’autre ! Le monde file son train, sans démériter de l’absurde capté et embaumé par les philosophes et les chroniqueurs. C’est un temps à lire du Cioran et, éventuellement, du Camus.
Les mots de l’actualité. Quel spectacle souvent atroce que le monde présente ! Aïe ! Les télés te montrent en boucle le feuilleton de la déraison et du dumping émotionnel. Spectateurs, auditeurs, lecteurs, nous sommes copieusement manipulés. Et le pire, c’est que nous le savons.
C’est à ce type de gogos qui ont de la place pour les anguilles, que nous assimilent les chaînes d’info continue françaises qui sautent de la question cruciale de lutte des classes qu’incarnent mutatis mutandis les Gilets jaunes pour passer, sans autre forme de procès, serions-nous tentés de dire, à l’attentat de Strasbourg. Sitôt après le discours timoré d’Emmanuel Macron qui a divisé les Gilets jaunes, ces derniers n’étaient déjà plus dans l’actualité. Un fichier S venait de leur voler la vedette. Les victimes civiles et innocentes de l’attentat de Strasbourg méritent évidemment toute la compassion du monde.
Mais le système d’info, lui ? Ma foi... ! Du coup, ce ne sont plus que spécialistes du terrorisme, experts de l’islamisme, docteurs en fichiers S qui pointent leur omniscience en prime time pour nous expliquer qu’un délinquant radicalisé en prison peut passer à l’acte !
Les mots de la franche et triste rigolade. Lu cette info rapportée de quelque part aux Etats-Unis. Dispute d’un couple. Elle pèse 130 kilos et lui à peine 50 petits kilos. Enervée, elle s’asseye sur son tendre poids plume. Il étouffe. Il y laisse la vie. A partir de quel moment, ça devient une info ? Et surtout à partir de quel moment ça devient rigolo ? Ça ne l’est pas, en réalité. C’est encore la mise en scène de l’info.
Mots de la poésie et de l’art. Soirée avec Ben Mohamed et Slimane Ould Mohand. Deux amis de générations différentes mais qui ont le même âge dans la rage tranquille à exprimer, l’un par les formes plastiques et l’autre par la parole, la même poésie qui constitue l’âme d’un peuple et l’âme des individus qui forment ce peuple. Jusque-là, chacun travaillait sur son établi et avec ce livre, Je m’en vais partir… (Les éditions Arts Metiss), ils se sont retrouvés. Ben avec des mots contondants et paisibles. Slimane avec son art de trouver la forme suggestive et efficace, onirique autour de l’exil, de sa douleur, de sa couleur.
Je m’en vais partir…  est donc la formalisation de cette rencontre en un livre. Le titre déjà suggère, par l’infraction aux règles grammaticales, la synthèse des cultures et des langues, des imaginaires même, et l’impertinence créatrice de passer d’une langue à l’autre. Pas besoin de faire un dessin, Je m’en vais partir… avec le R final, bien roulé, est une phrase que l’on peut entendre dans la bouche d’un vieux Kabyle immigré qui s’est approprié la langue française, et qui l’utilise dans l’entremêlement des langues et la transgression des règles.
Un poème, 28 dessins. On ne sait qui illustre l’autre. Le fait est que cette connivence artistique nous raconte, dans l’enlacement du mot et du trait, du signe sémantique et du signe graphique, de la poésie et du dessin, la douloureuse fatalité de devoir partir, quitter un pays quand la sagesse et la poésie de construire des vies laissent la place à la mort et à la bêtise qui dévastent, quand la lumière abdique devant les ténèbres selon une vieille loi de l’humanité. Ben et Slimane nous racontent en stéréo une histoire d’exil, de départs, mais sans jamais céder au désespoir. Il y a de la tristesse dans ce récit bicéphale de l’exil, mais il y a aussi beaucoup de détermination à lutter pour exister dans son identité collective et individuelle, dans la défense de sa culture.
Les mots de Nourredine Saâdi. Le 14 décembre, cela faisait un an jour pour jour que nous quittait assez subitement Nourredine Saâdi. Un an ! Qu’en dire en ce temps de commémoration qui ne soit pas du réchauffé ?Il y a des moments où les mots sont vains et surtout impuissants. Ces mêmes mots qu’il a passé sa vie à débusquer, piéger, élucider, disséquer, assembler, éparpiller, dynamiter. 
Mots pugnaces pour exprimer ses engagements politiques progressistes. Mots dialectiques pour façonner des idées, nourrir une réflexion, saisir l’humain et l’univers. Mots généreux de la solidarité, de la fraternité, de l’amitié. Mots aériens dédiés à l’art et, plus qu’à l’art, voués aux artistes, ses amis. Mots rigoureux du droit, du professeur de droit, du juriste, du pédagogue. Mots ontologiques du romancier. Mots féconds du conteur du quotidien, du commensal.
Un univers de mots racés, élégants.
Mots d'hiver qui font chaud au cœur.
A. M. 

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