Rubrique
Kiosque arabe

Corruption descendante, réforme ascendante

Publié par Ahmed Halli
le 08.05.2019 , 11h00
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L'étranger a une extinction de voix et sa main ne bouge plus, du moins en apparence, ce qui nous prive tous, pouvoir et adversaires du pouvoir, d'une chance de s'unir contre un péril imaginaire. La justice des hommes ne s'offrant, à l'instar de la justice divine, aucun répit, la réponse martiale à la voix du peuple ne s'est pas fait attendre, et nous y avons eu droit dès le samedi. La veille, lors du onzième vendredi, le peuple a demandé qu'on procède à des arrestations sérieuses et il a été entendu puisqu'il a eu droit à un tiercé totalement inattendu. Il y a de quoi être surpris, en effet, lorsqu'en plus d'un Saïd, très demandé au parloir des prisons, on vous ajoute Toufik et Bachir. Deux prénoms très intimidants, pour ne pas dire autre chose, qui n'ont jamais été en haut de l'affiche des « wanted », et qu'on retrouve avec le Bouteflika, le seul, le vrai. Un packaging, certes accompagné de sa note explicative sur les accointances entre le détenteur du sceau présidentiel et les deux anciens responsables des services, mais quand même. Il y a, en effet, de quoi ébranler nos certitudes passées sur les alliances au sommet de la pyramide du pouvoir et sur ces revirements qui recréent des liens qu'on croyait brisés. Il est tout de même étrange de retrouver dans le même fourgon Saïd qui a éliminé Toufik et l'a remplacé par Bachir, lui-même écarté par Gaïd Salah.
Enfin, un samedi animé sur nos télés plus ou moins libres, plus ou moins opportunistes, et surtout l'étranger qui a donné de la voix et qui remet à nouveau la main sur le dossier Algérie. Laissons donc cet étranger, qui se trompe souvent de doigt et d'œil à éborgner, épiloguer sur ces étranges croisements de destinées que nous offrent la vie politique nationale et ses cases prisons. Pour la tranquillité d'esprit, il est préférable et plus aisé de parler de ce rival soudanais qui a été soumis au même régime que nous, mais qui semble s'en sortir mieux que nous. Le Conseil militaire qui a évincé Omar El-Béchir et pris le pouvoir à Khartoum est confronté à une pression populaire permanente, avec une révolution qui ne veut rien lâcher. Les choses sont claires : il y a, d'un côté, les manifestants et leurs porte-parole, et, de l'autre, les militaires qui ne veulent pas céder la totalité du pouvoir. Entre les deux, il n'y a ni gouvernement ni une présidence impopulaires, ni des partis discrédités, pour parasiter le climat et interférer dans le dialogue direct entre l'armée et le peuple. Toutefois, le principal sujet d'inquiétude vient du voisinage immédiat du Soudan, à savoir de l'Égypte et de ses alliés actuels, qui semblent encourager le pouvoir militaire. En témoigne l'article paru mercredi dernier dans le quotidien saoudien Al-Hayat.
Le titre est déjà assez éloquent et parle de « l'impossible déclin des Frères musulmans au Soudan » : il s'agit évidemment de la branche soudanaise du mouvement égyptien qui a gouverné le pays durant trente ans. L'Égypte avait soutenu en 1989 le coup d'État de Omar El-Béchir, avant de s'en mordre les doigts et de s'apercevoir que le nouveau maître du pays était membre des « Frères musulmans ». Le quotidien saoudien de Londres propose une comparaison hardie en évoquant le comportement mecquois ou médinois des Frères musulmans, en fonction des circonstances. Ils se font discrets et travaillent à infiltrer la société en douceur, lorsqu'ils sont dans l'adversité et se montrent au grand jour quand ils estiment qu'il est temps d'assumer le pouvoir. Or, note le journal, les « Frères » du Soudan sont actuellement dans la période mecquoise et ils se sont soudain éclipsés pour se préparer à une étape encore plus difficile pour le pouvoir actuel. On n'a pas affaire, en effet, à une minorité qui finit avec la destitution du Président et l'arrestation de certains de ses proches, et ce serait une erreur de croire qu'on peut l'effacer facilement. Le mouvement est enraciné au plus profond du pays et dans le cœur de ses affidés, et il faudra le traiter avec discernement et sagesse en tenant compte des erreurs passées.
Le démantèlement de « l'État des Frères » demandera des années et l'appréciation réaliste des choses commande de ne pas ramener son influence aux trente années du pouvoir d'El-Béchir. Bien avant la prise du pouvoir en 1989, l'uniforme d'El-Béchir et le cerveau de Hassan Tourabi, les « Frères musulmans » égyptiens ont mis quarante ans à étendre leur emprise au Soudan. L'affrontement avec le mouvement ne sera pas facile, en dépit de ce que peuvent suggérer le repli et le silence ponctuels, et son éradication ne sera pas aisée. Les « Frères musulmans » sont partout, et leurs fortifications sont déjà disponibles, après trente ans d'exercice du pouvoir, conclut le quotidien saoudien. Autrement dit, il ne faut pas s'empresser de rendre le pouvoir aux civils qui pourraient le perdre à nouveau à la première occasion, comme cela est déjà arrivé. Et puis, les militaires ont déjà montré leur volonté de combattre la corruption en faisant état de toutes les richesses et liquidités (y compris alcoolisées) accumulées par l'ancien régime. C'est sur ce sujet que revient également le magazine électronique prosaoudien Elaph qui s'intéresse aux biens mal acquis du parti évincé du pouvoir, le Congrès national.
La richesse de ce parti est évaluée à quelque 31 milliards de dollars US, sans compter ses 5 000 voitures luxueuses, dont une quarantaine de 4/4, et plus de 3 000 entreprises diverses. Le parti dispose, en outre, de plus de 1 500 édifices et bâtiments, dont le siège principal à Khartoum qui a coûté la bagatelle de 50 millions de dollars pour sa construction. Et ceci sans tenir compte des sommes d'argent déposées dans des banques soudanaises, ainsi que dans des comptes à l'étranger. De toutes ces prévarications, le parti du Congrès national demandera sans doute pardon au peuple, avant de changer sa direction et de saluer l'ordre nouveau. Comme nous sommes logés pratiquement à la même enseigne que le Soudan et que la corruption est un mal commun, je vous suggère cette sentence de Mohamed Abdou, à la fin de l'article : « La corruption descend du haut vers le bas, la réforme monte du bas vers le haut .»
A. H.

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