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Kiosque arabe

La Bismallah et la Fatiha, préalables républicains

Publié par Ahmed Halli
le 17.06.2019 , 11h00
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Que ce soit en Algérie, ou chez d'autres peuples musulmans sous régimes despotiques, les démocrates, ou laïques, caressent toujours le fol espoir d'arracher des concessions aux islamistes. Dans le cas qui nous intéresse, au premier chef, ces concessions tournent autour de deux exigences, dont la première est d'une naïveté déconcertante : le respect du caractère républicain de l'État. En gros, cela revient à conserver le sigle en vigueur depuis 1963, et qui nous identifie aux yeux du monde comme une République algérienne, démocratique et populaire (R.A.D.P.). Or, si elle a été effectivement algérienne, sans contestation possible, elle n'a jamais eu d'existence réelle dans ces trois autres déclinaisons : républicaine, démocratique, et populaire. Bien sûr, conviennent les islamistes tout en faisant patte de velours, nous voulons une république, mais une République islamique conformément à l'article 2 de la Constitution. C'est d'ailleurs le seul article invoqué par les islamistes, à propos d'une Constitution qu'ils projettent de jeter aux orties pour lui substituer, plus tard, Le Coran et la Sunna. Mais il est hors de question d'aller trop vite, et de répéter les mêmes erreurs, comme celle qu'a commise un des dirigeants (1) du FIS en annonçant des changements radicaux aux Algériens.
Or, s'il y a bien une chose qui peut effrayer ces derniers, c'est la perspective de devoir changer de mode vestimentaire, et surtout d'être contraint de renoncer à leurs habitudes alimentaires. Fi donc ! Même s'ils ne savent pas exactement de quoi sera fait leur «pain quotidien», et quelles seront ses répercussions sur leur tour de taille, les Algériens subodorent de quoi il s'agit. Les dattes sèches, merci bien, et le lait aussi. Certes, nous avons beaucoup de respect pour nos illustres devanciers dans la foi islamique, mais s'il faut s'en tenir à ça, surtout en période de jeûne, pas question ! C'est un peu caricatural, je l'admets, mais ça l'est beaucoup moins que l'idée de se nourrir de dattes sèches, et de lait de chamelle, voire de se soigner avec l'urine du même quadrupède. Quant aux vêtements, la preuve ayant été apportée par les femmes, dument recouvertes des pieds à la tête, on sait que pour les hommes, ce sera plus évasé, et moins chaud en été. Au reste, nous démocrates ou considérés comme tels, avons déjà commencé à nous réhabituer, pour la prière du vendredi, à la gandoura et à la pilosité obligatoire qui va avec. Beaucoup d'entre nous ont déjà pris les devants en découpant ostensiblement leurs pantalons modernes à mi-mollet pour se mettre d'ores et déjà en conformité avec la Sunna.
La deuxième revendication, elle, est avancée avec beaucoup de précautions oratoires pour ne pas effaroucher les islamistes pour qui l'alternance au pouvoir est une invention diabolique. Néanmoins, et pour montrer qu'ils sont pleins de bonne volonté, la preuve en est qu'ils discutent, ils sont prêts à promettre de respecter l'alternance une fois qu'ils seront au pouvoir. Ils peuvent même s'engager, puisque ça ne leur coûte rien, à respecter les droits de la minorité. Comme les concessions doivent être mutuelles, les démocrates sont toujours prêts à en prendre l'initiative, et à proposer les leurs : ils promettent eux aussi de respecter l'article 2 disposant que l'islam est la religion de l'État. Ce faisant, ils sont prêts comme ils l'ont toujours été, à faire la chasse aux non-jeûneurs, durant le Ramadhan, et aux couples non mariés, qui se tiendraient par la main, durant toute l'année. Ceci, en plus des cinq prières quotidiennes, obligatoirement en mosquée, et en mode qabdh (2), et du respect strict des règles de l'E.G.V. (Enterrements à grande vitesse). Les démocrates sont aussi pour l'application stricte de la Charia, en ce qui concerne les droits individuels, et notamment en matière d'héritage (3), et de mariage (polygamie). Deux points sur lesquels les Algériens se rencontrent souvent, et sont même prêts à des alliances inédites.
Tous les points que nous venons d'évoquer sont évidemment discutés lorsque tout ce beau monde est réuni autour d'une table, ronde de préférence, afin que tout le monde soit à égalité. Auparavant, il aura fallu sacrifier à la tradition qui veuille que même en politique il faille tout commencer, au nom de Dieu, Clément et Miséricordieux, suivi d'une lecture de la Fatiha. C'est la meilleure manière de commencer une négociation, et de la finir sous de bons auspices, et avec la bénédiction de la divine providence, qui a déjà été promise, et accordée aux islamistes. La lecture de la Fatiha qui n'est pas, à proprement parler, une injonction divine aux politiciens est notamment l'exercice de base de nos parlementaires, dont on sait les turpitudes. De ce fait, la laïcité a très peu de chances de voir le jour dans les pays, et chez les peuples musulmans qui n'invoquent Dieu avant de parler, que pour mieux l'oublier dès qu'il s'agit d'intérêts. Quand la Bismallah et la Fatiha sont érigées en préalables républicains.
A. H.  

(1) Ce dirigeant, originaire des Aït-Ouacifs, je crois, a cru devoir se réfugier dans le maquis de Kabylie, par souci de sécurité, et croyant y trouver plus d'humanité, et de fraternité, à son égard. Pour son malheur, il s'est aperçu trop tard qu'en la matière, et en pareille situation, la région offrait ce qu'il y avait de pire.
(2) L'autre posture consistant à se tenir les bras joints au-dessus de l'abdomen, et qui est privilégiée dans toutes les bonnes mosquées, par opposition à celle des bras pendants le long du corps (Sadl).  
(3) Avec les réserves des démocrates, venus de Kabylie, pour ce qui est de l'organisation de l'héritage.

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